Pourquoi le Parti démocrate veut débaptiser l'aéroport John Wayne, en Californie

Pourquoi le Parti démocrate veut débaptiser l'aéroport John Wayne, en Californie
International

POLEMIQUE – Les élus démocrate du comté d’Orange County, en Californie, souhaitent que l’aéroport local qui porte le nom de l’acteur John Wayne depuis 1979 soit débaptisé en raison de ses prises de position racistes et réactionnaires. Ils mettent notamment en avant une interview "sans langue de bois", réalisée quelques années avant sa mort. Explications.

Sa statue accueille les voyageurs qui transitent par l’aéroport californien qui porte son nom depuis sa mort, en 1979. Icône du cinéma américain, John Wayne n’est plus en odeur de sainteté auprès du Parti du démocrate d’Orange County qui dans une résolution votée vendredi dernier, réclame que le John Wayne Airport soit débaptisé en raison des opinions réactionnaires de celui a qui joué dans plus de 150 films et récolté l’Oscar du meilleur acteur en 1969 pour "Cent dollars pour un shérif".

Pour justifier leur demande auprès des autorités locales, les élus démocrates mettent en avant une interview accordée par l’acteur en 1971 au célèbre magazine Playboy. Exhumée en février 2019 par les réseaux sociaux, elle est revenue sur le devant de la scène à la faveur des manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd. Et la remise en question de nombreux personnages historiques aux prises de positions racistes, dont les statues honorent la mémoire dans les grandes villes d’Amérique.

Je crois en la suprématie blanche jusqu’à ce que les Noirs soient suffisamment éduqués au point d’être responsables- John Wayne, en 1971 dans "Playboy"

Dans cet entretien, John Wayne, 64 ans à l’époque, livre notamment son sentiment sur la révocation de l’activiste Angela Davis de son poste d’enseignante à l’université de Californie en raison de son engagement politique. "On ne peut pas du jour au lendemain se mettre à genoux et tout abandonner aux Noirs", explique le comédien. "Je crois en la suprématie blanche jusqu’à ce que les Noirs soient suffisamment éduqués au point d’être responsables. Je ne crois pas qu’on peut donner de l’autorité et une position de juge et de dirigeant à des gens irresponsables."

John Wayne donne également son avis sur les Indiens, souvent relégués au second plan dans les westerns dont il a été la vedette. "Je pense que nous n’avons rien fait de mal en leur prenant ce pays, si c’est ce que vous me demandez", lâche l’acteur. "Ce qu’on appelle le vol de ce pays était une question de survie. Beaucoup de gens avaient besoin de nouvelles terres, et les Indiens essayaient de les garder pour eux de manière égoïste."

Racisme, suprématisme... suivi d'homophobie. Lorsque le journaliste lui demande de citer des films qu’il juge "pervers", John Wayne n’hésite pas longtemps et montre du doigt "Manhattan Cowboy" de John Schlesinger, l’un des premiers films "mainstream" à représenter la prostitution masculine, classé X à sa sortie. "L’histoire de ce deux péd…. entre dans cette catégorie", balancet-il à propos des personnages interprétés par Dustin Hoffman et Jon Voight.

Conservateur assumé, membre du Parti républicain et fidèle soutien de Ronald Reagan, le héros des films de John Ford peut-il être jugé avec les critères actuels ? Dans une tribune publiée le week-end dernier dans "The Orange County Register", le sénateur démocrate Tom Umberg estime qu’on ne devrait pas ériger une statue, ou nommer un lieu en hommage à une personne qui ne reflète pas les valeurs de l’Amérique. 

"N’importe quel gamin allant sur Google verrait que John Wayne était connu pour ses rôle dans des westerns ou des films de guerre, mais qu’il n’a jamais été un cowboy, ni porté l’uniforme", écrit-il. "Et qu’entre autres faits dérangeants, c’était un suprématiste blanc autoproclamé."

Mon père ne tenait pas compte de votre race, de votre genre ou de votre orientation sexuelle. Ce qui comptait pour lui, c’est si vous faisiez bien ou non votre travail. - Ethan Wayne, sur CNN en 2019

Du côté des héritiers de John Wayne, on crie évidemment à l’injustice et à la manœuvre politique. Interrogé l’an dernier par CNN, son fils Ethan Wayne estimait que les propos de l'acteur étaient sortis de leur contexte. "Il faut regarder l’intégralité de sa vie, pas simplement une interview accordée il y a un demi-siècle", estimait-il, tout en jugeant "horrible" les mots employés par son père pour décrire l’homosexualité.

 "Il faut comprendre qu’il ne les a pas employés en référence à la sexualité d’une personne en particulier mais à celle d’une industrie du cinéma en mutation qui l’angoissait", expliquait Ethan Wayne au sujet de celui qui a longtemps incarné le summum de la virilité dans les films américains. 

"Mon père a travaillé pendant 50 ans à Hollywood et Hollywood est probablement l’une des communautés les plus progressistes sur Terre. Il ne tenait pas compte de votre race, de votre genre ou de votre orientation sexuelle. Ce qui comptait pour lui, c’est si vous faisiez bien ou non votre travail. Il jugeait chaque personne sur pièce."

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Déjà très politique, l’affaire a pris une dimension supplémentaire depuis que Donald Trump y a mis son grain de sel. Dans un tweet publié lundi, l’actuel pensionnaire de la Maison Blanche s’en est pris à "ces bons à rien de Démocrates qui veulent enlever le nom de John Wayne d’un aéroport", qualifiant l’idée de "stupidité incroyable". Durant sa campagne de 2016, l’homme d’affaires n’avait pas hésité à poser avec Ayssa Wayne, l’une des filles de l’acteur, lors d’une rencontre dans l’Iowa, l’Etat de naissance de celui dont il s’est toujours dit "un grand fan".

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