Police "complice", Garde nationale absente, antifas infiltrés... Trois fake news sur l'invasion du Capitole

Des manifestants pro-Trump devant le Capitole où avait lieu la séance de certification de la victoire de Joe Biden.

FACT CHECK - Le choc des images de l'invasion du Capitole par des partisans de Donald Trump ce mercredi a laissé place à une vague de théories complotistes pour réinterpréter cet événement. LCI.fr en a passé trois au crible.

Il aura fallu moins de quinze minutes à la foule pour toucher le cœur démocratique des États-Unis. Après la sidération, l'heure est donc aux tentatives d'explication après que des partisans de Donald Trump ont envahi et saccagé le Capitole ce mercredi 6 janvier. Que ce soit du côté des démocrates ou des partisans du président sortant, chacun y va de sa théorie. Pour les premiers, cet assaut n'a pu avoir lieu qu'avec l'aval des forces de l'ordre, qui auraient notamment ouvert les barrières aux manifestants. Pour les autres, il serait le fruit d'une infiltration de groupes d'extrême gauche violents et pas seulement de pro-Trump. Qu'en est-il ?  

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Quel a été le rôle des forces de l'ordre?

"La police a ouvert les p... de portes." La légende est sans appel. Vidéo à l'appui, une internaute assure sur Twitter que la police du Capitole a autorisé l'accès aux émeutiers. Visionnée plus de 30 millions de fois ce jeudi après-midi, la séquence d'une dizaine de secondes montre un petit groupe de forces de l'ordre, reconnaissables à la mention "Police du Capitole" sur leur dos, face à une foule bien plus massive de manifestants. Alors qu'une barricade les sépare, les dizaines d'émeutiers franchissent ensuite calmement les barrières, et la foule pénètre dans la zone précédemment bloquée de la propriété fédérale. La personne qui filme zoome plusieurs fois. Toutefois, une analyse approfondie de la situation image par image via l'outil InVID ne permet pas de discerner qui des deux groupes a déplacé l'objet. Seule certitude : les forces de l'ordre ne répondent pas pour disperser la foule.

Par contre, rien ne permet de dire que ce sont les forces de l'ordre qui sont à l'origine de l'action. D'autant plus que cette version va à l'encontre de l'analyse de l'auteur de ces images. De fait, la source de la vidéo est clairement identifiée, grâce au logo TikTok sous lequel on trouve le nom du compte où a été publié pour la première fois la séquence. Son auteur, Marcus Dipaola, qui se présente comme journaliste, parle en fait d'un groupe qui a "repoussé la police du Capitole". S'il s'agit donc bien d'une véritable séquence montrant la police du Capitole des États-Unis abandonnant cette position, les images ne fournissent pas suffisamment de preuves pour déterminer qui a déplacé les barricades.

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Autre source de questionnement, le rôle de la Garde nationale. Massivement déployée en juin dernier lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter, elles ont brillé par leur absence. De nombreux commentateurs ont notamment relevé la différence via une photo largement relayée sur Twitter. Celle-ci montre bien des membres des forces militaires de réserve américaine déployée le 2 juin autour du Lincoln Memorial, comme l'indique la légende de la photographie sur Getty Images

Alors pourquoi n'était-elle pas présente avant le début des émeutes ce mercredi ? Deux sources, un journaliste du Washington Post et un autre de la NBC, ont assuré vers 15 h (heure locale) que le ministère de la Défense avait rejeté les demandes des responsables de la ville de Washington de déployer la garde au Capitole. La capitale des États-Unis n'étant pas un État administratif, mais un district, la mairie n'avait en effet pas les pouvoirs de déployer elle-même les militaires. 

Ce n'est qu'une demi-heure plus tard, qu'un autre journaliste du Washington Post, Dan Lamothe, a annoncé que la totalité des "1100 membres" étaient en service, citant un responsable du ministère de la Défense. Mais uniquement en soutien aux forces de l'ordre locales. Auprès du journaliste, une source officielle du ministère de la Défense a nié avoir rejeté la demande des responsables de déployer la Garde nationale au Capitole. Tout en reconnaissant ne pas avoir immédiatement "donné suite" suite à cette requête. Il y avait donc, quoi qu'il en soit une certaine "confusion", pour  reprendre les termes d'un autre journaliste citant le secrétaire à la Défense. 

