Pollution record à New Delhi : "On vit au jour le jour en contrôlant les taux fréquemment", raconte une Française

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TÉMOIGNAGE – Alors que les écoles de New Delhi ont été autorisées à rouvrir ce lundi après plusieurs jours de fermeture, les niveaux de pollution restent à un niveau particulièrement élevé et dangereux. Une Française résidente de la capitale indienne raconte cette situation aussi préoccupante que répétitive.

"Un fléau." Pour Catherine Rahman-Guitton, directrice d’une entreprise à New Delhi, la pollution est un problème aussi chronique et répétitif qu’inquiétant et dur à vivre. "J’habite à Delhi depuis sept ans, et ça fait sept ans que je vis des périodes post-Diwali (grande fête indienne ayant lieu fin octobre ou début novembre, ndlr) caractérisées par de fortes pollutions atmosphériques." Et de fait : si les écoles de la capitale indienne ont été autorisées à rouvrir ce lundi après plusieurs jours de fermeture en raison du nuage toxique, les niveaux de pollution demeurent extrêmement élevés et dangereux. 


À midi heure locale (7H30 en France métropolitaine), le compteur de l'ambassade américaine en Inde indiquait une concentration de particules ultra-fines de 509 microgrammes (μg) par mètre cube d'air quand l’OMS recommande de ne pas dépasser un taux de 25 μg en moyenne journalière. Des pics à plus de 1000 μg - revenant à fumer quelque 50 cigarettes par jour – ont même été atteints au plus fort de la crise. "Le gouvernement avait demandé la fermeture des écoles indiennes à partir de jeudi, aucune ou un tout petit nombre possèdent des équipements pour purifier l’air", précise la Française. "Les écoles internationales (américaine, britannique, française et allemande) ont pris leur propre décision. À ma connaissance seule l’école britannique a été fermée."

La pollution a tué 2,5 millions d’Indiens en 2015

Il faut dire que, selon Catherine Rahman-Guitton, maman de deux petites filles, le lycée français de New Delhi semble avoir pris la mesure de la problématique, même si des restrictions s’imposent. "L’école française met beaucoup de moyens en place pour protéger les élèves et le personnel enseignant et administratif, mais il est impossible de poser une bulle au-dessus du bâtiment", ironise-t-elle. "Les fenêtres ont été changées, les salles équipées de purificateurs. Un protocole est en place et les élèves ne passent pas de temps en extérieur. C’est difficile pour eux après une semaine, ils ont besoins de se dépenser." Comme les autres parents d’enfants scolarisés dans l’établissement, la Française espère un retour rapide à la normale même si, rappelle-t-elle, "la pollution est constante à Delhi".


Une constante avec laquelle il faut s’habituer à vivre chaque jour, jusque dans son domicile. "À la maison nous sommes équipés de purificateurs depuis notre arrivée en Inde, en 2010. À l’époque il était très difficile d’en trouver. Mais c’était important pour nous, pour nos petites jumelles qui venaient de naître", explique Catherine Rahman-Guitton. "Au quotidien, on tente de passer le minimum de temps à l’extérieur et on porte un masque. On essaye aussi d’améliorer l’isolation de nos maisons, de nos fenêtres, les constructions ne sont pas toujours bien finies", poursuit-elle. "On vit au jour le jour en contrôlant les taux fréquemment. On arrange nos emplois du temps pour éviter de sortir et de passer trop de temps dehors."

On se sent privilégié par rapport à tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’équiperCatherine Rahman-Guitton, habitante de New Delhi

La pollution est un problème de santé majeur pour l'Inde, nation de 1,25 milliard d'habitants en plein développement et aux besoins de croissance immenses. En 2015, la contamination atmosphérique, terrestre et aquatique était présumée responsable de 2,5 millions de décès dans le pays, plus lourd bilan humain de la planète, selon une étude publiée récemment dans The Lancet. Un constat qui fait relativiser Catherine Rahman-Guitton. "On se sent privilégié par rapport à tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’équiper", souligne-t-elle, estimant que les populations locales ne sont peut-être pas suffisamment informées et sensibilisées faute de politiques publiques suffisamment importantes sur le sujet. "On dirait que le gouvernement ne prend pas vraiment conscience de l’importance du phénomène." 

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