Acquittée mais toujours emprisonnée : les questions qui se posent concernant le sort d'Asia Bibi

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PERSÉCUTION - Bien que libérée par la justice, la Pakistanaise chrétienne condamnée à mort en 2010 pour blasphème, reste incarcérée. Pourquoi ? Qui va l’accueillir ? Où se trouvent ses proches ? Le point.

Relaxée mais toujours en prison. Voilà une semaine que la Cour suprême du Pakistan a décidé d'acquitter Asia Bibi, une ouvrière agricole chrétienne âgée d'une cinquantaine d'années, condamnée à la peine capitale en 2010 pour "blasphème", après avoir été dénoncée par un imam. La mère de cinq enfants a été accusée d'avoir insulté le prophète Mahomet en buvant l’eau d’un puits réservé en principe aux musulmans. Et alors que sa remise en liberté semblait acquise au moment du verdict, son sort demeure aujourd'hui très incertain. La libération de la Pakistanaise toujours incarcérée à Multan a en effet été remise en question à la suite d'un accord controversé conclu entre les autorités et des manifestants islamistes.

Pourquoi est-elle toujours en prison ? Risque-t-elle une nouvelle condamnation ?

Le 31 octobre, l’annonce de la libération d'Asia Bibi, a provoqué la fureur d'islamistes, qui ont bloqué les principaux axes du pays pendant trois jours. Quelques jours plus tôt, Khadim Hussa Rizvi, le chef du groupe extrémiste violent Tehreek Labek Pakistan (TLP), avait appelé ses fidèles à être prêts à mourir au cas où le jugement de la Cour suprême serait en faveur de la Chrétienne. Blocus, menaces, affrontements avec la police, écoles fermées, services de téléphonie mobile suspendus, vols retardés... les manifestations ne se sont arrêtées qu'après la signature d'un accord controversé avec les manifestants, le 2 novembre dernier. Le gouvernement s'y engage à lancer une procédure visant à interdire à Aasiya Noreen, de son vrai nom, de quitter le territoire et à ne pas bloquer une requête en révision du jugement d'acquittement.


La productrice Jemima Khan, qui l'avait fortement soutenue durant la campagne, s'est jointe au concert de critiques, affirmant que le gouvernement avait signé "l'arrêt de mort" d'Asia Bibi. "Ce n'est pas le Naya(nouveau) Pakistan que nous espérions, a-t-elle tweeté dimanche.


Mais pour l'avocat d'Asia Bibi, Saif-ul-Mulook, "ce compromis n'est rien d'autre qu'un bout de papier qui peut être jeté à la poubelle". Et d'assurer que sa cliente serait "à 100%" libérée bientôt, les autorités pakistanaises "ne pouvant pas la garder" après la décision de la Cour suprême.

Qui pour l'accueillir ?

L'avocat, qui se dit "légalement autorisé" à choisir un pays pour sa cliente dans l'éventualité où elle pourrait quitter le Pakistan, n'a pas été en mesure d'indiquer si elle avait reçu une offre d'asile concrète. D'après ce dernier, un responsable de l'ONU lui a assuré "s'occuper" d'Asia Bibi mais n'a pas évoqué de pays d'accueil potentiel pour des raisons de sécurité.

"J'ai demandé à l'ambassadeur français si son pays serait prêt à offrir l'asile à Asia Bibi. Il a dit 'si vous en faites la requête légalement', et j'ai répondu 'je la fais'," a-t-il expliqué.


Lundi, Anne Hidalgo et Laurent Wauquiez ont demandé dans des messages séparés aux autorités françaises d'intervenir pour "sauver la vie" de la Pakistanaise. La Maire de Paris a exhorté la France à "intervenir auprès du Pakistan" pour qu'il autorise la Chrétienne à "se réfugier dans un autre pays", se disant "prête à l'accueillir" dans la capitale française. Plus d'une quarantaine d'intellectuels français ont par ailleurs signé un appel pour la libération "toutes affaires cessantes" de la Pakistanaise innocentée mais toujours incarcérée.


De son côté, le gouvernement italien s'est dit prêt à aider à trouver une solution pour lui "garantir un avenir".  L'association italienne catholique Aiuto alla chiesa che soffre (Aide à l'Eglise qui souffre, ACS), qui soutient cette femme, et en général les 

chrétiens persécutés dans le monde, a de son côté indiqué avoir reçu un appel à l'aide du mari d'Asia Bibi, Ashiq Masih.

Quid de son entourage ?

"Nous sommes très préoccupés car nos vies sont en danger. Nous n'avons même plus de quoi manger parce que nous ne pouvons plus sortir faire des courses", a déclaré l'époux de la Pakistanaise, dans une vidéo mise en ligne sur le site de l'association Aiuto alla chiesa che soffre. Ce dernier réclame l'asile pour les siens aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Canada. Pourquoi ces pays ? Ils ont les plus grandes communautés de chrétiens pakistanais et l'on y parle l'anglais, une langue qu'apprennent les filles d'Asia Bibi, mais qu'elle-même et son mari ne parlent pas. 


"Je demande au président Donald Trump de nous aider à partir. Après cela, je demande à la Première ministre britannique - Theresa May - de faire de son mieux pour nous aider", a déclaré Ashiq Masih dans un message vidéo. Le mari d'Asia Bibi a également sollicité "l'aide du Premier ministre canadien" Justin Trudeau. Dans la vidéo, ce dernier sollicite aussi l’asile pour Joseph Nadeem, un amis de la famille qui l'a hébergé avec ses filles depuis la condamnation à mort de sa femme il y a neuf ans. 


Craignant des représailles, alors que la question du blasphème est très sensible au Pakistan, l'avocat  de la Pakistanaise a était contraint de fuir aux Pays-Bas. 

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