Ouïghours : la vidéo polémique de l'ambassade de Chine sur le "soi-disant travail forcé" au Xinjiang

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PROPAGANDE - L'ambassade de Chine en France a publié lundi sur ses réseaux sociaux une vidéo des plus contestables. À l'aide d'images animées, elle affirme que les minorités ethniques du Xinjiang se "sont enrichies" grâce aux "politiques de l'État" et qu'elles ne souffrent d'"aucune discrimination" ou mauvais traitement.

La Chine sous pression. Depuis plusieurs semaines, les autorités chinoises se retrouvent sous le feu des critiques de la communauté internationale pour leurs "pratiques injustifiables" (Jean-Yves Le Drian devant l'ONU) sur les minorités Ouïghours de la région autonome du Xinjiang. 

Face à cette polémique, Pékin tente par tous les moyens de susciter l'adhésion autour d'une autre version : celle de la prospérité économique du Xinjiang et de ses habitants. À cette fin, l'ambassade de Chine en France a publié ce lundi une courte vidéo dans laquelle elle s'ingénie à reléguer les déclarations de plusieurs pays à de simples ragots sans fondements. 

"Lorsque l'on parle du Xinjiang, on pense souvent à ses melons et ses brochettes de moutons", déclame la voix off, qui prend le spectateur à témoin. "Saviez-vous que 84,5% des cotons de qualité poussent au Xinjiang et que grâce à des politiques adéquates de l'état, les locaux se sont enrichis ?" 

Dès les premières secondes, les créateurs du clip animé affirment - par le biais de deux personnages - que la production industrielle dans le Xinjiang a rendu ses habitants plus prospères. L'ambassade de Chine avance que "dans le passé, les emplois chez les minorités ethniques étaient peu qualifiés, peu rémunérés et peu stables" et prétend que les autorités locales ont dernièrement "tout mis en œuvre pour aider les minorités ethniques à atteindre le plein-emploi". Elle va même encore plus loin en assurant qu'il n'existe "aucune discrimination fondée sur l'apparence ethnique, le sexe ou la croyance religieuse"

À en croire la vidéo, les habitants vivent ainsi dans des conditions financières très confortables et bénéficient d'un important choix d'"opportunités", "créées par le gouvernement". 

"Sommet du déni et de la honte"

Ce tableau est en contradiction avec celui dépeint depuis de longues semaines par la communauté internationale. "De la région chinoise du Xinjiang, nous parviennent des témoignages et des documents concordants, qui font état de pratiques injustifiables à l'encontre des Ouïghours, et d'un système de surveillance et de répression institutionnalisé à grande échelle", avait notamment dénoncé Jean-Yves Le Drian devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU. Les députés canadiens ont, quant à eux, récemment adopté une motion non-contraignante assimilant le traitement réservé par la Chine à sa minorité ouïghoure à "un génocide". Une initiative reprise par les Pays-Bas. 

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Plus largement, des experts et des organisations de défense des droits de l'Homme accusent la Chine d'avoir fait interner jusqu'à un million d'Ouïghours et d'autres musulmans turcophones dans des camps de rééducation politique du Xinjiang. Des installations qualifiées de "centres de formation professionnelle" par les autorités de l'Empire du Milieu. Dans une enquête au long cours basée sur de nombreux témoignages, la BBC avait, de son côté, fait état d’allégations de viols systématiques, d’abus sexuels et de tortures sur des femmes détenues par la police et des gardiens au Xinjiang. Une démarche qui a valu à la BBC World News une interdiction d'émettre en Chine. 

Pour faire face à ces violations des droits de l'homme, plusieurs pays - États-Unis en tête - ont déjà pris des mesures pour restreindre ou interdire l'importation du coton produit au Xinjiang. D'autres sont certainement à venir. 

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Sur les réseaux sociaux, les réactions se succèdent pour dénoncer cette vidéo de "propagande" de l'ambassade de la Chine en France. L'eurodéputée Marie-Pierre Vedrenne (MoDem) fustige ainsi un "nouveau sommet atteint dans le déni et la honte". Elle appelle aussi l'Europe à "agir" et à prendre des mesures pour l'entrée de produits en provenance du Xinjiang. 

Son collège Raphaël Glucksmann (Place publique), en première ligne dans le combat pour la défense des Ouïghours, ne mâche pas ses mots lui non plus : "Vous êtes vraiment nés avant, bien avant la honte."

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