Pakistan : une série de disparitions de blogueurs suscite l'inquiétude

Pakistan : une série de disparitions de blogueurs suscite l'inquiétude

INTERNET - Cinq blogueurs, réputés pour leur militantisme sur les réseaux sociaux, ont disparu depuis le début du mois au Pakistan. Une atteinte à la liberté d'expression, accusent les associations, qui pointent du doigt les autorités.

Salman Haider, Waqas Goraya, Asim Saeed, Samar Abbas et Ahmed Raza Naseer sont blogueurs. Ils ont un autre point commun : tous ont disparu entre le 4 et 7 janvier dans plusieurs villes du Pakistan. Des disparitions qui ne doivent rien au hasard selon leurs proches, convaincus que ces militants des droits de l'Homme paient le prix de leur engagement en ligne.

Un engagement 2.0 auquel s'est adonné ces derniers mois Salman Haider. Ce poète et universitaire a en effet critiqué l'armée et le gouvernement du pays. Samar Abbas, lui, dirige la petite organisation Alliance civile progressiste. Son but ? "Protéger les droits des minorités" et "lutter contre les activités des groupes extrémistes interdits", a indiqué Talib Raza, un membre de cette structure, précisant que celle-ci avait pris part à des manifestations en faveur des droits des minorités. Samar Abbas a disparu dans des circonstances mystérieuses à Islamabad. Un "fait divers" de trop pour la société civile, qui organise la riposte.

"Faire taire des voix critiques"

Des manifestations ont en effet été organisées ces derniers jours dans les grandes villes du Pakistan pour protester contre ces disparitions, dont la quasi-simultanéité laisse craindre une implication de services étatiques. Le mot d'ordre au sein des cortèges : #RecoverAllActivists (retrouver tous les activistes). "Nous avons déjà vu des pressions sur les médias, les médias en ligne, la presse. Les gens ont été réduits à l'autocensure, a déclaré il y a quelques jours le sénateur d'opposition Afrasiab Khattak. Mais pour les réseaux sociaux, c'est la première attaque. Et le message est : nous ne permettrons pas la liberté d'expression sur les réseaux sociaux non plus". 

Sous le feu des critiques, le ministère de l'Intérieur a assuré pendant le week-end qu'une enquête serait menée concernant Salman Haider, sans évoquer le sort des autres disparus. De son côté, le principal parti d'opposition, le Pakistan People Party (PPP, libéral), a estimé dans une note au Parlement que "le modus operandi de ces disparitions suggère qu'il s'agit d'une action coordonnée, menée pour faire taire des voix critiques". Une action coordonnée en représailles d'accusations de blasphèmes ? 

Le blasphème passible de la peine de mort

"Certaines personnes tentent de faire passer ces blogueurs disparus pour des blasphémateurs. Et les gens qui les soutiennent sont à leur tour accusés de blasphème", a expliqué Nighat Dad, fondatrice de l'ONG Fondation pour les droits en ligne. De telles accusations sont lourdes de sens au Pakistan : elles reviennent à une incitation au meurtre dans cette République islamique très conservatrice, où au moins 17 personnes condamnées pour blasphème attendent dans le couloir de la mort. De simples accusations, relayées par le haut-parleur d'une mosquée locale, ont par exemple entraîné des lynchages dans le passé.

Conséquence, le Pakistan est régulièrement classé comme l'un des pays les plus dangereux pour les journalistes, qui sont parfois arrêtés, frappés voire tués. Critiquer l'armée toute puissante y est considéré comme particulièrement risqué. En avril 2015, une célèbre militante de la société civile, Sabeen Mahmud, avait été abattue par des extrémistes qui avaient affirmé l'avoir tuée en raison de ses idées libérales et laïques. 

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