Migrants : la Biélorussie menace de couper le gaz à l'Europe, Poutine renvoie Bruxelles à ses responsabilités

Migrants : la Biélorussie menace de couper le gaz à l'Europe, Poutine renvoie Bruxelles à ses responsabilités

DIPLOMATIE - La Biélorussie, accusée d'orchestrer une crise migratoire à sa frontière avec la Pologne, a menacé jeudi d'interrompre les livraisons de gaz transitant sur son territoire en cas de sanctions européennes.

La crise entre la Biélorussie et la Pologne prend de l'ampleur. Et inquiète vivement la communauté internationale : du Conseil de sécurité de l'ONU à l'Union européenne, des réunions sont prévues ces prochaines heures. En attendant d'éventuelles sanctions contre Minsk, les protagonistes multiplient les déclarations à l'emporte-pièce.

Premier d'entre eux : le président biélorusse. Alors que le Vieux continent est confronté à une crise énergétique, Alexandre Loukachenko a menacé ce jeudi 11 novembre de suspendre le fonctionnement du gazoduc Yamal-Europe qui traverse la Biélorussie et livre du gaz russe, notamment à l'Allemagne et à la Pologne. "Nous chauffons l'Europe et ils menacent de fermer la frontière. Et qu'est-ce qui se passerait si nous coupions le gaz naturel qui va là-bas ? Je conseillerais donc aux dirigeants polonais, aux Lituaniens et aux autres écervelés de réfléchir avant de parler", a lancé Alexandre Loukachenko.

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Crise migratoire à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne

Des mesures envisagées à Bruxelles

Malgré les menaces de Minsk, les Européens veulent se montrer inflexibles. "Nous sommes dans une situation où il est grand temps de tirer les conséquences maintenant. Nous voulons le faire avec nos partenaires européens", a expliqué le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, devant les députés du Bundestag allemand. Il a ajouté que "l'Union européenne va étendre et renforcer ses sanctions contre le régime de Loukachenko". Heiko Maas a indiqué qu'une décision en ce sens sera prise lundi lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27 pays membres de l'Union européenne à Bruxelles.

Outre l'extension des sanctions contre des personnalités proches du président biélorusse, le ministre allemand s'est déclaré en faveur de mesures contre "des secteurs économiques aussi importants que l'industrie de la potasse", pilier de l'économie de la Biélorussie. Le pays est en effet le deuxième exportateur mondial de potasse, un ingrédient de la fabrication d'engrais. Il a également émis l'idée de sanctionner des compagnies aériennes, notamment Belavia.

Les migrants utilisés comme "de la chair à canon"

Comment expliquer ce regain de tensions ? Depuis lundi, les tentatives de passage en Pologne depuis la Biélorussie de centaines de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, ont déclenché une grave crise. Varsovie a déployé 15.000 soldats dans la zone, en plus de policiers et de garde-frontières. Les Européens accusent Alexandre Loukachenko d'avoir sciemment orchestré cette situation en délivrant depuis des mois des visas à des migrants et en les acheminant à la frontière pour se venger de sanctions européennes. 

Depuis août, la Pologne a enregistré au total plus de 32.000 tentatives d'entrée illégale sur son territoire, dont 17.300 au mois d'octobre. Selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza, 10 personnes sont mortes dans la zone frontalière depuis le début de cette crise.

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Dans l'espoir de trouver une porte de sortie, Bruxelles en appelle désormais à l'intervention de Moscou. "Il y a une capacité d'influence évidente de la Russie sur la Biélorussie pour aider à arrêter ce trafic et donc nous devons utiliser ce canal", a estimé jeudi le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, en accusant Minsk d'utiliser les migrants "comme de la chair à canon". 

La France entend faire passer ce message lors d'une rencontre, vendredi, des ministres des Affaires étrangères et de la Défense français et russe à Paris. La chancelière allemande, Angela Merkel, a aussi demandé mercredi au président russe, Vladimir Poutine, "d'agir" contre "l'instrumentalisation" des migrants par le régime biélorusse.

Mais ce jeudi, Vladimir Poutine a clairement mis Bruxelles devant ses responsabilités, appelant l'UE à rétablir les contacts avec la Biélorussie. Lors d'un entretien téléphonique avec la chancelière allemande Angela Merkel, le second en deux jours, le président russe a souligné l'"importance de régler le plus vite possible la grave crise migratoire", ce qui passe par le "rétablissement des contacts entre les pays de l'UE et la Biélorussie", selon un communiqué du Kremlin.

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