Plan d'Obama contre le climat - "C'est la démonstration qu'il est possible d'agir"

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CLIMAT – Le président américain a annoncé lundi un grand plan pour lutter contre "la grande menace" que fait peser le réchauffement climatique sur notre planète. Réduction des émissions de dioxyde de carbone des centrales électriques, promotion des énergies renouvelables... Ces mesures sont-elles suffisantes pour relever ce "défi-clé" de notre Temps ?

Barack Obama a fait le choix des énergies renouvelables pour son pays. Le président américain a lancé lundi son "Clean Power Plan", un projet très attendu pour lutter contre cette "grande menace" qui pèse sur la planète. Pour lutter contre le réchauffement climatique, le locataire de la Maison-Blanche a instauré une série de règles et de réglementations qui imposeront notamment aux centrales électriques de réduire de 32% leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2) par rapport au niveau de 2005. Dans le même temps, la production d'électricité grâce aux énergies renouvelables devra passer à 28%.

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Interrogé par metronews, Pierre Cannet, le responsable du Programme Climat, Energie et Infrastructures durables au WWF France, voit d'un très bon œil ces mesures, à moins de six mois du COP21, la grande conférence pour le climat, qui se tiendra à Paris.

METRONEWS – Comment accueillez-vous les mesures prises dans le cadre du "Clean Power Plan" par Barack Obama ?

PIERRE CANNET – C'est un très beau signal politique qui est fait en direction du COP21, mais aussi bien au-delà. Le plan montre que les émetteurs de dioxyde de carbone ont la possibilité de s'engager dans cette lutte, c'est la démonstration qu'il est possible d'agir. Le président américain, en imposant une réduction de 32% des émissions de CO2 par les centrales électriques, montre qu'il s'attaque directement à ce secteur.

Cela sera-t-il suffisant ?
Non, ces mesures ne répondent pas à la demande scientifique pour maintenir le réchauffement climatique à 2 degrés. Mais sur cet élan, il faut construire quelque chose de solide. La Chine avance depuis deux ou trois ans dans son pays [en décembre 2014, Pékin s'est fixé pour objectif une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, NDLR]. Il y a un nouveau modèle qui commence à émerger au niveau mondial. Les pays comprennent que le charbon appartient au passé, à la fois car il comporte des risques pour la santé, des incertitudes sur son rendement économique, mais aussi car les énergies renouvelables disposent de bénéfices intéressants. En 2014, ce secteur a permis la création de 7,7 millions d'emplois au niveau mondial.

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils attendu si longtemps pour abandonner le charbon ?
Les Etats-Unis disposent d'importantes ressources en terme de charbon. Les sous-sols américains regorgent de ce fossile. Par ailleurs, Barack Obama a hérité de cette situation. La production d'électricité sont le fruit d'orientations politiques décidées sur plusieurs décennies.

Justement, peut-on croire que le président américain tiendra parole à un an de la fin de son mandat ?
Il a fallu au président américain deux mandats pour imposer ces objectifs, il en faudrait autant pour les détricoter. Le risque existe mais c'est un mouvement qui s'est engagé depuis plusieurs années. Barack Obama a pris cette décision sur la base d'une intelligence politique en passant par l'Agence américaine de protection de l'environnement. C'est un choix minutieux, car il évite de passer par le Congrès. Et malgré des lobbies puissants, notamment dans le secteur du charbon, les catastrophes climatiques de ces dernières années (cyclone, sécheresse...) font prendre conscience aux Américains qu'il faut agir.

40% de l'électricité produite grâce au charbon aux Etats-Unis, 1,5% en France, comment expliquer cette situation ?
Tout simplement car la France, comme les Etats-Unis pour le charbon, a choisi une autre voie il y a plusieurs années en favorisant le nucléaire. La loi sur la Transition énergétique montre qu'un nouveau modèle s'ouvre. Désormais, il faudrait des réponses concrètes. Comment faire passer la part d'énergies renouvelables dans la production d'électricité de 14% à 32% ? Mais ces problématiques se jouent au niveau européen. L'Union européenne pensait mener la danse mondiale en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Elle devient de plus en plus timide. Il faudrait que les 28 trouvent un plan crédible pour avancer.

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