Pourquoi la Libye est incontournable dans le traitement de la crise migratoire

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Migrants : l'UE évite la crise politique

INTERNATIONAL - Le pays en proie aux divisions et à l'insécurité depuis la chute de Khadafi est devenu malgré lui un acteur incontournable de la crise migratoire qui se joue sur les rives de la Méditerranée.

Bientôt des "centres d'accueil et d'identification" au sud de la Libye ? C’est en tout cas la proposition que s’apprête à défendre ce jeudi Matteo Salvini devant ses collègues à Bruxelles. Le ministre de l’Intérieur, figure du nouveau gouvernement populiste qui tient les rênes de l’Italie, s’est rendu lui-même ce lundi à Tripoli pour mesurer l’ampleur de la crise migratoire qui divise les Européens. Une crise qui se joue en grande partie en Libye.

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Pourquoi la transition est-elle chaotique ?

Depuis la chute en 2011 de Kadhafi qui a entraîné la désintégration de l'appareil sécuritaire, la Libye est déchirée par des luttes d'influence que se livrent dans l'impunité la plus totale les nombreuses milices mais aussi les dizaines de tribus, composante essentielle de la société libyenne. Profitant de l'anarchie, le groupe Etat islamique (EI) y a mis un pied, en occupant durant des mois la ville natale de Kadhafi, Syrte, avant d'en être chassé en décembre 2016. Mais même affaiblis, les jihadistes rôdent toujours dans le désert et constituent une menace persistante.

Au plan politique, deux autorités se disputent le pouvoir et aucune n'a réussi à rétablir l'ordre à 100% dans les bouts de territoire qu'elle prétend contrôler. Le gouvernement d'union nationale (GNA), issu, fin 2015 d'un accord parrainé par l'ONU, est basé à Tripoli, tandis qu'une autorité rivale s'est installée dans l'Est du pays, contrôlé en grande partie par les forces du maréchal controversé Khalifa Haftar. Entre-temps, insécurité et pénuries se sont installées dans le quotidien des Libyens, rythmé par les coupures d'électricité et les files d'attente devant les banques où la liquidité fait défaut.

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Quelle conséquence sur les flux migratoires ?

En raison du vide sécuritaire qui a suivi la chute du régime, le pays est devenu une plaque tournante pour des centaines de milliers de migrants d'Afrique subsaharienne. Certains migrants restent en Libye et travaillent parfois plusieurs années pour pouvoir mettre de côté le prix de leur passage avant de tenter de rejoindre l'Europe à la recherche d'une vie meilleure. Un documentaire choc de la chaîne américaine CNN, diffusé en novembre 2017 et montrant des migrants africains vendus "comme des esclaves" en Libye avait ravivé les critiques sur la situation des migrants dans ce pays. Plus de 16.000 migrants ont disparu en Méditerranée depuis 2013 en tentant de gagner les côtes européennes, selon les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations.

Pourquoi les solutions sont-elles controversées ?

Si la Libye est devenue en 2016 la principale porte d'entrée en Europe, la tendance s'inverse radicalement à partir de la mi-juillet 2017, essentiellement du fait d'accords conclus par Rome avec les autorités et des milices libyennes. Ces accords controversés qui s'accompagnent d'un appui concret aux gardes-côtes libyens, font chuter de plus de 75% les arrivées en Italie. 

Dans un document confidentiel remis début février aux 15 membres du Conseil de sécurité, des experts de l'ONU estiment que le trafic d'êtres humains est en augmentation en Libye et accusent les forces libyennes d'aider des groupes armés dans leur contrôle des routes migratoires.

Et maintenant ?

Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini a indiqué lundi à Tripoli que l'Italie allait proposer l'installation de "centres d'accueil et d'identification" au sud de la Libye lors du sommet de l'Union européenne jeudi à Bruxelles. Problème : ce n’est pas le souhait de la France et de l'Espagne ; qui ont proposé samedi des "centres fermés" sur les côtes européennes, principalement en Italie, pour gérer les migrants arrivant depuis la mer Méditerranée. 

Tous les pays européens sont désormais d'accord pour renforcer les frontières extérieures de l'UE, mais ils continuent de se diviser sur leurs responsabilités dans la prise en charge des migrants tentant de rejoindre l'Europe, comme de ceux s'y trouvant déjà. Et ce malgré la chute massive des arrivées sur les côtes européennes constatée depuis 2016. Le Premier ministre belge Charles Michel a évoqué l'idée de créer des "centres d'orientation ou des hotspots", en référence aux idées encore floues de créer des "plateformes de débarquement" des migrants secourus en mer, y compris hors de l'UE (le nom de la Tunisie est souvent cité), et des centres d'accueil de migrants dans les pays de transit. Ces projets en gestation visent à pouvoir distinguer en amont, avant les périlleuses traversées de la Méditerranée, quels migrants sont effectivement éligibles au droit d'asile et à décourager les autres de tenter le périple.

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