Ouragan Irma : pourquoi Haïti et sa population sont autant exposés aux catastrophes naturelles

ADVERSITÉ – Particulièrement exposé aux catastrophes naturelles (tempêtes, séismes, inondations), Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, est à nouveau touché par l’ouragan Irma. Comment expliquer cette apparente fatalité ? Éléments de réponse.

D’aucuns évoquent un pays "maudit". Et pour cause : presque irrémédiablement, la fatalité semble s’abattre sur Haïti. Alors même que le petit Etat caribéen (10 millions d’habitants) a été relativement épargné par Irma, dont la trajectoire a flirté avec les côtes nord de l’île d’Hispaniola, qu’il partage avec la République dominicaine, le passage de l’ouragan devrait laisser de profondes traces, tant sur le plan humain que matériel. Une forte montée des eaux a déjà été constatée et plusieurs habitations ont vu leurs toitures arrachées. 


Mais si certains, alors que José s'approche, parlent volontiers de mauvais œil, voire de sorcellerie vaudou, pour tenter justifier cette infortune, d’autres raisons, bien plus terre à terre, permettent d’expliquer pourquoi Haïti et sa population sont à ce point exposés aux catastrophes naturelles. Des catastrophes – tempêtes, séismes et inondations – qui se sont multipliées, au point, selon un rapport de l’ONU publié en 2016, d’entraîner le décès de quelque 230.000 personnes ces 20 dernières années, faisant du pays celui le plus touché au monde. Restés dans les mémoires, les tremblements de terre destructeurs de janvier 2010 (au moins 200.000 morts), l’ouragan Matthew en 2012 (au moins 500 morts) continuent de hanter les Haïtiens.   

Il faut dire qu’Haïti paye une position géographique particulièrement précaire niveau stabilité. L’île se situe en effet en plein sur la trajectoire classique des cyclones se formant dans l’Atlantique, qui, après s’être constitués près du Cap-Vert au large de l’Afrique, remontent vers le golfe du Mexique et les Etats-Unis en balayant bien souvent la "perle des Antilles". Renforcées par la chaleur des mers environnantes, les dépressions sont alors proches de leur pic de puissance, causant, à coups de vents frénétiques et de pluies diluviennes, des dégâts colossaux. 

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Fragile face au climat, le pays l’est aussi face à la géologie, puisqu’il est situé sur une importante ligne de failles de la plaque tectonique des Caraïbes et en bordure de la plaque nord-américaine. En 2010, c’est après un frottement latéral de celles-ci qu’avait éclaté l’un des séismes les plus meurtriers de l’histoire récente. "Même si certains tremblements de terre dévastateurs peuvent se produire à l'intérieur des plaques, loin de leurs marges, plus de 95% de l'énergie sismique libérée à la surface de la Terre l'est aux limites de plaques", précise l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer. "La région a un passé de séismes récurrents", relevait, à l’époque, un sismologue français basé aux Etats-Unis. 

Cette vulnérabilité face aux éléments n’est cependant rien comparée à la misère extrême qui frappe Haïti, nation la plus pauvre des Amériques. Avec un PIB par habitant d’à peine 740 dollars par an en moyenne, d’après les données de la Banque mondiale, tandis que 60% des 10,4 millions d’Haïtiens vivent avec moins de deux dollars par jour, le pays s’est transformé en quelques décennies en bidonville géant. Une misère qui, sans même évoquer les risques accrus de maladies, permet de comprendre pourquoi il se retrouve quasi-systématiquement dévasté. Pour mieux saisir le phénomène, il suffit de se pencher sur certains bilans de catastrophes naturelles, radicalement différents selon qu’ils sont dressés en Haïti ou en République dominicaine voisine, bien plus riche (6722 dollars de revenus par habitants et par an en moyenne) ; lors de l’ouragan Matthew, plus de 500 Haïtiens avaient péri, contre quatre Dominicains.  


Touchée par la précarité, la population manque aussi cruellement d’informations. Ainsi, à l’approche de l’ouragan Irma, très peu d’habitants avaient été mis au courant et priés de se mettre à l’abri. "C'est grâce au bouche-à-oreille qu'on apprend toujours les choses. Nous sommes en bord de mer mais aucune autorité n'est venue nous dire quoi que ce soit", lâchait dépité Josué Rosse, un pêcheur de Cap-Haïtien (la deuxième ville du pays), à nos confrères de l’AFP. Désabusé lui aussi, presque énervé, Hilaire Felix, un autre marin, pointait quant à lui l'instabilité et la corruption - endémique - des responsables politiques : "Quand un évènement comme ça arrive, ils sont contents parce qu'ils ramassent beaucoup d'argent. Ils disent qu'ils vont aider les pauvres mais aucune aide ne nous arrive jamais."

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