Présidentielle à Alger : la rue entre résignation et suspicion

Présidentielle à Alger : la rue entre résignation et suspicion

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REPORTAGE - Plus de 22 millions d’Algériens sont appelés aux urnes ce jeudi pour se choisir un président. Malgré la maladie, Abdelaziz Bouteflika est candidat à sa succession. Ses adversaires – et une partie de la rue – craignent une fraude de grande ampleur.

"Mon fils m’a demandé comment s’appelait 'le Bouteflika tunisien'. Il croit que c’est un job, Bouteflika !" Amira Bouraoui part dans un grand éclat de rire. A 38 ans, elle est la porte-parole de l’opposition au quatrième mandat du président sortant. "On ne veut pas d’un printemps arabe. On veut une transition pacifique", répète-elle aux caméras qui défilent au siège de Barakat ("Ça suffit" en arabe). Le mouvement donne du fil à retordre aux autorités. A la veille du scrutin , Amira et ses amis ont organisé un nouveau sit-in de protestation en plein centre-ville, profitant de la présence de la presse internationale pour diffuser leur message. Mal leur en a pris : la police a sévèrement réprimé le rassemblement.

Autre quartier. Autre ambiance. A Bab el Oued, la rivalité entre Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis s’affiche sur tous les murs. Les candidats sont omniprésents. Affichage sauvage devant les magasins, les terrasses de café, aux abribus... Il ne faut pas se fier aux apparences. Ici, on ne vote pas. "S'il fait beau, je vais à la plage. Sinon je reste chez moi, sourit Soufiane, 24 ans. De toute façon, ça ne sert à rien, ce sont tous des voleurs." Le jeune homme a arrêté ses études au lycée. Depuis il se débrouille. Enchaîne les petits boulots, les petits trafics. Pas de quoi rougir puisque "tout le monde vole." A ses côtés, un ami ajoute : "Bouteflika a promis un million de logements. Nous, on n’en a jamais vu la couleur. Ils partagent tout entre eux."

"La corruption est institutionnalisée"

"Ils", c'est "le système", cause de tous les maux. Difficile d'en cerner les contours. Le terme désigne presque tout le monde en fait : le président, son entourage, l’armée, la classe politique, l’administration, les entrepreneurs, les commerçants … "La corruption est institutionnalisée", explique Amira Bouraoui. Kamel, restaurateur, le confirme : "Je ne déclare que 3 à 5% de mon chiffre d’affaires. C’est ma façon de récupérer ce que les autres piquent dans les caisses."

L’écrivain Yasmina Khadra connaît bien ce "système", qui sévit en économie comme en politique. Ancien militaire, il assure que "même quand le vainqueur a toutes ses chances, il faut un peu de fraude." Mon principal adversaire sera la fraude", renchérit Ali Benflis. Le challenger, humilié par son score de 2004 (6%) , prévient que cette fois-ci, il ne se taira pas. 60.000 observateurs ont été formés. Jeudi soir, ils feront remonter les résultats des bureaux de vote au QG, copie du procès-verbal à l’appui.

La première bataille devrait être celle de la participation. La journée du 17 avril est fériée, mais à Alger, les votants pourraient bouder les urnes. Lors de la présidentielle 2009, la participation nationale était officiellement de 74%. Deux ans plus tard, un télégramme de la chancellerie américaine, révélé par Wikileaks, évoquait un taux réel de 25 à 30%.

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