Kanye West candidat à la Maison Blanche ? "Je ne vois pas où serait son électorat après avoir soutenu Trump"

Kanye West candidat à la Maison Blanche ? "Je ne vois pas où serait son électorat après avoir soutenu Trump"
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ETATS-UNIS - Le rappeur milliardaire de 43 ans a confirmé mercredi, dans une interview déjantée accordée à "Forbes", vouloir briguer la Maison Blanche. La véracité d'une telle assertion reste à démontrer. Certains y voient une stratégie visant à nuire au candidat démocrate Joe Biden, au profit de Donald Trump qu'il a longtemps soutenu.

Le rappeur Kanye West, qui a annoncé dans un tweet ce week-end sa candidature à la présidentielle américaine de novembre 2020, se lancera-t-il vraiment dans la course ? La question prêterait à sourire si un autre milliardaire ne l'avait pas fait quatre ans avant lui, avec succès à la surprise générale : "Si certains prennent au sérieux cette annonce qui peut sembler farfelue, c'est précisément parce que Donald Trump a été élu", souligne auprès de LCI la spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan. "Tout le monde disait que ce ne serait pas possible, même dans son propre clan on n’y voyait qu’un tour de piste. Et pourtant, cela s'est produit. Cette annonce de Kanye West repose ainsi sur l'idée que 'tout est possible'".

Dans une interview hallucinante parue ce mercredi dans Forbes, Kanye West étaye son effet d'annonce, présente une nouvelle formation sur l'échiquier politique (le "Birthday Party"), assurant avoir comme conseillers sa femme Kim Kardashian et le milliardaire Elon Musk. Sa source d'inspiration s'avère être la Bible ainsi que... le modèle de gestion du Wakanda, pays africain fictif présent dans l'univers Marvel et précisément dans Black Panther

Et ne lui parlez plus de l'actuel locataire de la Maison Blanche, la bromance est terminée : "Je retire le chapeau rouge", assure-t-il en référence à la casquette "Make America Great Again" naguère fièrement arborée. De son propre aveu, il se serait bien présenté sous l’égide des Républicains si Donald Trump n’avait pas été candidat à sa succession. Quant à son rival démocrate Joe Biden, il serait bien question de chercher à siphonner son électorat noir : "C’est une forme de racisme, de suprématie blanche et de contrôle blanc de dire que tous les Noirs doivent être démocrates", assène le rappeur. Certains exégètes y perçoivent même une stratégie visant à nuire au candidat démocrate Joe Biden, en divisant le vote noir au profit de Donald Trump.

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Une candidature "intéressante" selon Donald Trump

Rira-t-on moins quand la candidature sera officiellement posée ? Encore faudrait-il qu'elle le soit."Rien n’est moins sûr", estime Nicole Bacharan. Pour se lancer dans la course à la Maison Blanche, souligne-t-elle, "il faut une organisation, un plan, du travail… Et ne serait-ce qu'administrativement, cela risque d'être très compliqué de s’imposer maintenant dans la présidentielle : il faut être inscrit dans les 50 Etats, avec les procédures et les délais inhérents. Rien que cette dimension pose une limite à ses ambitions." Même s'il se présentait en indépendant, les dates limites de candidature sont déjà passées dans plusieurs États, dont le Nouveau-Mexique et la Caroline du Nord. Il lui faudrait aussi réunir les dizaines de milliers de signatures nécessaires à travers le pays avant la clôture des inscriptions d'une candidature indépendante dans les autres États, fixée en août et septembre.

Kanye West a soutenu Donald Trump, chose qui ne s’oubliera pas.- Nicole Bacharan, politologue

Reste la perspective, pour celui qui a signé la semaine dernière un contrat de dix ans avec la marque Gap afin de créer une ligne de vêtements portant sa marque "Yeezy", de chercher à jouer les trouble-fêtes, de tester sa force de frappe. "Lorsqu'il ne reste plus que deux candidats et qu'un troisième candidat vient bousculer ce schéma, avec la capacité de se maintenir, ce dernier contribue à faire élire le candidat le plus loin de lui, remarque Nicole Bacharan. Ce qui est vrai, c'est qu'on a souvent vu des candidats indépendants d'un tiers parti pendant les élections présidentielles aux Etats-Unis. Parmi les exemples, je pense à Ross Perrot en 1992, un homme d’affaires qui a pris des points à George Bush et permis incidemment l'élection de Bill Clinton. Même cas de figure en 2000 avec Ralf Nader, qui a ôté des voix à Al Gore et contribué à lancer George Bush Jr." D'où les précautions de Donald Trump, qui a jugé l'idée de la candidature de son ancien fan numéro 1 comme "intéressante", tout en estimant que l'élection de 2024 devrait être le véritable objectif du rappeur.

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De trop nombreux points communs avec Donald Trump

En 2019, lors d'une interview, Kanye West avait affirmé que son soutien à Trump était en fait un stratagème pour se payer la tête des Démocrates et préparer le chemin de sa propre course vers la Maison Blanche. "Arrivera le moment où je serai président des Etats-Unis", avait-il prophétisé dans cet entretien avec Zane Lowe, du programme Beats 1 Show d'Apple Music. 

Seulement, note Nicole Bacharan, "à quelques mois des élections présidentielles, qu’est-ce qui peut attirer les électeurs américains vers Kanye West ?" "Ceux qui s’apprêtent à voter Joe Biden ne vont pas changer d’avis, comme ceux qui s’apprêtent à le faire pour Trump. Ceux qui commencent à se détourner du président parce qu’ils considèrent qu’il fait n’importe quoi, je les vois mal aller soutenir Kanye West. D'autant que Trump et lui partagent de nombreux points communs : ce sont tous deux des hommes d’affaires ayant prospéré, des stars de la télé-réalité ayant une vision assez simple du monde et assez grandiose de leur talent." La politologue ne voit donc "pas où serait son électorat, d’autant qu’il a soutenu Donald Trump, chose qui ne s’oubliera pas.

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La présidence Donald Trump

La candidature de Kanye West, que Donald Trump observe affectueusement comme un enfant en train de faire un caprice, aura au moins le mérite de rappeler à quel point la pop culture et la politique US sont définitivement intrinsèquement liées, préfigurant l'émergence d'enfants monstres de Trump. Faisant que ce qui paraissait improbable il y a quelques années ne l'est plus en 2020. Pour autant, comme le rappelle Nicole Bachanan, certains résistent à cette tentation d'emprunter cette passerelle de plus en plus tentante, comme la très attendue Michelle Obama : "C'est une rock star aux Etats-Unis. Le camp démocrate la surveille de près et la prend, elle, très au sérieux, redoutant que Joe Biden, en raison de son âge et de ses problèmes de santé, ne finisse pas son mandat. Mais elle ne cédera pas. Sa popularité déclinerait car elle entrerait alors dans la bataille partisane, elle ne serait plus une icône mais candidate avec le passé et le bilan de son mari. Mais qui sait... C’est une élection qui devrait nous réserver mille surprises."

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