Haïti : "Nous risquons de découvrir encore plus de morts dans les zones inaccessibles"

Haïti : "Nous risquons de découvrir encore plus de morts dans les zones inaccessibles"

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INTERVIEW - L'ouragan Matthew a fait au moins 400 morts en Haïti lors de son passage en début de semaine, ont déclaré vendredi les autorités de l'île. Un bilan qui reste encore très provisoire, comme l’explique à LCI Jean-Michel Vigreux, directeur de l’ONG CARE en Haïti.

LCI : Votre association est présente dans plusieurs régions du pays. Quelle est la situation sur place ?

Jean-Michel Vigreux : Nous sommes répartis entre Jacmel (sud-est), Port-au-Prince et le centre du pays. Mais également dans les deux zones principalement touchées par l'ouragan : la ville de Jérémie dans le sud-ouest, ainsi que le sud-est de l’île. Mercredi, un de nos employés a pu survoler Jérémie par hélicoptère, où la situation est catastrophique : plus de 80% de la ville a été détruite. Les bâtiments n’ont plus de toitures, toute la végétation a été dévastée.

LCI : Certaines zones sont-elles toujours hors d’accès ?

Jean-Michel Vigreux : Tout à fait, en particulier vers Grand’Anse (sud-ouest). Nous avons peu d’informations car il y a très peu de réseau, même avec une connexion satellite. Actuellement, il est impossible de se rendre à Jérémie par la route, nos seules communications se font donc par hélicoptère.

LCI : Quelles sont les priorités sur le terrain ?

Jean-Michel Vigreux : Tout d'abord, fournir de l’eau potable. Le risque de contamination au choléra est en effet très élevé dans les eaux stagnantes. Autre nécessité : la nourriture, des repas chauds pour les populations qui sont à l’abri, généralement dans des écoles. Nous avons également commencé la distribution de couvertures et de kits d’hygiène pour aider la population.

LCI : Comment cette population réagit-elle ?

Jean-Michel Vigreux : La population haïtienne est devenue très résiliente. Il faut se rappeler le tremblement de terre de 2010, qui a provoqué la mort de 200.000 personnes. Depuis, le choléra a tué plus de 10.000 individus, sans parler de la sécheresse et des tempêtes. La population s’est habituée à tous ces chocs, sauf qu’à chaque nouvelle difficulté, elle doit piocher dans ses faibles ressources pour subvenir à de nouveaux besoins. Imaginez ceux qui, la semaine dernière, n’avaient plus qu’une petite maison avec quelques animaux autour pour vivre. Ils ont désormais tout perdu et doivent recommencer à zéro.

LCI : Haïti est-elle ainsi devenue plus vulnérable au fil des ans ?

Jean-Michel Vigreux : Tout à fait, c’est d’ailleurs le pays le plus vulnérable en matière de changement climatique. On peut s’attendre à avoir de plus en plus de désastres dans une fréquence plus rapprochée, avec une amplitude toujours plus forte. Puisqu’il est impossible de changer la météo, la seule façon de limiter ces désastres est de travailler sur la construction d’une résistance environnementale : ici, la déforestation est forte, exposant les sols à une forte érosion. Les inondations et les coulées n’en deviennent que plus mortelles. Il va falloir travailler sur l’environnement pour améliorer la rétention des eaux.

LCI : Comment appréhendez-vous les prochains jours ?

Jean-Michel Vigreux : C’est peut-être le moment dont nous avons le plus peur. Car c’est là où nous allons découvrir l’horreur des choses, puisqu’il y a encore des endroits inaccessibles où nous allons enfin accéder. Ces zones sont potentiellement les plus touchées. C’est là où nous risquons de découvrir le plus de morts.

Vidéo - La ville de Jérémie à 8% détruite après le passage de l’ouragan Matthew :

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JT 13H - Haïti : la ville de Jérémie à 8% détruite après le passage de l’ouragan Matthew

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