Peut-on voler en toute impunité dans les magasins de Californie, comme le sous-entend cette vidéo ?

Ces images ont suscité de nombreux débats outre-Atlantique.

DÉLINQUANCE - Les images d'un homme en train de dérober des produits dans une supérette californienne sans que n'intervienne la sécurité ont été largement relayées. Elles ne signifient pas pour autant que le vol à l'étalage est impuni dans cet État américain.

La scène est surréaliste. Dans une vidéo d'une grosse vingtaine de seconde, on aperçoit un homme s'introduire à vélo dans un magasin, cagoulé. Il se dirige vers un rayon et glisse dans un large sac des produits sous l'oeil de témoins qui filment la scène. Une fois son larcin terminé, il remonte à vélo et se dirige vers la sortie, après qu'un homme a vaguement tenté de lui subtiliser son stock d'objets dérobés.

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Largement partagées, ces images ont été relayées en France, accompagnées du commentaire suivant : "Les petits vols ont été 'décriminalisés' à San Francisco. Tout ce qui est inférieur à 950 $ ne sera pas poursuivi. C'est arrivé dans un Wallgreens hier. 17 magasins ont fermé jusqu'à présent à cause des vols à l'étalage." Un message trompeur, qui laisse à penser que ce genre de délits est impuni dans l'État de Californie. Si une évolution des lois a bien été observée, il n'en demeure pas moins que les voleurs risquent des peines significatives, même si leur butin n'atteint que de modestes sommes.

Des crimes requalifiés en délits, mais toujours punis

Cette vidéo est-elle authentique ? Quelques recherches permettent de le confirmer. Elle a été postée à l'origine par une journaliste américaine en poste à San Fransisco, une certaine Lyanne Melendez, qui l'a partagée via son compte Twitter. La séquence, tournée lundi 14 juin alors que la reporter faisait des courses, est rapidement devenue virale. La scène a ainsi fait l'objet d'articles en Inde ou en Corée du Sud. L'enseigne visée par le voleur fait partie de la chaîne "Walgreens", spécialisée dans les produits pharmaceutiques. Une description qui correspond en tout point aux images.

Pour certains commentateurs, une scène de vol comme celle-ci illustre l'échec d'une loi votée en 2014 et qui s'applique dans tout l'État de Californie. Elle est évoquée et débattue sous le surnom de "proposition 47", et définit en effet une nouvelle approche dans la manière de punir des crimes. Les vols à l'étalage sans violences ainsi qu'un certain nombre de fraudes sont désormais requalifiés comme de simples délits, pour que la valeur des biens dérobés ou concernés n'excède pas 950 dollars. Il faut également noter que la possession et la consommation de plusieurs drogues, sous réserve de ne pas dépasser un poids maximum, ont été dépénalisées.

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Cela signifie-t-il qu'il est possible de voler en toute impunité en Californie ? Pas du tout. L'article 459.5 du Code pénal en vigueur dans cet État de l'Ouest américain est très clair, et stipule que des peines sont bel et bien prévues pour le vol à l'étalage. Bien qu'il ne s'agisse plus d'un crime et que la justice le réprime moins sévèrement qu'auparavant, les délinquants encourent des peines allant jusqu'à 6 mois d'emprisonnement dans des prisons de comtés (différentes des prisons d'État), ainsi que des amendes allant jusqu'à 1000 dollars. 

Une mesure largement débattue

Depuis son entrée en vigueur, la "proposition 47" a suscité de vifs débats. Elle est notamment accusée d'avoir encouragé la délinquance et la toxicomanie, chez les personnes sans-abri notamment. Walgreens, dont l'un des magasins a été ciblé par le voleur de la vidéo, avait récemment annoncé que les vols enregistrés dans ses enseignes de San Francisco étaient quatre fois supérieurs à la moyenne nationale. Ce qui avait conduit l'entreprise à en fermer 17, dont la rentabilité était plombée par les larcins à répétition.

Si des études ont mis en avant une hausse des vols (de voiture notamment) suite à l'adoption de ces réformes, d'autres jugent leur impact sur la délinquance limité. Il faut aussi noter, comme le font des médias outre-Atlantique, que les chiffres de la délinquance varient fortement d'une ville californienne à l'autre, et ce malgré un arsenal judiciaire identique. Pour les représentant du secteur du commerce, le lien de cause à effet est toutefois présenté comme évident. L'un d'eux a ainsi indiqué au New York Times que San Francisco est devenu "l'un des épicentres du crime organisé visant le commerce de détail". 

Il faut souligner que le vote de la "proposition 47" étant censé répondre à la surpopulation carcérale en Californie, problème dénoncé par la Cour Suprême. De très nombreux prisonniers (20% environ) étaient incarcérés pour des délits mineurs, ce qui induisait un coût considérable pour la collectivité. La presse relatait en 2014 que l'objectif de cette réforme était, outre la baisse du nombre de détenus, "d'économiser des centaines de millions de dollars par an". Afin d'éviter un retour en prison des délinquants, les sommes ainsi récupérées devaient se voir "investies dans les efforts de lutte contre l'absentéisme scolaire et d'autres programmes comme la santé mentale et le traitement de la toxicomanie". 

Si ces réformes suscitent aujourd'hui de vastes débats outre-Atlantique et voient leur efficacité contestée, il est toutefois trompeur de sous-entendre que San Francisco ou toute autre ville de Californie serait une zone de non-droit, où le vol à l'étalage ne serait pas réprimé. Bien que certains voleurs semblent aujourd'hui agir dans une relative impunité, la loi prévoit théoriquement des sanctions à leur encontre, allant d'amendes à des peines de prison.

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