Présidentielle en Algérie : "Rien n'est prévu pour un second tour"

Présidentielle en Algérie : "Rien n'est prévu pour un second tour"

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INTERVIEW - A la veille de l'élection présidentielle jeudi en Algérie, metronews décrypte les enjeux du scrutin avec Louisa Ait Hamadouche, enseignante à l'université de sciences politiques d'Alger.

Comment expliquer que cette campagne présidentielle ait été plus rude que les précédentes ?
Les contradictions et les différences ont été davantage exacerbées dans les discours. Cela est notamment dû au contexte régional tendu dans le monde arabe, qui a mis la question sécuritaire au centre de la campagne . Un autre élément a joué : la libéralisation de l’audiovisuel. C’est la première présidentielle qui se déroule devant les caméras des TV privées. Cela a fait émerger un débat contradictoire.

Est-ce que cette ouverture augure d'un changement profond ?
Je ne crois pas. La libération du discours des télévisions s'inscrit dans la continuité de la libéralisation progressive de la parole depuis 1989. Après la presse écrite, les partis et les associations, l’audiovisuel n’est qu’un dernier verrou qui saute. Mais jusqu’à présent, le système politique en place a toujours réussi à s’approprier les instruments de la démocratie au profit de sa propre résilience.

La récupération par le système des apparences de la démocratie peut-elle aller jusqu’à un second tour pour la présidentielle ?
C’est peu probable. Les mécanismes juridiques et constitutionnels ont été conçus en vue d’un tour unique, ils ne prévoient rien pour l’entre-deux-tours. Or, le mandat d'Abdelaziz Bouteflika arrive à expiration dans les prochains jours. Un second tour engendrerait donc un vide politique, une période sans président. Pour le rendre possible, il aurait fallu que le premier soit organisé début avril.

Si Ali Benflis conteste les résultats, l’Algérie peut-elle sombrer dans une crise politique ?
C'est de la science-fiction. En 2004, Ali Benflis avait accepté sa défaite à contrecœur. Il dit aujourd’hui avoir les moyens de garantir sa victoire. Mais s'il est déclaré perdant, je ne crois pas que la population sortira spontanément dans la rue.

Qu’est-ce qui attend l’Algérie à plus long terme ?
Si les résultats actent la reconduite de Abdelaziz Bouteflika, nous nous dirigeons vers une nouvelle période d’incertitudes. Etant donné son âge, les tenants du pouvoir vont en effet devoir préparer la fin de son règne. La question d’une réforme constitutionnelle pour assurer la transition se posera alors très vite.

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