Philippines : ouverture d'une enquête sur les aveux de "meurtres" du président Duterte... qui injurie en retour l'ONU

International

PHILIPPINES - L'organisme chargé de veiller aux droits de l'Homme dans le pays a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête sur les aveux du président, qui a récemment expliqué avoir tué trois personnes quand il était maire. Pas de quoi inquiéter Rodrigo Duterte : il a réagi en insultant vertement l'ONU, à l'origine des investigations qui vont être menées.

La provocation de trop pour Rodrigo Duterte ? L'organisme chargé de veiller aux droits de l'Homme aux Philippines a annoncé ce jeudi l'ouverture d'une enquête à l'encontre du président philippin. En cause : ses aveux concernant la mort de trois personnes en 1988. Une l'époque durant laquelle, sous ses habits de maire de Davao, il avait fait de la lutte contre la drogue sa marque de fabrique.

C'est d'ailleurs en vantant sa politique à la fin des années 1980 que le président philippin a "dérapé". Rodrigo Duterte a en effet déclaré, le 12 décembre, qu’il avait parcouru les rues, à moto, pour tuer des criminels alors qu’il était maire de sa ville natale, Davao. "Je cherchais vraiment l'affrontement pour pouvoir tuer", a assuré le président, suscitant l'embarras dans son équipe. Cette dernière a ensuite expliqué que les exécutions avaient été effectuées "pendant une opération de police légitime".

Lire aussi

"Ferme-la parce que tu n'as pas de cerveau"

Cela n'a pas suffi à convaincre le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad al Hussein. Celui-ci a jugé mardi qu'il s'agissait "clairement de meurtres" et demandé à la justice philippine d'ouvrir une enquête. Celle-ci a donné son feu vert ce jeudi : le président de la Commission des droits de l'Homme, Jose Gascon, a déclaré qu'il avait mis en place une équipe pour enquêter sur ces déclarations.

Une Commission qui connaît bien Rodrigo Duterte : cette institution a déjà enquêté sur des accusations selon lesquelles il avait dirigé des escadrons de la mort ayant fait plus d'un millier de victimes à Davao, lorsqu'il en était le maire. Le principal intéressé a tantôt démenti, tantôt reconnu avoir joué un rôle dans ces escadrons. Finalement, la commission n'avait pas lancé de poursuites contre lui, préférant remettre en place "une équipe pour une nouvelle enquête sur (les escadrons de la mort de Davao) et sur les nouvelles révélations et aveux publics qui pourraient éclairer notre enquête précédente", selon Jose Gascon.

Confronté à une nouvelle enquête de la Commission, Rodrigo Duterte reste droit dans ses bottes. Il en a même profité vendredi pour lancer une nouvelle salve, cette fois-ci contre Zeid Ra'ad al Hussein : "Ce gars est soit le Joker (du film Batman, NDLR), soit complètement fou", a-t-il lancé dans un discours télévisé pendant lequel il n'a cessé de qualifier le dirigeant de l'ONU de "stupide".  "Vous autres, responsables de l'ONU, vous êtes assis sur votre cul pendant qu'on paie vos salaires. Espèce d'imbéciles, ne me dites pas ce que je dois faire. Qui vous en a donné le droit ?", a vitupéré le président philippin. Avant d'en rajouter une couche : "Ferme-la parce que tu n'as pas de cerveau. Ne me parle pas comme ça, espèce de fils de..." Selon la police philippine, plus de 5.300 personnes ont été tuées depuis l'entrée en fonctions de M. Duterte le 30 juin, dont 2.124 aux mains de policiers. 

En vidéo

Retour sur les 100 premiers jours du "Donald Trump philippin", Rodrigo Duterte

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter