"Panama Papers" : sous pression, le Premier ministre islandais démissionne

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POLEMIQUE - Des milliers d'Islandais ont manifesté lundi contre le Premier ministre islandais. Dans la tourmente à cause du scandale des "Panama Papers", qui révèle ses avoirs dans un paradis fiscal, Sigmundur David Gunnlaugsson a quitté son poste mardi.

Sigmundur David Gunnlaugsson est devenu la première victime des "Panama Papers". Deux jours après les révélations tentaculaires du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), le Premier ministre islandais a rendu mardi sa démission. En cause : des millions de dollars discrètement parqués dans les îles Vierges britanniques.

"Je ne démissionnerai pas"

Le montage financier qui lui est reproché, remonte à 2007, selon Le Monde. Cette année-là, celui qui était encore journaliste créait avec sa future épouse une société dans les îles Vierges britanniques. Appelée Wintris, l'entité gère la fortune dont a hérité Anna Sigurlaug Palsdottir de son père, un riche concessionnaire. Sigmmundur David Gunnlaugsson lui cède ses parts fin 2009 pour un dollar symbolique. Seulement voilà, quand il a été élu député pour la première fois en avril 2009, il a omis cette participation dans sa déclaration de patrimoine, alors que la loi l'y obligeait.

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Le secret aura tenu quelques années, le temps que le ICIJ s'empare de quelque 11,5 millions de documents provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, et y déniche ceux en lien avec le Premier ministre islandais. Pour se défendre, le chef de gouvernement avance une explication simple : il n'a jamais caché d'argent à l'étranger, et sa femme est en règle avec le fisc islandais. "Elle n'a jamais utilisé de paradis fiscal", a-t-il écrit sur son site internet. "Je n'ai pas envisagé de démissionner à cause de cela et je ne démissionnerai pas à cause de cela", a-t-il insisté lundi après-midi.

Une manifestation monstre pour le pays

Sauf que son maintien au pouvoir en Islande s'est révélé impossible. Certes, sa culpabilité en matière d'évasion fiscale reste à prouver, mais sa position était devenue intolérable ce mardi, poussant Sigmmundur David Gunnlaugsson a rendre son tablier. L'affaire était en effet extrêmement sensible dans un pays marqué par les excès des années 2000, où le secteur financier euphorique et ses dirigeants usaient et abusaient des sociétés écrans,  jusqu'à la grave crise de 2008 qui s'est soldée par une sévère crise d'austérité . Preuve de l'émoi qu'elle suscite dans la population, entre 8.000 et 22.000 Islandais étaient descendus dans les rues lundi soir en signe de protestation. Un chiffre à ne pas prendre à la légère dans un pays qui compte 329.000 habitants. A titre de comparaison, c'est comme si 1,6 à 4,3 millions de Français avaient manifesté.

Cette manifestation à Reykjavik a d'ailleurs rassemblé plus de monde que celles qui en 2009, après la révélation des graves manquements des responsables politiques dans la surveillance des banques, avaient poussé le gouvernement de droite à la démission. Une révélation qui, justement, avait permis à Sigmundur David Gunnlaugsson de se hisser au pouvoir. Fils de député, il a en effet percé en politique après avoir mené un mouvement de fronde, couronné de succès, contre les conditions drastiques auxquelles l'Islande devait rembourser d'autres pays lésés par la faillite de ses banques.

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