Persécution des Ouïghours en Chine : Bruxelles sanctionne Pékin, qui riposte

Un drapeau chinois flotte à Yangisar, à l'ouest de la Chine, le 4 juin 2019

CRISE DIPLOMATIQUE - Pékin a interdit de son territoire une dizaine de personnalités européennes, dont l'eurodéputé français Raphaël Glucksmann, en représailles à des sanctions de l'UE contre quatre dirigeants de la région chinoise du Xinjiang pour leur rôle dans les violations des droits des Ouïghours.

Entre Bruxelles et Pékin, le torchon brûle. L'Union européenne a imposé ce lundi des sanctions contre quatre responsables chinois de la région du Xinjiang pour leur rôle dans la persécution des Ouïghours, cette minorité musulmane sévèrement réprimée. Le Parti communiste chinois a immédiatement riposté en prenant à son tour des sanctions à l'encontre de plusieurs personnalités européennes, parmi lesquelles des parlementaires et des universitaires. Ces mesures "ne changeront rien à la détermination de l'UE à défendre les droits humains", a martelé ce lundi le chef de diplomatie de l'UE, Josep Borrell. 

Les sanctions approuvées unanimement par les ministres européennes des Affaires étrangères consistent en une interdiction d'entrée sur le territoire et un gel des avoirs détenus dans l'Union européenne. Le Royaume-Uni et le Canada ont adopté des mesures similaires, a fait savoir le ministre britannique des Affaires étrangères, avertissant Pékin que la communauté internationale ne "fermerait pas les yeux" sur des "violations aussi graves que systématiques". Les États-Unis ont sanctionné  deux des quatre responsables chinois identifiés par les Européens, a indiqué lundi Washington

Une dizaine de personnalités, dont Raphaël Glucksmann

La Chine accuse pour sa part les personnalités européennes visées par ses sanctions "de porter gravement atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Chine et de propager des mensonges et de la désinformation". Quatre fondations européennes sont également concernées, dont l'Alliance des démocraties, une institution danoise dirigée par l'ancien secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen. Les Européens et leurs familles seront interdits de séjour en Chine, à Hong Kong ainsi qu'à Macao.

Très engagé dans la défense de la cause des Ouïghours, l'eurodéputé français Raphaël Glucksmann (Renew-libéral) s'est dit pour sa part flatté par la décision des autorités chinoise. "J’apprends que je suis visé par les sanctions chinoises, banni du territoire chinois (ainsi que toute ma famille !) et interdit de tout contact avec les institutions officielles et entreprises chinoises pour ma défense du peuple Ouïghour : c’est ma légion d’honneur", a-t-il ironisé sur Twitter.

Le 17 décembre dernier, le fondateur du parti Place publique avait prononcé un discours à Bruxelles au sujet du sort réservé à la communauté musulmane ouïghoure, accusant Pékin de procéder à et son "éradication". L’eurodéputé avait également reproché à la communauté internationale de "consentir par son silence" au "pire crime contre l'humanité du XXIe siècle".

Ces sanctions sont la preuve que la Chine est sensible aux pressions extérieures- Le député néerlandais Sjoerd Sjoerdsma

En réaction aux sanctions visant le député Sjoerd Sjoerdsma, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a annoncé qu'il avait convoqué l'ambassadeur de Chine aux Pays-Bas. "Tant que la Chine commettra un génocide contre les Ouïghours, je ne resterai pas silencieux", a réagi pour sa part l'intéressé sur Twitter. "Ces sanctions sont la preuve que la Chine est sensible aux pressions extérieures. J'espère que mes collègues européens profiteront de ce moment pour s'exprimer également", a-t-il ajouté. 

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Les défenseurs des droits humains estiment que plus d'un million de Ouïghours et d'autres minorités majoritairement musulmanes sont ou ont été détenus dans des camps dans cette région du nord-ouest, où la Chine est aussi accusée d'avoir stérilisé de force des femmes et imposé des travaux forcés. Le géant chinois des télécoms Huawei est soupçonné pour sa part de contribuer à la répression de la minorité ouïghoure à l’aide d’un logiciel de reconnaissance faciale, ce que le groupe dément formellement.

Mais Pékin avait récemment mis en garde les Européens quant aux risques qu'ils encouraient en cas de sanctions à son encontre. "Je tiens à souligner que les sanctions sont une confrontation. Des sanctions fondées sur des mensonges pourraient être interprétées comme une atteinte délibérée à la sécurité et au développement de la Chine", avait averti la semaine dernière l'ambassadeur de la Chine après de l'UE, Zhang Ming. "Nous voulons le dialogue et non la confrontation", avait assuré le diplomate. Le bras de fer ne fait que commencer.

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