Pourquoi la création d'un FBI européen, relancée après les attaques terroristes en Catalogne, reste aujourd'hui impossible

ÉCLAIRAGE - Ce vendredi matin, au lendemain des attaques qui ont touché la Catalogne, plusieurs personnalités politiques ont appelé à renforcer le renseignement européen et ont une nouvelle fois avancé l’idée de créer un FBI à l'européenne. Pourquoi, à l’heure actuelle, l'idée d'une agence commune de renseignements reste impossible ?

Jeudi, deux attaques terroristes ont touché la Catalogne faisant au moins quatorze victimes. Interrogées ce vendredi matin sur ce nouvel attentat, plusieurs personnalités politiques ont réaffirmé leur volonté de voir se créer un "FBI européen" pour améliorer la coordination entre les Etats et l'échange d'informations stratégiques sur le terrorisme. Le député européen EELV Yannick Jadot a déclaré sur Europe 1 : "Je suis pour une agence de coopération européenne. Qui ne signifie pas l’arrêt des agences nationales. J'ai toujours été pour un FBI européen. Il faut concentrer nos capacités de renseignement, il faut concentrer nos capacités de justice avec un procureur européen, il faut concentrer nos capacités de suivi de tous ceux qui sont identifiés." 


A droite, c'est l'ancien député LR Georges Fenech qui a évoqué la même idée : "Les terroristes se rassemblent par katiba, par langue. Les frontières n’existent pas. Il est très important de prendre en compte la nécessité d’une coordination européenne. C’est une proposition que je formule, une sorte de FBI à l’européenne, c’est-à-dire une véritable base commune du renseignement pour éviter ces traversées de l’Europe quasiment en toute tranquillité" a-t-il déclaré sur RMC.

Le renseignement, une compétence nationale

Selon Henri Labayle, professeur de droit spécialiste des questions politiques et juridiques européennes interrogé par LCI, plusieurs facteurs expliquent qu'un "FBI européen" est loin de voir le jour. Tout d'abord, l'universitaire met en avant le facteur politique : "Les Etats conservent leurs compétences en matière de sécurité intérieure. Aujourd’hui, l’Europe a l'interdiction d’aller mettre son nez dans ce domaine. Chaque pays a ses réseaux, ses informateurs, sa politique intérieure. Pour coordonner le tout il faudrait mettre en place un système fédéral, mais cela est aux antipodes de ce qu’est l’Europe aujourd’hui." 


Les mêmes propos avaient été tenus par Gilles de Kervoche, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme, au début du mois de juin dernier après les attaques à Londres. "En l’état actuel des traités, ce n’est pas possible. On peut effectivement le souhaiter. Un FBI européen, c’est certainement une bonne idée, mais dans une construction fédérale, et donc cela supposerait de modifier les traités, et cela supposerait aussi des contrôles, une responsabilité politique accentuée…" avait-il déclaré.

Les pays d'Europe centrale ou d'Europe du Nord ne se sentent pas concernés par le terrorisme

Henri Labayle estime également que l'autre raison pour laquelle un tel organisme est loin de naître est technique. "Techniquement, au niveau européen, la coopération des forces de police est compliquée. Des fois, même en France, entre la police et la gendarmerie, l’information est difficile à trouver car on ne sait pas où aller la chercher. Donc d’un point de vue technique, c’est compliqué de régler ce genre de choses" analyse Henri Labayle. "Et puis aujourd’hui en Europe, tous les pays ne doivent pas faire face à la même pression terroriste" continue-t-il. "Pour la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne et maintenant l’Espagne, la lutte contre le terrorisme est une priorité. Ce n’est pas le cas des pays d’Europe centrale ou d’Europe du Nord. Et ce premier groupe de pays va y regarder à deux fois avant d’aller coopérer avec Chypre ou la Roumanie."  


Alors comment mettre en place ce "FBI européen" ? Il faudrait, comme l'a expliqué Gilles de Kerchove, modifier les traités. "Mais rien n'empêche, à côté, d'établir des coopérations" ajoute Henri Labayle. "Aujourd’hui, il n’existe aucunes obligations dans ces domaines, donc si un Etat n’alimente pas les échanges ou garde sous le coude certaines informations, ça n’avance pas." 

La menace terroriste parfois difficile à détecter par les services de renseignement

Un "FBI européen" ne serait de toute façon pas la solution miracle. "La volonté politique entre les Etats existe mais la menace terroriste 'low cost' comme celle qui a frappé Nice est compliquée à détecter. Le renseignement n’est pas toujours efficace quand les attaques sont le fait de personnes déséquilibrées qui agissent seules, en dehors de réseaux. Avec un FBI européen ou une police européenne, je ne suis pas sûr que l’on pourrait gérer ce terrorisme low cost." Aussi, explique le professeur de droit, le risque est que la menace terroriste ait toujours une longueur d'avance. "Le facteur temps fait que la violence terroriste s’est accélérée et que la réaction des Etats est plus lente. C’est long et difficile de se mettre d’accord sur un texte."

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