Pourquoi la France ne veut-elle pas reconnaître le Haut-Karabakh ?

Pourquoi la France ne veut-elle pas reconnaître le Haut-Karabakh ?

OUI, MAIS NON - Si le Sénat en novembre dernier, puis l’Assemblée nationale hier, ont voté pour la reconnaissance de l'État du Haut-Karabakh, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, avait par avance opposé une fin de non-recevoir, en se prononçant contre.

Le statut du Haut-Karabakh est actuellement celui d’une République autoproclamée (depuis 1991), que ne reconnaît aucun des pays membres de l’ONU. Son espace géographique, enclavé en Azerbaïdjan, vient d’être amputé des deux tiers à l'issue d’un conflit meurtrier cet automne.

Bakou a ainsi récupéré la totalité des territoires perdus depuis la fin de la guerre en 1994 au terme d'une offensive soutenue par Ankara et d’un accord parrainé par Moscou.

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La population à majorité arménienne s’est donc réfugiée soit dans ce qu’il reste du territoire, soit en Arménie. L’équilibre actuel semble garanti par la présence de l’armée russe, mais pour cinq ans seulement. La route de l’Arménie, cordon ombilical vital de l’enclave, est en grande partie à redessiner, dans une zone montagneuse particulièrement difficile.

C’est dans l’idée de renforcer la légitimité de cette population, et dans l’hypothèse d’une trop grande fragilité des garanties, que les deux chambres du Parlement français ont successivement voté en faveur d'une reconnaissance de la République du Haut-Karabakh. Jeudi, l’Assemblée nationale s’est exprimée par cent-quatre-vingt-huit voix pour, trois contre et treize abstentions.

Cela reviendrait à nous exclure nous-mêmes- Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères

La résolution “non-contraignante” était portée par le groupe Les Républicains, dont la proposition vise à "la protection du peuple arménien et des communautés chrétiennes d'Europe et d'Orient." Cet élargissement à une cause confessionnelle, ainsi qu’à la problématique de l’adhésion de la Turquie à l’UE, a d’ailleurs rebuté des députés favorables au projet.

En séance, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a maintenu la position du gouvernement, hostile à une telle reconnaissance. Pour lui, ce serait “renoncer à notre rôle de médiateur“ dans le conflit, en “nous excluant de nous-mêmes de la co-présidence du groupe de Minsk”. Ce triumvirat diplomatique associe en effet Paris à Moscou et Washington, un format d’ailleurs mis en cause par Ankara, qui entend s’inviter dans la médiation. Le Quai d'Orsay veut garder les mains libres, dans les multiples dossiers qui l'opposent à la Turquie d'Erdogan, des ressources gazières en Méditerranée orientale aux caricatures de Charlie Hebdo, en passant par la Syrie et la Libye. 

Les députés LaREM votent le texte, malgré tout

Jean-Yves Le Drian a également rappelé que “même l’Arménie ne demande pas” de reconnaître le Haut-Karabakh… puisqu’elle ne le fait pas elle-même. Cette résolution du Parlement français est en effet, pour l’heure, unique au monde.

En dépit de la position du gouvernement rappelée par le ministre des Affaires étrangères, les députés LaREM présents ont très majoritairement voté en faveur de la résolution aux côtés du groupe LR : un seul vote contre, treize abstentions et quatre-vingt-deux votes pour. Majoritaires en séance, leur alignement sur la position du Quai d’Orsay aurait fait échouer le texte. 

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