Plein-emploi aux Etats-Unis : les raisons du "miracle"

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À LA LOUPE – Miracle économique outre-Atlantique ? Le taux de chômage américain est tombé à 3,6%, le niveau le plus bas depuis décembre 1969. Comment l'expliquer ? Que se cache-t-il derrière ces résultats mirifiques ? Éléments de réponse.

Si le gouvernement français vise le plein emploi en 2025, c'est déjà une réalité pour les Américains. Avec un chômage de 3,6%, les Etats-Unis atteignent le taux le plus bas depuis 50 ans. Des chiffres encourageants qui profitent directement au président Donald Trump : sa popularité a atteint un niveau record de 45% d'opinion favorable. Il s'était lui-même présenté comme "le plus grand créateur d'emploi que Dieu ait jamais créé" juste avant son investiture en janvier 2017. Il pourrait bien être en voie de réaliser ce pari. 

Mais faut-il y voir le signe de la Providence ou, au contraire, des résultats en trompe l’œil ? À La Loupe s'est penché sur les raisons du plein emploi américain. 

Un taux de chômage et des créations d'emploi à des niveaux historiques

Donald Trump s'est qualifié, le 6 mai sur Twitter, comme étant l'auteur "des deux premières années de président les plus réussies de l'histoire." Rien que ça ! Mais les chiffres semblent lui donner raison : le taux de chômage aux États-Unis est tombé à 3,6%. Peut-on néanmoins parler d'un effet "Trump" sur l'emploi ? Si l'on se réfère aux chiffres publiés par le Bureau des statistiques sur l'emploi des Etats-Unis, la courbe du chômage descend continuellement depuis le pic des 10% de chômeurs atteint en 2009, au plus fort de la crise économique. Cette diminution s'effectue donc à la même vitesse depuis que Donald Trump est à la Maison Blanche. 

Toutefois, Donald Trump semble réussir ses prédictions en matière de création d'emplois. En deux ans et quatre mois de mandat, 5,6 millions d'emplois nets ont été créés, soit déjà la moitié du bilan de Barack Obama après 8 années de mandat. Si l'on se concentre uniquement sur le second mandat du Président démocrate - afin d’exclure la crise économique de 2009 et ses conséquences -, Donald Trump joue armes égales avec son prédécesseur et une création nette de jobs de 2,5 millions par an en moyenne chacun. Les deux présidents font en tout cas largement mieux que George W. Bush avec une moyenne de 266.000 d'emplois nets créés par an pendant ses deux mandats. 

Moins de chômage, mais moins d'Américains qui travaillent ?

Les chiffres du chômage sont présentés selon la méthode de calcul de l’Organisation internationale du travail, méthode également utilisée par la France et tous les autres pays du monde. Selon ce mode de calcul, sont considérées comme étant des chômeurs les personnes disponibles pour travailler et qui cherchent un travail au cours des quatre semaines. Les personnes qui ne sont pas dans une recherche active sont donc exclues des statistiques et considérées comme des inactifs. 

Le plein emploi américain cache-t-il une baisse de la population active ? Depuis 2008, le nombre d'Américains classés comme inactifs a effectivement augmenté de 20%, faisant baisser mécaniquement le chômage. Mais, depuis que Donald Trump est arrivé au pouvoir, le taux d'activité poursuit sa hausse, entamée depuis 2015. 

Il faut aussi rappeler que les départs à la retraite sont en hausse constante depuis 2009. Un Américain sur cinq sera à la retraite d'ici quelques années. Un vieillissement de la population dont profitent les statistiques du chômage sous les ères Obama et Trump. 

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La crise des opioïdes, hécatombe dans la population active

D'après une étude de l'université de Princetown intitulée 'Où sont passés tous les travailleurs ?", la baisse de la population active américaine pourrait aussi s'expliquer par... la crise des opioïdes. De fait, la dépendance à cet antidouleur très puissant n’est pas un épiphénomène : 70.000 Américains sont morts en 2018 ! Soit davantage que les décès en accidents de voiture ou par arme à feu. 

En l’espace de 20 ans, les décès dus à la consommation à ce médicament ultra addictif ont été multipliés par six. Résultats morbides : ces décès prématurés engendrent une baisse du nombre d'actifs et les personnes qui souffrent d’addiction ne sont plus en recherche d'un emploi. L'étude de Princetown précise que 47% des hommes inactifs âgés de 25 à 54 ans prennent des opioïdes. D'ailleurs, un lien entre une baisse de la main d'oeuvre disponible et un taux important de prescription d’opioïdes a été démontré, Etat par Etat.  

Cette exclusion du marché du travail des personnes dépendantes est loin d’être marginale. Jérôme Powell, le président de la Banque centrale des États-Unis, a souligné lors d’une audition au Sénat les "conséquences terribles sur nos communautés ainsi que sur le taux d’activité et l’activité économique de notre pays." Alerte qu'il a réitéré en mars dernier à la télévision

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ARCHIVES - La dépendance aux opioïdes ravage les États-Unis

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