Un an après Aylan, "les morts continuent et personne ne fait rien"

International
DÉSESPOIR - Abdullah Kurdi, le père du petit Aylan, dont l'image du corps échoué sur une plage turque le 2 septembre 2015 avait suscité une émotion mondiale, a dénoncé ce jeudi l'inaction des responsables politiques devant le sort des réfugiés

Un cri d'alarme. "Après la mort de ma famille, les politiciens ont dit : 'Plus jamais !' Tous voulaient absolument faire quelque chose à cause de la photo qui les avait tant remués. Mais que se passe-t-il maintenant ? Les morts continuent et personne ne fait rien", a vivement regretté Abdullah Kurdi, le père d'Aylan, dans un entretien publié ce jeudi dans le quotidien allemand Bild.

Urgence d'agirManuel Valls

Le 3 septembre 2015, le monde découvrait la photo d'Aylan, cet enfant syrien décédé la veille, gisant face contre terre sur une plage de Bodrum (Turquie). Le jeune garçon avait été victime d'une traversée qui avait vu l'embarcation empruntée par sa famille faire naufrage au large des côtes turques. 


L'image, hautement symbolique, avait fait le tour du monde et suscitée émotion et indignation face au sort funeste des réfugiés. "Insoutenable" : le mot revenait en boucle dans la bouche des responsables politiques. De Matteo Renzi en Italie à Angela Merkel en Allemagne, tous les dirigeants avaient appelé à une réaction concrète face à ces drames. 


En France, le Premier ministre Manuel Valls avait notamment relayé la photo du cadavre de l'enfant dans les bras d'un gendarme turc, appelant à une "mobilisation européenne".

De son côté, l'ancien Premier ministre britannique David Cameron s'était dit "profondément ému" et annonçait, l'accueil de milliers de réfugiés. La presse internationale avait également largement fait écho de la tragédie, de nombreuses Une affichant le 4 septembre la photo du garçonnet décédé. 

Or, un presque un an après ce drame, pour Abdullah Kurdin, la situation ne s'est guère améliorée. Cepedant, malgré la douleur, l'homme de 41 ans ne regrette pas la médiatisation de la photo de son fils. 


Une telle chose doit être montrée, pour que les gens voient clairement ce qu’il se passeAbdallah Kurdi

Abdallah Kurdi a cependant peu goûté à l’initiative de l’artiste chinois Ai Weiwei. Ce dernier a recréé en début d’année la mort d’Aylan en se faisant photographier dans la même position sur une plage grecque. "On ne m’a rien demandé avant et j’ai été totalement choqué. Je comprends bien qu’Ai Weiwei veuille faire quelque chose pour les réfugiés, c’est une bonne chose. Mais il faudrait aussi penser à moi. Je suis le père et je dois vivre avec ça."


Aujourd’hui installé à Erbil, dans le Kurdistan irakien, le père d’Aylan et de Galip se dit plus "en sécurité" qu’il ne l’a jamais été. "Mais pourquoi faire ?", s'interroge-t-il. 


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