Hermine en Floride : pourquoi les ouragans les plus puissants ont des prénoms féminins

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MÉTÉO – L'ouragan Hermine vient de toucher les côtes floridiennes. Encore un nom de fille ? Une étude explique pourquoi...

L'ouragan Hermine a touché les côtes floridiennes vendredi 2 septembre, une première depuis onze ans. Si le phénomène touchant le nord-ouest de l'Etat n'est pour l'instant classé qu'en catégorie 1 sur l'échelle Saffir-Simpson (qui en compte 5), programme, il véhicule avec lui des montées des eaux "potentiellement meurtrières" d'ici la fin de journée, "le long du Golfe du Mexique". Elles pourraient atteindre près de quatre mètres par endroit. De quoi pousser le gouverneur de Floride Rick Scott à placer plus de 50 comtés en état d'urgence

Mais si de nombreuses mesures ont été prises pour éviter les drames, un cliché insolite demeure pour inquiéter sur la nature de l'ouragan et faire craindre que Hermine ne rejoigne en matière de violence et d'intensité ses grandes soeurs Wilma et Katrina. Selon de nombreuses statistiques compilées entre 1950 et 2012, les ouragans aux prénoms féminins sont en effet plus meurtriers que leurs pairs masculins.


C'est une étude de 2014 qui le rappelle, publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) . Selon eux, "un ouragan avec un nom à consonance masculine cause en moyenne 15,15 morts tandis qu'un ouragan avec un nom féminin tue environ 41,84 personnes." On pourrait arguer que les statistiques peuvent elles aussi être sujettes à caution.

Pour évaluer l'intensité d'une tempête, les gens se basent sur leurs a priori sexistesSharon Shevitt, auteur de l'étude


Sauf qu'avec un tel ratio (les ouragans féminins tuent trois fois plus que les masculins), le hasard ne pouvait pas être le seul responsable. Pour expliquer ce constat, les scientifiques sont remontés aux années 1970. A l'époque, les centres de météorologie décident, dans un souci de parité et pour éviter d'être taxés de sexisme, d'affubler les ouragans tantôt d'un prénom féminin, tantôt masculin. Avant cela, on baptisait ces dépressions avec un prénom féminin, selon la croyance populaire que les humeurs des femmes sont aussi imprévisibles que les tempêtes.

Selon l'étude, qui s'est basée sur les ouragans qui se sont abattus sur les Etats-Unis entre 1950 et 2012 (sauf Katrina en 2005 et Audrey en 1957 dont le nombre de victimes élevé aurait altéré les données), la masculinisation d'appellation a eu des conséquences dramatiques. "Quand il s'agit d'évaluer l'intensité d'une tempête, les gens ont tendance à reporter leurs a priori sur les hommes et les femmes", explique l'un des auteurs, Sharon Shavitt, professeur en marketing. Des personnes interrogées sur l'éventualité de tempêtes appelées Christina, Alexandra ou encore Victoria, affirmaient en effet que ces dernières leur auraient paru moins dangereuses que si elles avaient été baptisées Christopher, Alexander ou Victor.


Pour eux, il ne fait aucun doute que ce système d'appellation influe sur le nombre de victime à chaque ouragan. L'étude conclut donc qu'il est nécessaire d'"inventer un nouveau système d'appellation pour réduire l'influence des préjugés sur l'évaluation des ouragans et permettre une amélioration de la préparation". Et de ne plus sous-estimer la puissance de ces dames.

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