"Nous sommes choqués par votre inconscience" : témoignages de Chinois et d'Italiens face à nos comportements durant le confinement

"Nous sommes choqués par votre inconscience" : témoignages de Chinois et d'Italiens face à nos comportements durant le confinement
International

DECALAGE - Nous avons sollicité des Chinois et des Italiens pour nous donner leur point de vue sur notre façon de réagir face au confinement. De l'avis de tous, les Français ne prennent pas du tout l'ampleur de ce qui les attend.

"Ce que l'on a envie de dire aux Français ? Qu’ils restent chez eux !". En voyant les vidéos et les photos sur les réseaux sociaux de Français se baladant dans les parcs dimanche 15 mars ou arpentant en masse les marchés de la capitale sans respecter les consignes de distanciation sociale, Richard et Pierre ne masquent pas leur exaspération. 

Richard, 49 ans, travailleur dans un magasin de retail qui vit à Shanghai depuis plus de six ans avec sa femme chinoise et ses deux enfants de 12 et 10 ans, se dit "très choqué" : "C’est fou de voir ces Français se rendre au marché, promener leurs chiens, courir sur la plage comme si de rien n’était. Vu de chez nous, c’est incompréhensible : en Chine, tout le monde porte un masque depuis fin janvier. C’est la loi, on prend ma température une quinzaine vingtaine de fois par jour (quand je sors de chez moi, quand je prends le métro, quand je rentre dans un supermarché...) et je connais la température de mes interlocuteurs : par exemple, quand je vais au McDonald's, on me fournit la température et le nom des personnes ayant fait mon repas et mis mon hamburger dans le sac de commande. Vous en êtes certes très loin en France, mais c’est ainsi que nous vivons depuis fin janvier et l'absence de protection heurte violemment."

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Voulez-vous vraiment en France que la situation devienne comme en Italie où les médecins devront faire un "choix" quand les hôpitaux seront engorgés ? Réveillez-vous !- Pierre, expatrié français vivant à Milan

Mêmes réactions catastrophées en Italie, pays le plus touché en Europe avec plus de 4.000 morts, et premier sur le Vieux Continent à avoir ordonné le confinement de sa population : "Le comportement des Français se révèle très mal perçu" confesse d'emblée Pierre Tanguy, expatrié français vivant à Milan, qui fait partie des 130.000 Français attendant le rapatriement : "Les Italiens estiment que les Français prennent la menace trop à la légère et je suis tellement d'accord avec eux" confie-t-il à LCI. "Quand je vois des Français se rendre à la plage, c'est totalement inconscient. Le pire, c'est que vous reproduisez les erreurs que nous avons faites. Par exemple, prendre le train dès l'annonce de nouvelles mesures du gouvernement pour fuir les grandes villes et rejoindre la campagne. C'est la meilleure façon pour propager le virus, c'est totalement irresponsable." 

Depuis ces images, les plages des littoraux français ont été interdites, toutefois la consternation de Pierre monte d'un cran quand il découvre ce vendredi que "les marchés publics restaient ouverts". 

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Il ne comprend pas pourquoi le gouvernement ne les ferme pas totalement : "On voit dans différents reportages les Français se plaindre d'un confinement de 15 jours... mais avec des comportements comme ça, vous ne faites qu'encourager l’État à durcir les règles ! Voulez-vous vraiment en France que la situation devienne comme en Italie où les médecins devront faire un "choix" quand les hôpitaux seront engorgés ? Réveillez-vous !"

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Irréalité et "romantisation du confinement"

Toni vit à Maleo en Lombardie, à dix kilomètres de Codogno. Cet Italien confiné chez lui depuis le 22 février, ne comprend pas que les nouvelles venues d'Italie ne traversent pas mieux la frontière : "Vous êtes nos voisins et pourtant, vous êtes inconscients" affirme-t-il à LCI. "Vous savez très bien ce qui se passe ici, vous connaissez le nombre de morts... et vous ne voyez pas la vague arriver. Je suis d'ailleurs sidéré de recevoir des messages de mes amis en France me demandant si tout ce qui se passe en Italie est bien vrai, si les médias et les gouvernements n'exagèrent pas juste pour faire peur. Il faut alors démentir les théories du complot... nous en sommes arrivés là, alors qu'on assiste à un défilé de cercueils de la ville de Brescia et de Bergame... Oui, tout est bien vrai, c'est notre réalité et ce sera bientôt celle des Français." 

Parmi les nombreuses preuves d'inconscience, on est revenu avec Toni, traducteur très au fait de l'actualité française, sur le fameux phénomène des "journaux de confinement", comme celui offert ici en France par l’écrivaine et essayiste Leila Slimani et massivement accueilli avec indignation, mis en opposition à ces mots lus en Espagne : "la romantisation du confinement est un privilège de classe". De la même façon qu'ils ont connu un décalage entre la prise de conscience chinoise et italienne, les Français connaissent selon lui la même irréalité avec nos voisins transalpins : "Pour connaître le confinement depuis le 22 février, cette romantisation se révèle totalement hors sol. En Italie, on a encore plus malsain, je pense notamment à Vittorio Sgarbi, un soi disant lettré Italien (NDLR. un écrivain également connu pour ses frasques médiatiques et ses démêlés avec la justice), qui continue d'enjoindre les Italiens à ne pas respecter le confinement pour ne pas devenir les moutons du gouvernement." Heureusement d'ailleurs que d'Italie, nous viennent des plumes aux antipodes comme la sublime lettre de l’écrivaine italienne Francesca Melandri qui aident à prendre de la hauteur.

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Il faut "tout arrêter"

En Chine, où le virus a été détecté en décembre, l'enrayement de l'épidémie offre un rayon d'espoir à plusieurs autres nations actuellement confinées pour tenter d'endiguer la propagation du Covid-19. Mais du point de vue de notre témoin vivant dans ce pays comme des siens, les Français doivent s'adapter : "Je comprends la soif de liberté mais la seule chose possible, c’est d’arrêter tout mouvement. De même, je ne comprends pas lorsque je vois à la télévision française, journalistes et experts dire que les Français n’ont besoin de porter un masque seulement s'ils sont malades. Malades ou pas, tous les Français devraient en porter." 

Si la France n’opte pas pour un confinement plus drastique et ne donne pas de masque à toute la population, vous aurez entre 500 et 600 morts à partir d'une semaine, et ce tous les jours.- Richard, vivant à Shanghai

C’est par ailleurs toute la culture du port de masque qui froisse en Asie ("Personne ne regarde ceux qui portent des masques comme des malades, c’est au contraire un signe de protecteur à l’égard d’autrui" précise-t-il), comme ce qu'ils considèrent comme un laxisme du gouvernement français : "Fin janvier, le gouvernement chinois a expliqué à la population que c’était une question de vie ou de mort. Donc à partir du moment où la population a eu peur, tout le monde s'est plié." 

Un régime autoritaire qui, comme le rappelle cet article, a attendu jusqu’au 9 janvier pour annoncer l’émergence d’un nouveau coronavirus et jusqu’au 12 janvier pour partager son génome avec le reste du monde, alors que le premier cas de Covid-19 remontait à novembre, mais dont la méthode de confinement semble, si l'on croit aux chiffres avancés (près de 81.000 personnes ont été contaminées dans le pays asiatique depuis le début, seulement 7.000 encore malades), porter ses fruits. 

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