Polynésie : de 1966 à 1996, près de 200 essais nucléaires aux conséquences désastreuses

Polynésie : de 1966 à 1996, près de 200 essais nucléaires aux conséquences désastreuses

HISTOIRE - En Polynésie française, mardi, Emmanuel Macron a reconnu la "dette" de la France à l'égard de l'archipel, après 30 ans d'essais nucléaires. Les conséquences, tant pour la santé des habitants que pour l'environnement, y sont catastrophiques.

"La nation a une dette à l'égard de la Polynésie française." S'adressant aux responsables polynésiens au dernier jour de sa première visite dans l'immense archipel polynésien, Emmanuel Macron a reconnu, mardi 27 juillet, la responsabilité de l'État concernant les effets dévastateurs des essais nucléaire menés par la France dans le Pacifique pendant 30 ans, jusqu'en 1996.

"Je pense que c'est vrai qu'on n'aurait pas fait ces mêmes essais dans la Creuse ou en Bretagne. On l'a fait ici parce que c'était plus loin, parce que c'était perdu au milieu du Pacifique", a-t-il reconnu. Les conséquences sur la santé des habitants et sur l'environnement, pourtant, sont loin d'être négligeables. Les Polynésiens réclament pardon et réparation.

Près de 200 essais nucléaires en 30 ans

Après avoir mené 17 essais nucléaires au Sahara, la France a transféré, en 1966, son champ de tir en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, où elle a procédé en 30 ans à 193 nouveaux essais.

Du 2 juillet 1966, date du premier essai français dans le Pacifique-sud, jusqu'au dernier, le 27 janvier 1996, 46 tirs ont lieu au sol ou en altitude, puis 147 dans des puits souterrains. D'abord dans la couronne des atolls, puis, à partir de 1979, au milieu des lagons pour éviter le tassement des récifs. Sur les 193 essais nucléaires effectués, 167 ont eu lieu à Mururoa. Aucune mesure de protection n'a été prise pour les habitants.

Le 24 août 1968, l'explosion de la première bombe H, thermonucléaire, au-dessus de Fangataufa, marque un nouveau tournant dans les essais nucléaires. Cette bombe à fusion de 2,6 mégatonnes (Mt) est beaucoup plus puissante que celle à fission. À titre d'exemple, elle est 170 fois plus puissante que celle larguée au-dessus de Hiroshima en 1945. 

L'arrêt des essais grâce à l'importante mobilisation de la communauté internationale

En 1973, les habitants crient leur ras-le-bol et manifestent à Papeete. Les essais dans l’atmosphère sont stoppés l'année suivante, au profit des tirs souterrains. En 1992, François Mitterrand décide d'un moratoire des essais nucléaires. Respecté par les grandes puissances nucléaires, à l'exception de la Chine, il durera trois ans. En juin 1995, le président Jacques Chirac, opposé à ce moratoire, annonce la reprise des tirs français.

Alors que huit essais souterrains sont prévus à Mururoa et Fangataufa à partir de septembre, pour "assurer la sûreté, la sécurité et la fiabilité de nos forces de dissuasion", explique Jacques Chirac, seuls six auront lieu. Un tonnerre de protestations, en Polynésie et dans le monde entier, met la France en position d'accusée sur la scène internationale. La Nouvelle-Zélande et le Chili rappellent leurs ambassadeurs à Paris, et ceux de France à Vienne, Canberra, Wellington et Tokyo sont convoqués. La Belgique, la Suède, le Danemark disent leur désapprobation. L'annonce de l'arrêt définitif des essais et de la décision de la France de signer le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires est faite le 29 janvier.

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Des cas de cancers très nombreux sur l'archipel

Mais pour les Polynésiens et les personnels affectés aux essais, les conséquences vont bien au-delà de l'arrêt des tirs : environ 2000 personnes résidaient, pendant les essais, dans le secteur défini par une loi d'indemnisation votée en 2010. Et certains de ces essais ont eu des retombées radioactives "très importantes" en raison des conditions météorologiques sur les îles alentour, selon un rapport de la commission de la défense du Sénat de septembre 2013. 

En mars dernier, une enquête du média d'investigation Disclose a dévoilé que le niveau réel de la radioactivité à laquelle les habitants de l'île ont été exposée lors des essais nucléaires aurait été sciemment sous-évalué. "Selon nos estimations, les doses reçues seraient entre deux et dix fois supérieures aux estimations établies par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) en 2006", déclare le média à but non lucratif, financé par des dons. 

Alors que de nombreux cancers sont recensés dans l’archipel, les Polynésiens font directement le lien avec les essais nucléaires. Si celui-ci paraît effectivement évident, le démontrer n'est pas si simple. En février dernier, un rapport publié par l'Institut français de la recherche médicale (Inserm) explique que malgré sept années d'enquête, le manque de données ne permet pas d'établir un lien entre essais nucléaires et cancers. Les auteurs recommandent la réalisation de nouvelles études sur le sujet. Sur l'archipel, le taux d'incidence du cancer de la thyroïde est le plus élevé au monde, avec la Nouvelle-Calédonie.

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Des conséquences environnementales importantes

Les essais dans le Pacifique ont également eu des conséquences sur l'environnement, comme des fissures dans la barrière de corail. En février 2011, le ministère de la Défense a en outre reconnu la possibilité d'un effondrement d'une partie de l'atoll de Mururoa, fragilisé par les tirs souterrains. Ce glissement de terrain pourrait entraîner, selon un rapport du ministère des Armées datant de 2018, la formation d'une vague de 20 mètres de haut et l'évacuation préventive de Mururoa.

Selon l'évaluation faite en juin 1998 par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'activité totale des déchets accumulés dans les sous-sols de Mururoa atteint 13.279 térabecquerels (TBq), soit "371 fois le seuil de classement des installations nucléaires de base (INB)", soulignait en 2012 auprès du Monde Bruno Chareyon, responsable du laboratoire de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad).

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