Pologne : colère en Israël et inquiétude aux Etats-Unis après le vote d'un projet de loi sur la Shoah

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HISTOIRE - Les relations ne sont plus au beau fixe entre Israël et la Pologne. Le président de la République polonais a confirmé qu'il allait promulguer la loi visant à interdire l’utilisation du terme "camps de la mort polonais" ou d’imputer une responsabilité à l’Etat polonais dans les crimes commis par les nazis.

La colère gronde en Israël après le vote par le Sénat polonais fin janvier d'une loi concernant la Shoah et la définition des camps nazis durant la Seconde guerre mondiale. Le texte avait déjà été voté par les Parlement la semaine précédente. Mardi 6 février, le président de la République Andrzej Duda a confirmé son intention de procéder à la signature de la loi, ultime étape avant sa mise en application. Le texte prévoit jusqu'à trois ans de prison ou une amende pour toute personne, citoyen polonais ou étranger, qui utiliserait le terme "camps de la mort polonais" pour qualifier les camps d'extermination installés par les nazis en Pologne occupée, ou attribuerait à la "nation ou à l'Etat polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le 3e Reich allemand - ou tout autre crime contre l'humanité (...) ou crime de guerre".

Selon les élus polonais, dont ceux du parti conservateur Droit et Justice (PiS) majoritaire, l'utilisation du terme "camps de la mort polonais" donne la fausse impression que leur pays serait responsable de la Shoah. Le Premier ministre a également souligné sur Twitter qu’"Auschwitz-Birkenau n'est pas un nom polonais, et Arbeit Macht Frei ("Le travail rend libre", référence à l’inscription allemande à l’entrée du camp, ndlr) n'est pas une expression polonaise".

"L’Histoire ne peut être modifiée"

Les Etats-Unis ont exprimé leur "inquiétude" quant aux conséquences de cette loi. Elle risque d'avoir des "répercussions" sur "les intérêts et relations stratégiques de la Pologne, y compris avec les Etats-Unis et Israël", a mis en garde la porte-parole du département d'Etat Heather Nauert, estimant que d'éventuelles divisions entre alliés "ne profiteraient qu'à nos rivaux". Celle-ci a appelé la Pologne "à réexaminer la loi à la lumière de ses possibles conséquences sur la liberté d'expression et sur notre capacité à être de bons partenaires".

En Israël, l’annonce tombée la veille de la Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité, le 27 janvier,  a aussi du mal à passer. Pour de nombreux dirigeants politiques, cela revient à nier la participation de Polonais dans l’extermination de juifs par les nazis. "Il y a eu des camps de la mort polonais et aucune loi ne peut rien y changer", s’est emporté sur Twitter Yaïr Lapid, chef du parti centriste et fils d’un survivant de la Shoah. Il estime que cela vise à "nier la complicité polonaise dans l'Holocauste" qui a certes été " conçu en Allemagne mais des centaines de milliers de Juifs y ont été tués sans n’avoir jamais rencontré un soldat allemand."

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Auschwitz-Birkenau, lieu de mémoire pour tenter de comprendre l'horreur

Benyamin Netanyahu s’est également emporté, dénonçant une "loi (qui) n’a aucun sens". "L’Histoire ne peut être modifiée et nul n’a le droit de nier l’Holocauste", a déclaré le Premier ministre israélien. Un haut diplomate polonais a été convoqué par le ministre israélien des Affaires étrangères pour "une clarification" sur le projet de loi. Dimanche soir, Netanyahu et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont décidé d’ouvrir immédiatement un dialogue pour améliorer la compréhension. De son côté, le président polonais Andrzej Duda a indiqué qu’il examinerait les passages du texte avant de valider le tout.

Une interprétation erronée de l'Histoire

Selon l'ambassadrice d'Israël à Varsovie Anna Azari, le gouvernement israélien "rejette" la loi, mais en même temps "comprend" qui a construit les camps de la mort et que "ce n'étaient pas les Polonais". Pour elle, cet article pourrait cependant ouvrir la porte à des poursuites contre les survivants de l'Holocauste qui témoigneraient de la participation de Polonais à des crimes de guerre. Andrzej Duda a tenu à assurer "toute personne dont les souvenirs personnels ou la recherche historique exprime la vérité sur des crimes ou des comportements honteux survenus dans le passé avec la participation de Polonais, a pleinement le droit à cette vérité".

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Le mémorial de la Shoah à Jérusalem Yad Vashem a reconnu que le terme ‘camps de la mort polonais’ constituait une "interprétation erronée de l'histoire". Mais l'institution regrette que "cette loi (soit) susceptible de brouiller la vérité historique concernant l'assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise durant l'Holocauste". 

Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la Seconde Guerre mondiale. 

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