"Panama Papers" : le Delaware, le paradis fiscal américain

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FOCUS - L'administration Obama s'est dite prête à réformer le paradis que constitue le Delaware. Un petit Etat américain où il fait bon implanter sa société depuis plusieurs années. Un paradis fiscal gênant, à l'heure des "Panama Papers", que nous vous présentons.

Quel est le point commun entre Coca-Cola, Apple ou encore Google ? Une boîte aux lettres. Ou plus exactement, une boîte aux lettres à Wilmington, la ville la plus peuplée du Delaware. Un Etat aussi petit par sa taille  - le deuxième plus petit des Etats-Unis - qu'important économiquement : des milliers de sociétés s'enregistrent sur place, attirées par une fiscalité pour le moins avantageuse. Sauf que celle-ci agace de plus en plus Washington, surtout à l'heure de la révélation des "Panama Papers".

Situé à quelques dizaines de kilomètres de Washington, le Delaware a tout pour séduire les gros portefeuilles : domicilier une entreprise prend moins d'une heure, sans avoir d'employés ou d'activité sur place. L'impôt, lui, est dérisoire : environ 400 dollars par an, soit les frais administratifs et le courrier. Ce dernier est d'ailleurs éloquent : L'Humanité , qui s'est rendu sur place en 2013, a recensé plus de 200.000 boîtes aux lettres sur North Orange Street, au cœur de Wilmington. "Au total, 950.000 sociétés y sont enregistrées, soit plus que le nombre d’habitants résidant dans le 45e État américain (900 000 habitants, soit l’équivalent de Marseille)", relève le quotidien.

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"Trou noir" de la règlementation américaine

Parmi elles, on retrouve les deux tiers des 500 plus grands groupes américains cotés en Bourse. Mais aussi des clients plus gênants : le célèbre trafiquant d'armes russe, Viktor Bout, surnommé le "marchand de mort", avait créé plusieurs sociétés-écrans au Delaware pour masquer ses forfaits. De même que l'ex-lobbyiste américain Jack Abramoff, condamné en 2006 à près de six ans de prison pour corruption.

Des dérives qui, après plusieurs années de promesses non tenues, ont fini de convaincre Washington de passer à l'acte. Ou plus exactement le fisc américain : comme l'a révélé Le Monde la semaine dernière, les actionnaires des sociétés domiciliées dans le Delaware – mais aussi le Wyoming et le Nevada, qui ferment également les yeux sur certaines pratiques – vont devoir dévoiler leur identité. "Le gouvernement américain n’a pas encore décidé si cette mesure de transparence s’appliquerait uniquement aux futures sociétés ou serait étendue, de façon rétroactive, aux entités déjà créées", tempère le quotidien. Mais le geste est lourd de sens, à en croire le secrétaire adjoint au Trésor, Robert Stack, selon lequel il y a "un trou noir" dans la règlementation américaine.

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