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Quant aux raisons pour lesquelles ce processus a été retardé, elles restent incertaines. La presse américaine a toutefois tenté d'y donner des éléments de réponse. Un décryptage du Washington Post  dit que l'armée hésitait à affronter directement la foule, notamment à cause des nombreuses critiques qui ont éclaté après le déploiement des militaires lors des manifestations après la mort de George Floyd, les responsables "préférant que les autorités de Washington utilisent leur police locale et d'autres forces de l'ordre". Le New York Times donne quant à lui une version qui met directement en cause Donald Trump. Des responsables de la Défense et de l'administration ont fait savoir que c'était le vice-président, Mike Pence, et non le président sortant, qui a approuvé l'ordre de déployer la Garde nationale de Washington. "On ne sait pas pourquoi le président, qui a incité ses partisans à prendre d'assaut le Capitole et qui est toujours le commandant en chef, n'a pas donné l'ordre", précise le prestigieux quotidien américain. Il aurait en tout cas "dans un premier temps repoussé et résisté aux demandes de mobilisation". 

Un groupuscule antifa à la manoeuvre?

Face aux images de chaos à l'intérieur de ce bâtiment hautement symbolique, certains partisans de Donald Trump ont cherché à se désolidariser de cette violence. Notamment en accusant l'autre bord. Sur les réseaux sociaux, des internautes ont commencé à répandre la rumeur selon laquelle l'événement ne serait pas provoqué par des partisans du président sortant. Mais par des militants antifascistes infiltrés. Une idée infondée reprise ensuite au plus haut sommet de l'État. Devant la chambre des Représentants, l'élu républicain Matt Gaetz a assuré que "certaines des personnes" présentes au Capitole "se faisaient passer pour des partisans de Trump et étaient en fait des membres du groupe terroriste violent antifa". 

Pour porter cette théorie, des internautes ont assuré que certains participants étaient des sympathisants Black Lives Matter ou d'idéologie de gauche. Parmi les fausses informations qui ont circulé, on retrouve une grossière manipulation d'une photo de Jake Angeli, l'homme aux cornes de bison devenu le visage de la prise d'assaut du Capitole. Ce "chaman" est pourtant une figure bien connue de la mouvance complotiste QAnon et un fervent défenseur du magnat de l'immobilier, comme nous vous l'expliquons dans son portrait ici. Une photo datant de juin est supposée le montrer comme participant à une manifestation du mouvement contre les violences policières en juin dernier. En réalité l'image a été recadrée. Le cliché original, posté par son autrice plus tard sur Twitter, montre une situation radicalement opposée. Il était en fait présent pour soutenir Donald Trump face à cette mobilisation. La photo d'origine n'a été partagée que 130 fois tandis que la version mensongère a atteint les 19.000 retweets. 

D'autres ont vu chez l'homme qui était à ses côtés lors de la prise du Capitole un fervent "soviétique". Entourant le tatouage qu'il arbore sur sa main gauche sur une photo, des internautes croient y voir le symbole de la faucille et du marteau. Il n'en est rien. Baptisée la "marque de l'outsider", elle est issue de l'univers du vidéo Dishonored. Selon le site fandom, elle représente un humain auquel l'Outsider - un être surnaturel aux valeurs ambiguës - a conféré des pouvoirs surnaturels. Le créateur du jeu vidéo a lui-même ironisé sur Twitter à propos de cette fausse information. 

Cette seconde théorie est d'autant plus étonnante que c'était le président lui-même qui avait encouragé ses partisans à marcher vers le monument. Et que les émeutiers avaient planifié cette action en ligne "depuis des semaines", comme l'a montré une enquête de BuzzFeed. Sans jamais cacher leur volonté de recourir à la violence. Reste aux investigations à venir d'expliquer pourquoi les forces de l'ordre n'ont jamais pris l'ampleur de l'événement à venir.

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