Plan de relance européen : d'où viennent les 750 milliards d'euros (et qui va payer) ?

C'est un jour historique pour l'Europe. Après quatre jours et quatre nuits de négociations tendues, les dirigeants européens sont enfin parvenus à un accord sur le plan de relance économique.
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INTERVIEW - Le plan de relance adopté ce mardi par les Etats européens s'appuie pour la première fois sur une dette commune. François-Xavier Pietri, éditorialiste Economie TF1/LCI, nous explique comment sera financé ce programme inédit.

Un plan à 750 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne a été adopté, ce mardi 21 juillet, par les 27. Cet accord historique comprendra deux volets : 390 milliards d'euros de subventions distribuées aux Etats-membres et 360 milliards d'euros de prêts. D'où proviendra cette somme colossale et qui devra payer en fin de compte ? Explications.

Où l'Union européenne va-t-elle trouver les 750 milliards d'euros de son plan de relance ? 

François-Xavier Pietri : L'Europe va devoir emprunter, d'autant que cette fois c'est la Commission européenne - et donc les 27 Etats - qui finance ce nouveau plan et non la Banque centrale européenne (BCE) [NDLR : la BCE a lancé de son côté un programme d'achat de dettes doté de 750 milliards d'euros en mars et augmenté de 600 milliards d'euros en juin]. Les Etats-membres vont, pour la première fois, se regrouper pour emprunter cet argent. 

Ces 750 milliards seront pour une très large majorité empruntés par l'institution européenne sur les marchés financiers, même si des Etats vont aussi en partie contribuer à ces fonds en versant eux-mêmes des quotes-parts, sans que le détail soit connu dans l'immédiat. Globalement, il s'agira de plusieurs emprunts, sachant qu'en ce moment la Commission européenne peut emprunter dans de bonnes conditions, avec des taux d'intérêt autour de 0%.

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Faudra-t-il vraiment rembourser cette dette  ?

Oui, il faudra la rembourser. Certes l'idée de la dette perpétuelle [NDLR : qui consiste à ne payer que les intérêts sans rembourser la somme empruntée] se répand en ce moment, mais personne n'imagine que ce sera le cas pour ces emprunts qui pourront être contractés sur les marchés. Car à partir du moment où vous envoyez le signal aux investisseurs qu'ils ne seront pas remboursés, ils se mettront à moins prêter : le remboursement est en effet un instrument très important de la confiance. 

Le dispositif que la Commission européenne va mettre en place est très différent de celui de la BCE qui peut, quant à elle, émettre de la monnaie et éventuellement renoncer à se faire rembourser. Mais ce schéma de dette perpétuelle n'est franchement pas imaginable pour la Commission européenne qui va supporter l'emprunt commun. Il faudra donc qu'elle rembourse. Mais pour faire en sorte que ce soit le moins douloureux possible, il est possible de différer le remboursement et de l'étaler sur de nombreuses années. 

La Commission européenne attendra un remboursement de la part des Etats demandeurs pour le volet prêts, mais qu'en est-il du volet subventions ?

Les 390 milliards d'euros de subventions vont être donnés aux pays les plus fragiles, souffrant le plus de la pandémie et de la crise, en l’occurrence les pays du sud. Mais il s'agira bien d'une dette commune supportée par la Commission européenne, c'est-à-dire les 27 pays. Cette solidarité fait d'ailleurs la particularité de ce plan : pour la première fois, tous les Etats-membres, qu'ils soient frugaux ou dépensiers, empruntent ensemble pour venir aux secours des pays qui en ont le plus besoin. Cette question de la répartition a justement été extrêmement compliquée à régler lors des discussions de ces derniers jours, car les pays frugaux souhaitaient avoir une quote-part inférieure. 

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Peut-on aussi imaginer la création d'impôts destinés à financer en partie ce plan ?

Cela dépend des pays, chacun ayant sa politique fiscale. En France, il est clair que le gouvernement aujourd'hui ne souhaite pas alourdir la note fiscale déjà très élevée. L'exécutif a tiré les leçons de la crise de 2008, qui l'avait poussé à fortement augmenter les impôts les années suivantes. Or, cette hausse avait contribué à tuer la reprise, un risque dont le gouvernement est aujourd'hui très conscient. 

En outre, les échelles de valeur ne sont plus du tout les mêmes. Par exemple, aujourd'hui, un retour de l'Impôt sur la fortune (ISF) rapporterait 3 milliards d'euros [NDLR : l'option a été écartée mi-juillet par Emmanuel Macron] alors que les montants dépensés par la France dans cette crise tournent autour de 460 milliards d'euros. Il s'agirait d'un symbole car les sommes en jeu sont bien au-delà. On n'est plus dans un exercice consistant à calculer les dépenses et les recettes de l'année pour voir comment boucler le budget. On est dans un exercice de gestion de crise majeure. Et compte tenu du montant engagé, il n'est pas imaginable de faire supporter la crise aux Français via les impôts.

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