Comment le scandale fiscal des "Paradise Papers" renforce les soupçons sur les liens russes des proches de Trump

ÉTAU – Alors que l’enquête sur les liens présumés entre le Président américain et la Russie a connu il y a peu ses premières inculpations, les révélations des "Paradise Papers", dimanche 5 novembre, ont mis en lumière de nouvelles relations troubles. Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, est notamment concerné.

Donald Trump n’avait sans doute pas besoin de ça. Après les premières inculpations dans l’enquête conduite par le procureur spécial Robert Mueller sur les collusions présumées entre les équipes du Président américain et la Russie, les "Paradise Papers", révélés ce dimanche, ont mis en lumière de nouvelles relations ambiguës entre des membres de l’entourage du milliardaire et le pays des Tsars. De quoi faire trembler la Maison-Blanche ? Si seule la poursuite des investigations permettra de le savoir, nul ne doute que l’exécutif aurait préféré s’éviter pareille situation. 


Selon les documents issus du cabinet Appleby et publiés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), près d’une quinzaine de proches Trump sont en effet éclaboussés par ce scandale d’optimisation dans les paradis fiscaux. Et certains pour leurs connexions russes. Outre le ministre du Commerce, Wilbur Ross, lié à un oligarque sous le coup de sanctions internationales et au gendre de Vladimir Poutine via une société de transport maritime, c’est surtout Jared Kushner, l’influent mari de la non moins influente Ivanka Trump, qui se retrouve (encore) dans le viseur. 

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De l’argent du Kremlin au capital de Facebook et Twitter ?

Déjà auditionné par le Sénat américain dans cette affaire, le gendre de Donald Trump, également haut conseiller du pouvoir, va-t-il devenir le talon d’Achille de son beau-père ? Les "Paradise Papers" montrent en tout cas que Jared Kushner, par l’intermédiaire d’une société immobilière qu’il co-détient, a reçu quelque 850.000 dollars de la part de Youri Milner, un investisseur russe basé dans la Silicon Valley. Problème : certains placements récents du milliardaire de 55 ans – décrit par Le Monde comme l’un des "plus prospères" de sa génération – dans des entreprises américaines de premier plan interrogent.   


Et pour cause : l’ICIJ fait savoir que des firmes contrôlées par le Kremlin ont financé une partie des opérations de Youri Milner. Une de ces entreprises, VTB Bank, deuxième banque de Russie, a laissé 191 millions de dollars (165 millions d’euros) à une société de l’investisseur – DST Global – qui les a placés au capital de Twitter. Mais ce n’est pas tout : la filiale financière du géant énergétique Gazprom, dont le gouvernement russe est actionnaire majoritaire, a quant à elle financé 920 millions de dollars (794 millions d’euros) dans une société écran – Kanton Services – ayant elle-même investi dans DST Global qui détenait a alors acheté 78 millions d'actions Facebook. Actions qui ont ensuite été revendues au moment de l’entrée en bourse des deux réseaux sociaux, respectivement en 2013 et 2012, permettant de dégager environ un milliard de dollars (863 millions d’euros) pour ce qui concerne Facebook.

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La Russie minimise (et ironise)

Ces larges montants ne manquent pas d’intriguer, alors que Facebook et Twitter sont au cœur de l’enquête sur l’ingérence de la Russie pendant la campagne présidentielle. Questionnées par le Congrès américain, les deux sociétés ont reconnu que des comptes et des pages liés à des intérêts russes avaient publié des contenus sponsorisés (les fameuses "ads") ayant servi à propager de fausses informations et, potentiellement, à manipuler l'opinion publique.


Mais la Russie rejette toute accusation de comportements frauduleux. Ces fuites cherchent à "provoquer l'émotion avec des formulations confuses", a répondu le chef de la commission pour les affaires étrangères au Conseil de la Fédération (la chambre haute du Parlement), Konstantin Kosatchev, qui évoque un "texte fantastique, relevant de la fantasmagorie". Ces opérations "sont présentées comme pratiquement un complot contre les fondations de la démocratie occidentale", a-t-il ironisé. Même son de cloche pour son homologue de la Douma, Alexeï Tchepa, selon qui "il s'agit d'affaires de commerce" qui n’ont "rien à voir avec la politique".

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