Pacte de Marrakech : en Belgique, le parti anti-immigration quitte la coalition au pouvoir

International

POLITIQUE - Trois ministres affiliés au parti indépendantiste flamand N-VA ont quitté dimanche 9 décembre la coalition du gouvernement du libéral Charles Michel, à la suite de leur opposition à la ratification du Pacte de l'ONU sur les migrations qui doit être votée les 10 et 11 décembre.

Ils avaient lancé un ultimatum, c'est désormais chose faite : les ministres indépendantistes flamands quittent le gouvernement belge alors que le premier ministre Charles Michel s'envole pour Marrakech, laissant le pays dans un début de crise politique. Le chef du gouvernement belge part défendre le Pacte migratoire élaboré par les Nations unies, surnommé le "Pacte de Marrakech", objet de nombreuses manipulations de la part de l'extrême droite de notre côté de la frontière. Un texte qui avait cristallisé les tensions entre le parti N-VA et le reste de la coalition. 

"C'est clair, c'est net", avait affirmé l'ex-ministre de l'Intérieur Jan Jambon, mettant fin à plusieurs heures d'incertitude depuis samedi soir. Dimanche matin, il confirmait sur la télévision publique RTBF que lui-même et les autres ministres de son parti allaient démissionner.

Un Premier ministre sans majorité

 Avec le départ de la N-VA, poids lourd de la coalition belge, Charles Michel, libéral, prend la tête d'un gouvernement de centre droit sans majorité au Parlement, à cinq mois des prochaines élections législatives prévues fin mai. "C'est une coalition responsable (...) qui se met en place", a-t-il promis, appelant au "dialogue avec le parlement" car des élections anticipées 

"risqueraient bien de bloquer le pays pendant un an".

Il a fixé en conférence de presse ses trois priorités : le pouvoir d'achat, la sécurité et la politique climatique - sur laquelle il dit répondre à un "appel fort" des citoyens. "Sur ce sujet, il y a une différence profonde", a encore insisté dimanche Charles Michel. Selon lui, ce Pacte est "important" car "aucun pays ne peut résoudre cette question seul".

Voir aussi

Une nouvelle crise politique

Le gouvernement belge a eu du mal à garder une stabilité politique depuis ces quatre dernières années tant les prises de positions de la N-VA ont été radicales sur l'immigration. L'actuelle ministre de la Santé, Maggie De Block, qui hérite de ce portefeuille jusqu'alors détenu par Theo Francken, a promis de défendre "une politique à nouveau stricte, mais juste".

"Je récupère aujourd'hui un département en crise. C'est le chaos", a-t-elle souligné dans un communiqué. 

Le président de la N-VA, Bart De Wever, avait lancé samedi soir, après un conseil des ministres de la dernière chance, un ultimatum à Charles Michel, laissant entendre que son parti s'en irait si ce dernier s'envolait pour Marrakech dimanche afin d'approuver le Pacte de l'ONU sur les migrations.

La N-VA était le seul des quatre partis de la coalition opposé à ce texte onusien, qui doit être approuvé lundi et mardi au Maroc par les pays de l'ONU, avant d'être ratifié lors d'un vote au siège des Nations Unies à New York le 19 décembre.

"Pacte avec le diable"

Ce parti anti-immigration a d'ailleurs tenu samedi un meeting à Bruxelles avec Marine Le Pen, cheffe de l'extrême droite française, et Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, pour dénoncer ce Pacte, brandi comme épouvantail par les populistes dans l'UE à l'approche des élections européennes en mai prochain.

"Le pays qui signera ce pacte (...) signera un pacte avec le diable", avait affirmé la dirigeante française. Non contraignant, le Pacte de l'ONU recense des principes et une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations.

L'Italie, l'Autriche, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, l'Estonie, la Lettonie, la Suisse, l'Australie, Israël et la République dominicaine ont décidé de ne pas se rendre à Marrakech.  Les Etats-Unis s'étaient retirés de son élaboration en décembre dernier. 

Lire et commenter