Présidentielle au Brésil : le candidat de l'extrême droite Jair Bolsonaro largement en tête au premier tour

International
DirectLCI
INTERNATIONAL - Le candidat d'extrême droite est arrivé en tête, dimanche 7 octobre, du premier tour de la présidentielle au Brésil, avec 46,7% des voix, selon des estimations de sortie des bureaux de vote de l'institut Ibope.

C'était attendu, mais peut-être pas dans de telles proportions. Au Brésil, après dépouillement de la quasi totalité des résultats, le candidat d'extrême droite à la présidentielle brésilienne, Jair Bolsonaro a réuni plus de 46% des voix. Ce score est bien supérieur (d'environ cinq à six points) aux derniers sondages communiqués avant le scrutin : il consacre le candidat du Parti social-libéral, nostalgique déclaré de la dictature militaire de 1964-1985.


Pas de quoi contenter totalement le candidat, qui a affirmé dans la foulée ce dimanche soir qu'il était "certain" qu'il aurait été élu si des "problèmes avec les urnes électroniques" n'étaient pas survenus. "Je suis certain que si ça n'avait pas eu lieu, nous aurions eu dès ce soir le nom du président de la République", a fait valoir le candidat dans une vidéo sur Facebook .

Bolsonaro affrontera le 28 octobre prochain le candidat du Parti des travailleurs (PT), le parti de l'ex-président Lula, Fernando Haddad, crédité de 28,37% des voix lors du second tour. Le Brésil avait rarement été aussi divisé au moment d'aborder une élection, durant laquelle les 147 millions d'électeurs devaient aussi désigner les députés de la chambre basse du Congrès et renouveler les deux tiers des 81 sièges du Sénat. Et qui ont d'ailleurs vu la victoire des deux fils Bolsonaro et la défaite de l'ancienne présidente Dilma Rousseff.

Les électeurs en attente de "changement"

Les Brésiliens ont voté en masse pour lui dimanche, portés par l'espoir d'un changement dans ce pays en crise. Des quartiers chics de Sao Paulo aux favelas de Rio de Janeiro, 147 millions d'électeurs se sont rendus aux urnes dans ce pays où le vote est 

obligatoire. Tous ont exprimé l'espoir que ce scrutin apporte le "changement" dans un Brésil rongé par une crise économique et politique aiguë, une violence endémique et d'innombrables scandales de corruption.


Pour nombre d'entre eux, le candidat de l'extrême droite est apparu comme l'homme de la situation. "Le Brésil veut du changement", a déclaré à l'AFP Roseli Milhomem, dans un bureau du centre de Brasilia, où elle a voté pour l'ex-militaire. "On en a assez de la corruption". 

A Rocinha, une immense favela de Rio, Antonio Pereira Moraes, 49 ans, a aussi voté pour l'ex-militaire : "Le Brésil a besoin d'un changement, il y a beaucoup de choses à faire que les autres n'ont pas faites, surtout dans le domaine de la santé", dit-il. Ex-capitaine de l'armée, Jair Bolsonaro, devenu un phénomène électoral depuis qu'il a frôlé la mort dans un attentat le 6 septembre, a voté en début de matinée à Rio.


"Ça va se terminer aujourd'hui", avait-il assuré devant des journalistes, un peu plus tôt dans la journée. "Le 28 (octobre, date du deuxième tour), on va à la plage !" Un scénario qui fait trembler les démocrates dans le grand pays latino-américain, mais que certains analystes n'excluaient pas.

Un rejet massif du parti de Lula dans les urnes

Même sur la place Sao Salvador, un des fiefs de la gauche à Rio, certains électeurs affichaient leur enthousiasme pour Jair Bolsonaro. "Notre pays a besoin de changement, ça ne peut plus continuer comme ça", affirme Terezinha Diniz. Député pendant 27 ans, ce catholique pro-armes qui admire le président américain Donald Trump n'a jamais été impliqué dans une affaire de corruption et ses électeurs se recrutent dans toutes les classes sociales, et parmi les jeunes. 


Bolsonaro, qui a cultivé une image d'"outsider" malgré sa longue carrière politique, a aussi prospéré sur un fort sentiment anti-PT, le Parti des travailleurs de l'ex-président de gauche Lula.


Une partie de la population juge le PT responsable de tous les maux du pays, où la crise économique a fait près de 13 millions de chômeurs. Denise Rangel, secrétaire de 59 ans, qui avait voté pour Lula en 2002, veut désormais faire barrage au PT qui l'a "tellement déçue". "Je ne suis pas une électrice convaincue de Bolsonaro, mais je suis convaincue que le PT ne peut 

pas revenir au pouvoir", déclare-t-elle.

Un candidat aux idées "patriarcales" qui inquiète les femmes et la gauche

 Le candidat du  PT, Fernando Haddad, 55 ans, principal rival de Bolsonaro, a voté à Sao Paulo, ville dont il fut maire, entouré de militants chantant à pleins poumons pour couvrir un concert de casseroles. "Le Brésil court un grand risque de fouler au pied 30 ans de conquêtes" sociales et démocratiques, a-t-il averti. 


"Ç serait une catastrophe si (Bolsonaro) passait", estime José Dias, un électeur de gauche, dans un bureau de vote du nord de Brasilia. "Beaucoup de jeunes votent pour lui, ils ne savent pas ce qu'a été la dictature" (1964-85). Camila Silva, 18 ans, habitante de Rocinha, ne veut pas non plus du candidat d'extrême droite. "Comme femme, comme Brésilienne, j'espère qu'il ne va pas gagner", confie la jeune femme, qui vote pour la première fois et craint les propositions "patriarcales" du favori. Les femmes brésiliennes, une frange de la population qui s'est particulièrement mobilisé pour l'élection, au vu des propos pour le moins outranciers tenus par Bolsonaro par le passé. Au Parlement, il y a quatre ans, il avait répondu à une élue à qui il s'opposait : "Je ne vous violerais même pas, vous êtes trop laide". C'est aussi par son homophobie qu'il s'est fait remarquer, affirmant notamment qu'il lui serait impossible d'aimer son enfant si celui-ci était homosexuel.

Incertitude pour le deuxième tour

A la veille du scrutin, les instituts Ibope et Datafolha avaient accordé à Bolsonaro, du Parti social libéral (PSL), 40 et 41% des intentions de vote, devant Haddad, (25%) qui a remplacé l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva - emprisonné pour corruption et inéligible.


Le duel du second tour entre les deux hommes, dans trois semaines, s'annonce particulièrement incertain. Si Bolsonaro semble favori, la possibilité de voir Haddad lui ravir la martingale n'est pas à exclure, d'autant qu'il faut s'attendre, dans ce laps de temps, à une "polarisation" de l'électorat, comme le fait valoir pour l'AFP Fernando Meireiles. Les alliances en vue du second tour auront donc toute leur importance : troisième de ce premier tour, Ciro Gomes (PDT, centre gauche), qui a réuni 12,5% des voix, paraissait le mieux placé pour gagner face à Bolsonaro. Après le scrutin, il s'est dit déterminé à "lutter pour la démocratie et contre le fascisme". 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter