Pourquoi les Bourses s'envolent depuis l'élection de Joe Biden

Un homme surveille les indices boursiers, à Tokyo

BACK TO BUSINESS - Si les indices boursiers remontent des deux côtés de l'Atlantique et au-delà, ce n'est pas tant pour fêter la victoire du nouveau président-élu que pour intégrer le retour à une politique plus apaisée, d'un président qui n'aurait pas les coudées franches.

Comme un seul homme, toutes les places boursières semblent voir la vie en rose, ce lundi. Avec des hausses autour de 2%, de Francfort à Tokyo et de Londres à Shenzhen, les investisseurs semblent voter Biden, après-coup certes, mais avec leur portefeuille. Un rebond euphorique qui a déjà un nom : à Wall Street, on l'a baptisé le "Biden Bounce".

Plus que la victoire du camp démocrate, c'est une sorte de retour à la normale que fêtent aujourd'hui des indices en hausse, l'entrée dans une ère moins explosive, moins centrée aussi sur la personnalité du président américain. "Les Bourses espèrent plus de prévisibilité et moins de volatilité", confirme Jochen Stanzl, analyste chez CMC Markets, leur bonne forme aujourd'hui manifesterait leur "joie que les quatre années Trump fassent partie du passé".

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Pourtant, la hausse de ce jour n'est pas une simple conséquence mécanique de l'élection de Joe Biden, celle-ci avait déjà été intégrée par les investisseurs. Même si Donald Trump refuse de reconnaître sa défaite, les marchés avaient déjà signé la semaine dernière de fortes hausses, en dépit d'un mouvement de prises de bénéfices en toute fin de semaine.

En fait, c'est dans le détail des résultats, non seulement de l'élection présidentielle, mais aussi des législatives et sénatoriales, menées simultanément, que l'on peut trouver de quoi expliquer la bonne humeur de places boursières. S'il a gagné la Maison Blanche, s'il a préservé la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Joe Biden n'a pas réussi à retourner la majorité au Sénat, qui restera quelque temps encore républicain, contrairement à ce que prédisaient les sondeurs. Chez nous, on appellerait cela une cohabitation, un équilibre des forces entre républicains et démocrates qui devrait fortement limiter la marge de manœuvre du nouveau président pour faire appliquer les changements fiscaux qui figurent dans son programme. Beaucoup craignaient des hausses d’impôts sur les sociétés et de taxes sur les revenus du capita,l mais ils parient désormais sur des mesures politiques modérées.

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Autre explication, plus court-termiste : la perspective de la mise en place d'un nouveau plan de relance, à coup de centaines de milliards de dollars injectés dans l'économie, avec le soutien appuyé de la Fed, la banque centrale de l'État fédéral. Pour Vincent Boy, analyste marché chez IG France, "la forte accélération des marchés est principalement due au fait que (le patron de la Fed) Jerome Powell a une nouvelle fois montré un soutien sans failles à l'économie américaine" lors du discours de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine jeudi. Et qui dit soutien monétaire dit afflux de liquidités et taux très bas, autant de conditions favorables à des investissements massifs dans les actifs financiers, et donc à la hausse des marchés.

Enfin, comme nous le relevions à l'heure du bilan économique de la présidence Trump, la santé insolente des marchés financiers ne peut plus être considérée comme un indicateur réaliste de la santé économique de l'Amérique, ni même du moral des ménages. "Malgré l’accumulation de différentes crises aux Etats-Unis, sanitaire, économique, politique ou encore géopolitique, les investisseurs ne réduisent pas leur exposition dans les actifs risqués, montrant le peu de corrélation entre les marchés financiers et la réalité", note Vincent Boy.

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En fait, si le style diffère radicalement, les options économiques de Joe Biden pourraient être un peu plus centristes que celles de son prédécesseur, sans plus. Si pour le nouveau président l'idée de coopération internationale n'est pas un gros mot, il y a peu de raisons d'imaginer que Washington se détourne du "America First" d'une politique économique très pragmatiste. On attend de voir comment par exemple la position américaine va évoluer sur le dossier de la guerre économique et douanière qui l'oppose à la Chine. Même plus conciliant, on voit mal comment un Joe Biden fraîchement élu pourrait revenir sur les accords bilatéraux de l'ère Trump, sauf à afficher ce qui ressemblerait politiquement à une reculade dans l'opinion, malgré les conséquences très contrastées de la guerre commerciale pour l'économie américaine.

Pour le reste, les analystes restent dans l'expectative, avec une constante : comme le relevait une note d'analyste de la banque JP Morgan, avant de s'attaquer aux dossiers internationaux, Joe Biden va se concentrer sur l'Amérique, sur la pandémie, sur la relance économique intérieure, l'emploi, et des sujets comme les infrastructures. Autant de mesures qui ont plus de chances de passer le filtre du Sénat républicain, en attendant de voir si les élections partielles de janvier prochain le font basculer côté démocrate. Un changement qui pourrait donner plus de marge de manoeuvre au nouveau président, et de souffle à son programme économique.

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