Pacte de Marrakech : "Les inquiétudes concernant cet accord n’ont pas de sens"

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ECLAIRAGE - Ce lundi, 159 représentants d'Etat se sont réunis à Marrakech pour signer le pacte mondial sur les migrations, coordonné par l'ONU. Matthieu Tardis, chercheur au centre migrations et citoyennetés de l'Institut Français des relations internationales (Ifri), revient sur les enjeux de ce pacte de Marrakech.

Le pacte sur les migrations de l’Organisation des Nations unies (ONU) a été ratifié ce lundi 10 décembre par 159 pays, dont la France. Ce texte compte améliorer la coopération internationale pour permettre que les migrations soient "plus sûres et ordonnées" en proposant 23 objectifs pour concentrer les efforts à l'échelle internationale.

Très critiqué par une partie des Gilets jaunes et les politiques d’extrême droite, le document assure pourtant ne pas remettre en question le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales. Matthieu Tardis, chercheur au centre migrations et citoyennetés de l'Institut Français des relations internationales (Ifri) décrypte les enjeux de ce pacte.

LCI - Quel est le but de ce pacte de Marrakech ? 

Matthieu Tardis - Son utilité est de rappeler un certain nombre de principes liés aux mouvements de population et aux bons traitements que l'on doit accorder à chaque individu étranger, migrant légal ou non. C’est un texte de protection des droits fondamentaux. C’est d’ailleurs symbolique d’adopter ce pacte le jour du 70ème anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme. Toutes les déclarations rassemblées dans ce pacte sont déjà écrites dans des traités internationaux, des conventions européennes et dans notre propre constitution française. L’objectif est donc de confirmer que l’immigration est un enjeu mondial majeur et qu’il y a un intérêt pour l’ensemble de la communauté internationale d’avoir une meilleure coopération entre les différents états, que ce soit des états d’origine, de transit ou de destination. Ce pacte va permettre de concentrer les échanges et les efforts pour répondre aux défis que posent l’immigration internationale.

LCI - Quelles sont les conséquences directes pour la France ? 

Matthieu Tardis - Il faut absolument garder en tête que ce pacte est mondial. Il faut se décentrer de notre vision française et européenne. Les questions et défis migratoires se posent surtout sur d’autres continents. Proportionnellement, l’immigration en Europe est même limitée. Par ailleurs sur tous les continents, les flux migratoires sont principalement régionaux. Les flux sud - sud tendent à devenir plus importants que les flux du sud vers le nord. La plupart des mobilités en Europe se font vers l’Europe, les mobilités en Afrique se font vers l’Afrique, etc. Il faut comprendre que ce pacte ne concerne pas que l’Europe, même si ce sont les Etats-membres de l’Union Européenne qui en ont fait la demande. Le pacte ne dit en aucun cas que l’on doit accueillir tous les migrants et ne donne pas d’objectifs de chiffres en terme d’accueil, les inquiétudes concernant cet accord n’ont pas de sens. Le document ne prive nullement les pays d'arrivée de la possibilité de renvoyer les migrants vers leur pays d'origine. Il y a plus de 150 pays signataires, il faut appréhender ce pacte en fonction de ce qu’il peut apporter sur les zones les plus sensibles en matière de flux de population.

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LCI - Quelle aide concrète peut apporter le pacte dans la gestion de l’immigration internationale ?

Matthieu Tardis -  Il y a une question financière qui va se poser, parce que l’ONU n’a pas beaucoup d’argent alors que les besoins humanitaires ont explosé ces 10 dernières années. La Syrie, le Yémen, le Soudan du Sud sont particulièrement touchés par les conflits, avec des mouvements importants de population. Cela va faire partie des engagements que les états peuvent prendre à cette conférence de Marrakech et c’est là où les pays occidentaux peuvent avoir un rôle important. L’ONU s’organise également pour mettre en place un réseau des nations unies sur l’immigration, une inter agence pour fournir un appui technique aux états, pour les aider à mettre en place des actions proposées dans le pacte. Il va falloir que chaque pays fixe ses priorités et c’est là que ce réseau pourra, s’il est sollicité, appuyer le pays pour mettre en oeuvre ses priorités.  Ce sera également l’occasion d’avoir plus de statistiques. Avoir des chiffres et données fiables sur l’immigration est un enjeu majeur au niveau international.

LCI - Puisque le pacte est "non-contraignant", comment s’assurer de son suivi ?

Matthieu Tardis -  Même s’il n’est pas contraignant, il engage moralement les états qui ont signé. Il n’y aura pas de processus de contrôle juridictionnel et il n'y aura pas de sanctions pour les états qui iraient à l’encontre du pacte, car ce n’est pas un traité. Mais il y aura un organe de suivi, à des fins purement diplomatiques. L'objectif n'est pas donc d'imposer des mesures mais d'accompagner les états dans leur gestion de l'immigration pour en retirer les effets les plus positifs.

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