Pourquoi la Californie n'exécute pas ses condamnés à mort

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ETATS-UNIS - En 2006, la Californie a établi un moratoire sur la peine capitale. Mais, depuis, les condamnations à mort se poursuivent. Les détenus s’entassent donc dans les "couloirs de la mort" de la prison de San Quentin en attendant une exécution hypothétique.

Le tueur en série Lonnie Franklin, 64 ans, surnommé le "sinistre endormi", a semé la terreur à Los Angeles durant deux décennies. Il a été condamné à mort le 11 août dernier pour avoir tué, et parfois violé, 10 jeunes femmes dont une adolescente. Une condamnation qui ne semble pourtant pas avoir le poids qu’on lui attribue. Au regard de la lenteur des procédures, Dale Atherton, son avocat, "doute sérieusement que Franklin soit jamais exécuté, il est déjà trop vieux". "La peine capitale est une plaisanterie en Californie, tout le monde la veut mais elle n’est jamais appliquée", ajoute-t-il.

En effet, l’Etat détient la plus grande antichambre de la mort aux Etats-Unis. Et désormais elle manque de place. San Quentin, la prison où sont entassés les détenus en attente d’exécution en Californie, a ainsi atteint la limite de ses capacités. Car si la peine capitale n’y a pas été appliquée depuis 2006, les tribunaux insistent pour condamner à mort une vingtaine de détenus chaque année. 

Sentence totémique

"La peine de mort aux Etats-Unis est totémique. Elle est vue comme un moyen de protéger la société contre le mal. Mais il existe un paradoxe entre cette réalité tenace et les velléités progressistes de l’Etat californien, explique à LCI Arnaud Gaillard, sociologue et spécialiste des questions pénales. Passer à la mise à mort choque profondément". Des mouvements sociaux s’organisent fréquemment pour revendiquer le caractère inhumain de la peine capitale qui se pratique soit par injection létale soit par chambre à gaz. Mais la branche politique reste timide sur la question. "C’est une situation flottante. Le nouveau gouverneur de Californie est plutôt en défaveur de la peine de mort et pour autant il a du mal à la faire abolir". 

En 2012, un référendum sur la peine de mort avait été organisé en Californie. Mais il avait échoué à faire abolir cette sentence pourtant contestée. Selon Arnaud Gaillard, cela tient au fait que le débat ait été "mal engagé" à l’époque. Il était en effet proposé de remplacer la peine capitale par le "life freedom parole" - "l’emprisonnement à vie. "Le problème c’est que ceux qui sont très actifs sur la question, les activistes de Human rights, et qui avaient la possibilité de faire bouger les choses, n’ont pas été favorables au référendum. Pour eux, la prison à vie est aussi inhumaine que la condamnation à mort. Par conséquent, ils ont refusé de remplacer une sentence barbare par une autre". 

Manque de courage des institutions

Les instances pénales font preuve du même manque de courage que les politiques face à l’abolition de la peine capitale. Il en résulte un décalage entre la loi en vigueur qui autorise la peine de mort et le refus d’exécuter. "La loi profite de la longueur des procédures pour éviter l’exécution. On fait trainer les pourvois et les condamnés s’entassent dans les couloirs de la mort. C’est ce qui fait scandale : l’Etat n’exécute pas mais continue d’appliquer la peine capitale". 

Un nouveau référendum devrait être organisé en novembre prochain. Selon Arnaud Gaillard, "si la population se prononce alors en faveur du "life freedom parole", il y aura une légitimité politique à faire changer la loi. La Californie n’a pas très envie d’être regardée comme un Etat qui tue". 

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Qu'est-ce que la peine de mort ? La minute pour tout comprendre du Petit JT

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