Philippines : après la mort d'un étudiant de 17 ans dans une opération antidrogue, Duterte admet "qu'il a pu y avoir des abus"

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VIOLENCES - Le président philippin Rodrigo Duterte a admis pour la première fois que des abus avaient pu être commis lors des opérations anti-drogues qui ont eu lieu à Manille la semaine dernière. Ces actions brutales menées dans plusieurs quartiers populaires de la capitale ont fait plusieurs dizaines de morts en quelques jours, dont un lycéen de 17 ans.

"Je n'écarte pas l'éventualité... qu'il y ait une possibilité que durant les opérations anti-drogue, il y ait pu avoir des abus. Je l'admets". Les mots sont choisis avec une extrême prudence mais c'est la première fois que Rodrigo Duterte évoque la possiblité de bavures au sein de ses forces de l'ordre. 


Le président philippin fait référence aux raids anti-drogues menés par sa police la semaine dernière à Manille et dans la province de Bulacain, au nord de la capitale. Au moins 58 dealers présumés ont été abattus en trois jours, soit l'une des semaines les plus sanglantes depuis le début de la campagne anti-drogue débutée par le président, au pouvoir depuis le 30 juin 2016.


Au cours de cette série de raids, un jeune lycéen de 17 ans, Kian Loyd delos Santos, a été abattu le 16 août dernier. Les policiers ont affirmé avoir agi en état de légitime défense alors que le jeune homme leur avait tiré dessus, mais les caméras de vidéosurveillance tendent à contredire cette version. Sa famille dénonce une bavure policière flagrante, et le visage de l'adolescent est devenu une icône martyre depuis plusieurs jours.


Rodrigo Duterte avait salué l'efficacité de ses forces de police la semaine dernière, qui avaient abattu 32 personnes en une journée, souhaitant que ses hommes "tuent au moins 32 dealers par jour" pour le bien du pays. 


Dans ce contexte de violence verbale, le mea culpa du président qui évoque "de possibles abus" est un brin surprenant. Il a assuré qu'une enquête serait menée et qu'en cas de bavure, les officiers impliqués seraient sanctionnés.

L’officier qui tue est récompensé et la victime est blâmée. Les cadavres ne peuvent plus se défendre des accusations dont ils font l’objet.L'archevêque Socrates Villegas

De possibles crimes contre l'humanité

Plus d'un an après le début de cette spirale de violence qui a fait au moins 7000 morts selon l'ONU et 10 000 morts selon certaines ONG, plusieurs voix appellent à arrêter le massacre, notamment au sein de l'Eglise catholique. L'archevêque de Lingayen-Dagupan, Socrates Villegas, l'un des hommes les plus influents de cette institution, a notamment déploré que "l'officier qui tue est récompensé tandis que la victime est blâmée".


Au-delà des chiffres officiels, dont le président se vante régulièrement,  des associations de défense des droits de l’homme dénoncent le recours à des milices et des tueurs à gage bénéficiant du soutien de la police.


Selon Amnesty international, la police aurait tué et payé pour tuer des milliers de trafiquants de drogue présumés, n’hésitant pas à fabriquer des preuves. Les populations les plus pauvres et les plus défavorisées seraient largement visées par ces opérations violentes selon l’ONG qui parle de "possibles crimes contre l'humanité".

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