Paradis fiscaux : David Cameron dans la tourmente après ses aveux

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POLEMIQUE - Après plusieurs jours de pressions, le chef du gouvernement britannique a reconnu jeudi soir avoir détenu jusqu'en 2010 des parts dans le fonds fiduciaire de son père immatriculé aux Bahamas. Des révélations qui tombent au plus mal pour David Cameron.

Les "Panama Papers" n'épargnent personne. Même quand on s'appelle David Cameron. Le Premier ministre est balayé à son tour par l'enquête internationale sur l'évasion fiscale, concédant jeudi soir avoir tiré profit du fonds détenu par son père aux Bahamas. Des révélations qui risquent d'affaiblir un peu plus le conservateur, déjà empêtré dans le "Brexit".

Certes, David Cameron a vendu ses parts en 2010 pour environ 30.000 livres (37.000 euros), quelques mois avant de devenir Premier ministre. Qui plus est, l'existence avait déjà été révélée en 2012 par le journal The Guardian. Sauf que les profits ont échappé au fisc britannique pendant 30 ans grâce à un montage compliqué via le cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca. Et David Cameron a empêché, au total, 23.500 euros en se séparant de ses parts.

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Une affaire qui tombe au plus mal

Le Premier ministre a insisté sur le fait qu'il avait payé des impôts au Royaume-Uni sur les dividendes encaissés et qu'il n'avait fait rien d'illégal. Mais il pourrait payer le prix fort pour cette escapade aux Bahamas à cause de la communication hasardeuse qu'il déroule depuis le début de la semaine. Lundi, il estimait que les placements paternels étaient "une affaire privée". Mardi, le Premier ministre assurait qu’il n’avait "aucune action, aucun trust offshore, aucun fonds offshore". Mercredi, son porte-parole prenait le relais, assurant "qu'il n’y a pas de fonds offshore ou de trust dont le premier ministre M. Cameron ou ses enfants pourront bénéficier dans le futur". Jeudi, revirement de situation : oui, il a détenu – avec son épouse, entre 1997 et 2000 – des parts dans le fonds appartenant à son père.

Aussitôt révélé, le mea culpa de David Cameron s'est attiré les foudres de l'opposition. Le vice-président du Labour lui demande de rembourser ses gains, et un député du même parti appelle pour sa part à la démission. Sortira-t-il indemne de cette tempête ? L'affaire tombe mal pour celui qui doit présider le mois prochain à Londres un sommet anti-corruption. Surtout que le Premier ministre a en partie construit sa réputation sur la lutte contre la corruption, incluant la transparence. La presse britannique a d'ailleurs repris ce vendredi des citations de celui qui, par le passé, "a critiqué l’optimisation fiscale et a fait de la lutte contre l’évasion fiscale un élément clé de son programme économique".

Selon The Economist, la principale victime des Panama Papers ne sera peut-être pas David Cameron mais… la campagne qu'il mène concernant le "Brexit". Comment peut-il continuer à mener la campagne pour le maintien dans l'UE de la Grande-Bretagne, lui qui donne "l’image d’une "élite europhile cupide et mondialisée, coupée de l’expérience des gens ordinaires" ? Réponse ces prochaines semaines. D'ici là, sa côte de popularité a plongé : selon un sondage YouGov publié vendredi, seulement 34% des personnes interrogées ont une opinion favorable de l'action de David Cameron, contre 58% qui pensent le contraire.

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