Présence de la Corée du Nord aux JO d'hiver : "Pyongyang veut faire diversion"

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INTERVIEW – Visite de la sœur du leader nord-coréen à Pyeongchang, poignées de mains entre dirigeants… A l'occasion des Jeux Olympiques d'hiver, les deux Corées ont renoué le dialogue. Jusqu'à quand ? Les explications d'Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord.

Du jamais vu. Kim Jong Nam, la sœur du leader nord-coréen Kim Jong Un, a rejoint vendredi les athlètes et dirigeants de la planète aux jeux Olympiques d'hiver en Corée du Sud. Une première pour un membre de la dynastie régnant au Nord, car aucun d'entre eux n'avait jamais foulé le sol du grand rival depuis la fin de la guerre de Corée. Que faut-il en penser ? LCI a posé la question à Antoine Bondaz, chercheur spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

LCI : Après deux années de tensions extrêmes dues à ses programmes balistique et nucléaire, la Corée du Nord a opéré un spectaculaire rapprochement avec le Sud à l'occasion des JO d'hiver. Kim Jong-Un est-il parvenu à ses fins ?

Antoine Bondaz : L'objectif de la Corée du Nord est multiple. Pyongyang veut faire diversion : tant que les regards seront tournés vers les JO, on parle un peu moins de son programme nucléaire et balistique. N'oublions pas que celui-ci se poursuit. Certes, il y a eu moins d'essais ces dernières semaines, mais la production de matières fissiles et des missiles continue. Coté politique, l'objectif de la Corée du Nord relève de la communication : le régime veut présenter à sa population ces jeux comme étant des jeux coréens, et non des JO sud-coréens. Cela avait déjà été le cas avec les JO d'été en 1988 : à l'époque, la Corée du Nord n'y avait même pas participé. Enfin, il s'agit de réduire la pression internationale et de changer la perception : présenter la Corée du Nord comme une puissance "normale", qui envoie des athlètes, des artistes…

LCI : Aucun nouvel essai militaire ne serait donc à prévoir ces prochains jours...

Antoine Bondaz : Très logiquement, non. Il ne devrait pas y en avoir avant la fin mars pour une raison simple : c'est à ce moment-là que sont prévus les prochains exercices militaires américano-coréens. Or, la Corée du Nord utilise généralement ces derniers comme un prétexte pour pratiquer ses essais.

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Elle n'est clairement pas le numéro 2 du régime.Antoine Bondaz

LCI : Kim Yo Yong, la petite sœur de Kim Jong Un, représente ce dernier en Corée du Sud pour l'ouverture des JO. Peut-elle être considérée comme la numéro 2 du régime ?

Antoine Bondaz : C'est avant tout la première fois qu'un membre direct de la famille du dirigeant se rend en Corée du Sud. Kim Il-sung, Kim Jong-il et Kim Jong-un n'y sont jamais allés, ni leurs frères et sœurs. C'est un moment historique, surtout qu'elle va rencontrer le président sud-coréen. Si elle a un rôle au sein du parti, dont elle gère notamment la propagande, elle ne se rend pas chez le voisin sud-coréen pour négocier : c'est avant tout pour être utilisée comme un symbole politique de la possible ouverture que souhaite faire Kim Jong-un. Pour autant, elle n'est clairement pas le numéro 2 du régime. En revanche, celui-ci étant un régime dynastique, le fait d'envoyer un membre de la famille régnante a du sens politique et symbolique. C'est un message.

LCI : Y aura-t-il un avant et un après les JO entre les deux pays ?

Antoine Bondaz : Il faut remettre cela dans le contexte d'une longue relation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Les deux pays ont alterné entre des périodes de rapprochements et des périodes de très fortes tensions. Le rapprochement actuel, même s'il est important, n'est pas sans précédents. Les deux Corées ont été beaucoup plus proches durant des années. Là, nous étions au creux de la vague : les relations ne s'étaient pas autant détériorées depuis les années 1990. Nous avions touché le fond, et nous observons une inversion de la tendance. Un avant et un après ? Tout dépendra des différents acteurs. SI les Etats-Unis considèrent que cette ouverture ne sert à rien tant que la Corée du Nord ne prend pas de mesures pour se dénucléariser, le rapprochement risque d'être de courte durée.

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