Navire échoué à l'Ile Maurice : La Réunion peut-elle être touchée par la marée noire ?

Navire échoué à l'Ile Maurice : La Réunion peut-elle être touchée par la marée noire ?
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EN ALERTE - Alors que l'Ile Maurice se débat pour faire face une marée noire après qu'un pétrolier contenant 4.000 tonnes de carburant s'est échoué au large de ses côtes, "l'île soeur" de La réunion est sur ses gardes. Pourrait-elle être impactée ?

Des efforts désespérés pour éviter une catastrophe écologique dans les eaux cristallines de l'Ile Maurice. Depuis jeudi, les autorités ont entamé un dur combat après qu'un vraquier, échoué depuis fin juillet, et transportant 3.800 tonnes d'huile lourde et 200 tonnes de diesel, a commencé à se fissurer, laissant échapper les hydrocarbures.

Des images aériennes prises ces derniers jours montrent déjà l'ampleur du désastre : d'immenses nappes noires dans la mer azur, se déplacent vers les lagons, les récifs coralliens et les plages idylliques de sable blanc. Jusqu'à présent, les eaux agitées ont mis en difficulté les opérations pour limiter les fuites d'hydrocarbures. Selon un porte-parole de Mitsui OSK Lines, qui exploite le navire, des tentatives pour évacuer du carburant en hélicoptère ont échoué.

Et la situation pourrait encore s'aggraver avec des prévisions météorologiques peu encourageantes pour le week-end. "Nous ne savons pas ce qui va arriver au bateau", a avoué le Premier ministre mauricien. Les écologistes craignent que le bateau ne finisse par se briser et ne cause des dommages colossaux en mer et sur le littoral. 

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Météo-France se veut rassurant

Au point d'impacter l'Ile de La Réunion, voisine ? Dans l'île française, une cellule de crise a bien été activée par le préfet de la zone Sud-Océan Indien, Jacques Billant. Toutefois, la préfecture se veut rassurante. Elle a sollicité les services de prévision marine de Météo France qui ont effectué à partir d'un logiciel dédié à la prévision de dérive d’hydrocarbure, une simulation de dérive de la nappe. 

Ce modèle tient compte d'un grand nombre de données, en particulier des vents observés et des prévisions de vents effectués par Météo-France, mais aussi des courants marins plus profonds. En combinant ces informations avec des données relatives au polluant (densité, type d'hydrocarbure), il établit des prévisions de dérive. Et sa conclusion est la suivante : "Au regard des conditions météorologiques et de courant sur 3 jours, la pollution devrait rester localisée sur les côtes mauriciennes et ne toucherait pas la côte réunionnaise".

"Un secteur très agité en terme de vent"

Même constat plutôt rassurant de la part de l'association Océan Prévention Réunion : "En général, la houle et le vent viennent d'un secteur sud vers le nord, donc de La Réunion vers l'Ile Maurice, du coup il y a peu de risques pour le moment", explique à LCI son président Jean-François Nativel. "Le problème c'est qu'on est dans un des secteurs les plus agités de la planète en terme de vent et de vagues, et le courant peut parfois s'inverser, même si c'est plutôt quelque chose qui arrive durant l'été austral - c'est-à-dire lorsque c'est l'hiver en métropole - lors de la saison des cyclones", poursuit-il.

Par ailleurs, "l'océan est très vaste et nous ne sommes que deux petits cailloux, donc au vu de la dispersion du fuel, l'impact ne pourrait pas être le même que celui que connaît l'Ile Maurice. Tout au plus, quelques boulettes ou flaques pourraient arriver", ajoute-t-il, précisant qu'il faut tout de même rester vigilant, et fustigeant par la même occasion l'attentisme des autorités mauriciennes qui depuis le 25 juillet "n'arrêtaient pas de dire que tout va bien, jusqu'à ce que le navire se fende en deux"

Pour leur décharge, "l'île Maurice est une île très pauvre - au regard de La Réunion qui bénéficie des aides de la France -, et qui vit essentiellement du tourisme, mais ce secteur est à l'arrêt jusqu'au 1er septembre, en raison du coronavirus. Ils n'ont donc pas les moyens de faire face à cette crise", tempère Jean-François Nativel.

Un désastre écologique

Si le risque semble limité pour ce qui est du littoral réunionnais, la ministre de la Mer, Annick Girardin, s'inquiète tout de même de la menace que représente l'échouement du vraquier : "Si la cargaison se répand, les effets seraient dévastateurs dans tout l'Océan Indien. Les récifs et l'écosystème corallien, notre bien commun, seraient affectés durablement", prévenait-elle le 7 août sur Twitter, quelques jours avant l'annonce de l'envoi de matériel et moyens humains et techniques de la France.

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Île Maurice : la crainte d'un désastre écologique

Un point de vue que partage Jean-François Nativel : "Ce qui se passe à l'Ile Maurice est extrêmement inquiétant. Je ne suis pas un expert, mais le fuel que l'on voit sur les images a l'air très fluide, ce qui veut dire qu'il va s'immiscer partout et qu'il faudra des décennies pour espérer le faire disparaître. Et comme les Mauriciens ont un grand lagon qui fait quasiment tout le tour de l'île, quand quelque chose y pénètre, il va avoir tendance à circuler et à se répandre à l'intérieur. Il il va donc falloir faire vite, d'autant que le plus gros du pétrole est encore à l'intérieur, ", alerte-t-il.

Une mission loin d'être aisée, le président de l'association rappelant "que la mer est démontée en ce moment, avec certains jours une houle de 10/12 mètres, et que le bateau est dans un secteur très exposé"

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