Donald Trump, président-candidat : le mélange des genres jusqu'au bout ?

Donald Trump, président-candidat : le mélange des genres jusqu'au bout ?

CAMPAGNE - Donald Trump entretient l’incertitude : passera-t-il finalement la soirée électorale à la Maison Blanche ? Sans être illégal, un tel choix contrevient à la tradition, qui distingue ce soir-là le président sortant du candidat.

Barack Obama avait passé la soirée électorale de 2012 dans son fief de Chicago. George W. Bush, entre ses deux mandats, avait choisi de rester à Washington, mais dans un bâtiment extérieur à la Maison Blanche. Donald Trump laisse entendre qu'il pourrait rester dans l'enceinte de la présidence, refusant encore une fois de choisir entre le costume de président et celui de candidat.

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Pour Donald Trump, depuis le début de son mandat, la ligne entre les deux rôles est très floue, et parfois inexistante. Mais au-delà de sa personne, une bonne partie de ses ministres et conseillers œuvrent à sa réélection, sans se distinguer eux non plus de leur fonction. Ce qui dans certains cas va au-delà de l’infraction à l’éthique, et pourrait bel et bien outrepasser la loi.

"Il a le droit de faire ça ? "

Fin août, Donald Trump avait déjà estomaqué des commentateurs pourtant aguerris, en délivrant son discours de clôture de la convention républicaine… depuis la Maison Blanche. Il avait ensuite invoqué l’épidémie comme excuse pour ne pas s’être déplacé, même si c’est bien la seule contrainte qu’il ait concédé au virus.

Can he do that ?” (“Il a le droit de faire ça ?”, ndlr.) C’est la question sidérée qui vient sur toutes les lèvres démocrates, comme ce fut le cas si souvent depuis 4 ans. Interrogation si récurrente et si emblématique, que le Washington Post en a même fait le titre de son podcast sur la présidence Trump

Et force est de constater que la réponse est oui, il en a le droit. Mettre en scène le légendaire avion présidentiel Air Force One pour un meeting, il a le droit aussi, d’ailleurs d’autres l’ont fait avant lui, certes plus modérément. Atterrir près de la foule avec l’hélico présidentiel pour faire rugir de plaisir ses partisans, il le peut aussi- mais cela, il est le premier à le faire.

La loi "Hatch", rempart fragile

En fait, le seul fragile rempart contre ce “mélange des genres”, c’est la loi sur l’éthique dite “Hatch Act”. Elle interdit de mobiliser l’argent du contribuable pour favoriser une candidature. Or elle ne peut pas être utilisée directement contre le président ou le vice-président. C’est pourquoi ce sont les employés de la Maison Blanche qui sont visés par des signalements, et parfois des plaintes. 

Les Citoyens pour la Responsabilité et l’Ethique à Washington (CREW) recensent depuis 2003 les infractions à la loi Hatch, et engagent parfois les poursuites auprès de l’agence fédérale ad hoc, le Bureau du conseiller juridique spécial. Jamais cette ONG n’avait documenté autant d’infractions : une poignée pour chacune des administrations précédentes, des dizaines en 4 ans d’administration Trump. Dans sa dernière livraison CREW s’inquiète d’une mobilisation systématique de membres de l’administration, souvent parmi les figures les plus en vue.

Par exemple la porte-parole de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany, qui flirte avec la ligne jaune en tweetant son soutien depuis son compte personnel, et en aidant la campagne “sur son temps libre”. Mais quand jeudi dernier, lors d’un meeting à Tampa, McEnany monte sur scène avec Trump, la ligne semble franchie. 

Le ministre de l’Agriculture Sunny Perdue a lui aussi été signalé, pour avoir fait l’éloge de Trump durant un déplacement officiel en Caroline du Nord. L’agence fédérale lui réclame de rembourser les frais de déplacements aux contribuables américains. Une enquête est diligentée par la même agence contre la secrétaire à l’Education Betsy DeVos, pour avoir pris partie contre Joe Biden lors d’une interview.

Également visé le secrétaire d’Etat Mike Pompeo qui a donné un discours en faveur du candidat Trump pendant la convention républicaine, alors qu’il était en visite officielle en Israël. Dans la même configuration, ses prédécesseurs s’étaient abstenus d’intervenir dans la campagne. Pompeo avait été immédiatement épinglé par la presse, mais a déjà récidivé deux fois depuis.

De même, beaucoup d’officiels de la Maison Blanche semblent subitement ne plus se déplacer officiellement que dans les “swing states”, ces Etats indécis qui pourraient faire basculer l’élection. Pour Noah Bookbinder, directeur exécutif de CREW, “Ça semble très clair, ce qui est en train de se passer”. Personne n’est dupe, mais la loi n’est pas enfreinte à proprement parler. 

Le cas Ivanka Trump

Mélange d'un autre genre, le cas d’Ivanka Trump est symptomatique. La fille du président utilise fréquemment son compte Twitter pour le soutenir. Cette dévotion filiale ne serait pas condamnable, si elle n’était elle-même conseillère à la Maison Blanche et salariée à titre gracieux de l’administration, ce qui contrevient manifestement à la loi Hatch. La jeune femme ne semble pourtant guère s’en effrayer, et elle n’est pas la seule.

Bla, bla, bla… Prévenez-moi quand la peine de prison sera tombée.- Kellyanne Conway, ancienne conseillère du président des Etats-Unis

Celle qui totalise le plus grand nombre de signalements et de plaintes, c’est l’ex-conseillère du président, Kellyanne Conway. Ancienne directrice de campagne du candidat Trump, elle n’a jamais complètement retiré sa première casquette. 

En mai 2019, alors qu’elle venait d’étriller Joe Biden lors d’un briefing, et que les journalistes lui rappelaient les avertissements qu’elle avait déjà reçus de l’agence fédérale, Conway rétorquait sans rougir : “Bla, bla, bla… Si vous voulez me réduire au silence avec la loi Hatch, ça ne va pas marcher. Prévenez-moi quand la peine de prison sera tombée”. De fait, quand le Bureau du conseiller juridique spécial a demandé sa révocation… Trump l'a tout simplement ignoré.

Une quinzaine de plaintes visent actuellement des officiels de la Maison Blanche ou de l’administration, pour infraction à la loi Hatch, mais leurs chances d’aboutir semblent proches de zéro. Les membres du bureau qui est supposé les instruire… sont nommés par le président. Or depuis mars 2019, ce bureau est vide. La loi est donc de facto privée des moyens de son application.

Il reste cependant un angle d’attaque que l’ONG CREW veut essayer d’exploiter : s’il est démontré que Donald Trump a ordonné à des employés de son administration de faire campagne pour lui, il pourrait être poursuivi au pénal. Une plainte a été déposée en ce sens, mais son issue est incertaine et n’interviendra que longtemps après la nuit du 3 novembre.

Que Donald Trump suive la soirée électorale à la Maison Blanche ne sera donc qu’une péripétie de plus, ou une autre rodomontade s’il décide finalement de ne pas le faire. Il aura de toutes façons mélangé les genres dès les premiers mois de sa fonction. Peinant à trouver ses marques dans le carcan de la Maison Blanche, il était très vite reparti auprès de ses électeurs, les rencontrant au “format meeting”, alors qu’il venait justement d’être élu. Sa campagne de président-candidat n’aura jamais vraiment cessé depuis.

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