Par textos, elle avait poussé son petit ami au suicide : la jeune Américaine écope de 15 mois de prison ferme

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ETATS-UNIS - Michelle, la jeune Américaine reconnue coupable au mois de juin d'avoir poussé son petit ami au suicide par textos a écopé de quinze mois de prison ferme ce jeudi. Elle encourait jusqu'à 20 ans d'emprisonnement.

Ils se sont échangés des milliers de textos, mais c’est un coup de fil qui a décidé du destin de Michelle Carter, 20 ans, devant le tribunal du comté de Bristol, dans le Massachusetts. Michelle CarterCarter a été condamné à quinze mois de prison ferme pour avoir poussé son petit ami au suicide par textos. Elle encourait jusqu'à 20 ans de prison.


Vendredi 16 juin, dans son plaidoyer final, le procureur l’avait reconnue coupable d’homicide involontaire sur son petit ami, Conrad Roy. Pourtant, Michelle Carter n’était pas sur les lieux du drame. Mais elle est jugée coupable de l’avoir poussé au suicide... par ses paroles, rapporte le New York Times. Le 2 juillet 2014, alors que son ami Roy Conrad venait de sortir du camion rempli de monoxyde de carbone dans lequel il s’était enfermé, elle l’avait incité, par téléphone, à revenir dans l’habitacle. Et  l’a écouté mourir sans essayer de l’aider, ni appeler à l’aide. Auparavant, pendant des semaines, elle l’avait poussé à se suicider à travers leurs échanges de textos.

Coupable de l'avoir encouragé à commettre son crime ?

C’est cet appel passé au dernier moment que le tribunal pour mineur du comté de Bristol a particulièrement retenu dans son jugement. Ce cas avait divisé la Nouvelle-Angleterre, laissant deux familles détruites, et avait lancé le débat sur la responsabilité légale.


La décision du juge – qui équivaut à dire que les mots seuls peuvent causer un suicide, car Michelle Carter n’était pas sur place – a surpris de nombreux experts juridiques. Ils estiment que cette décision étend la définition de l’homicide involontaire à un nouveau territoire, et qu’il pourrait engendrer des implications de grande portée. : "Est-ce que le prochain cas sera une publication Facebook dans laquelle quelqu’un est encouragé à commettre un crime", interroge une ancienne juge fédérale, citée dans le New York Times. C’est notamment sur cette position que devraient s’appuyer les avocats de Michelle Carter pour faire appel du verdict. 

Tous deux souffraient de dépression

La relation de Michelle et Conrad était celle de deux adolescents en souffrance psychique. Tous deux souffraient de dépression, et Conrad Roy avaient des pulsions suicidaires. Les deux adolescents avaient construit une relation virtuelle, en grande partie sur des échanges de textos, de 2012 à 2014. Lui était un adolescent doux mais profondément déprimé, avait travaillé comme capitaine de remorqueur et était diplômé du secondaire. Michelle, elle, était étudiante en secondaire et fan de la série Glee


Mais sous les apparences d’une élève ordinaire, elle a déclaré que sa vie était contrôlée par un trouble de l’alimentation. Elle souffrait aussi d’anxiété sociale, ont mis en avant ses avocats. Elle prenait notamment des médicaments qui, d’après la défense, lui brouillaient les idées et l’empêchaient de partager ce qu’elle ressentait.  


Au départ, Michelle, alors âgée de 17 ans, avait plutôt exhorté Conrad Roy, 18 ans, à chercher un traitement contre sa dépression. Mais le comportement de la jeune fille avait changé. Elle avait, selon le New York Times, petit à petit embrassé l’idée que si la mort était pour lui la seule façon d’être heureux, le "ciel l’accueillerait à bras ouverts". Dans les deux semaines précédant le suicide de son ami, ils avaient discuté des manières d’en finir, échangeant sur le monoxyde de carbone, elle lui avait répété à plusieurs reprises "il faut juste le faire", ou encore "Pends-toi, saute d’un immeuble, poignarde-toi, je ne sais pas, il y a plein de façons de faire", ou le pressant de passer à l’acte : "Si tu le souhaites autant que tu le dis, tu dois le faire aujourd’hui".


 Si ses avocats ont estimé qu’elle était perturbée par les médicaments qu’elle prenait, le procureur a rappelé qu’elle avait conscience de ce qu’elle faisait. Elle avait ainsi envoyé des textos avec une amie après la mort de Conrad Roy, indiquant : "S’ils lisent mes messages, je suis foutue. Sa famille va me haïr et je vais aller en prison".

C’est d’ailleurs sur la foi de ces échanges avec cette amie que le juge a basé son jugement. La dernière conversation téléphonique entre Michelle Carter et Conrad Roy n’a en effet pas été enregistrée. Leur échange, que le juge a estimé déterminant, a été révélé par Michelle elle-même, trois mois plus tard, dans un texto envoyé à une amie. Pour la défense, rien n’est donc prouvé dans ces propos. Les avocats ont insisté sur le fait que Conrad Roy était déterminé à en finir avec la vie. Mais pour le juge, elle n'aurait pas dû l'inciter à retourner dans sa voiture empoisonnée, que ce comportement t "vicieux et dangereux" qui avait "causé la mort de Mr. Roy". 

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