Présidentielle russe : le "lourd bilan" de Poutine en matière de droits de l'homme

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LA RUSSIE DE POUTINE, EPISODE 2 - Depuis son arrivée au pouvoir en 2000, Vladimir a peu à peu muselé ceux qui étaient susceptibles de lui faire de l'ombre. Des oligarques aux ONG en passant par les chaines télévisées, la mainmise du chef de l'Etat sur la société semble totale.

Ce sera sans lui. Alexeï Navalny, opposant numéro un au Kremlin, s'est vu refuser sa candidature à l'élection présidentielle en Russie, prévue le 18 mars. Explication avancée par la Commission électorale : une condamnation judiciaire, synonyme d'inéligibilité. Pour ce juriste, il s'agit ni plus ni moins d'une "supercherie" orchestrée par un Vladimir Poutine guère respectueux des droits de l'homme.


Chaines de télévision, oligarques, lois liberticides… depuis son élection à la présidence en 2000, l'homme fort du Kremlin règne d'une main de fer sur le pays. En particulier en s'appuyant sur les "structures de forces" (services secrets, police, armée) et sur ses proches de Saint-Pétersbourg. "Son bilan est lourd en matière de droits de l'homme, surtout par comparaison avec son prédécesseur Boris Eltsine", note pour LCI Julien Nocetti, chercheur au Centre Russie de l'Institut français des relations internationales.  

"Mise au pas des oligarques"

Selon le chercheur, la première cible du dirigeant ont été ces hommes d'affaires qui ont fait fortune en profitant des privatisations obscures des années 1990. "Les premières années de son mandat ont été marquées par la mise au pas des oligarques qui, selon lui, avaient participé au pillage du pays dans les années 1990. Certains se sont exilés, comme Boris Berezovsky à Londres par exemple. D'autres sont restés en Russie après avoir lui avoir prêté allégeance et abandonné toutes velléités politiques." En 2003, c'est le patron du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, entré en résistance, qui fait ainsi les frais du système Poutine et est emprisonné.


Dans la foulée, le Kremlin s'attaque aux chaînes télévisées, dont la liberté de ton héritée des années 1990 dérange. Vladimir Goussinski, un oligarque, se voit dépossédé de son fleuron, la chaîne emblématique NTV, avant d'être contraint à l'exil. Désormais, le petit écran est au service de Vladimir Poutine. Quitte à frôler le culte de la personnalité : on y voit par exemple le chef de l'Etat galoper à cheval torse-nu dans la taïga, ou durant une partie de pêche. 

Vague inédite de contestation

En mai 2012, pour son retour au pouvoir après quatre ans sous son costume de Premier ministre, Vladimir Poutine franchit un nouveau palier. Cette fois-ci, il s'agit de réprimer toute forme de contestation. Il faut dire que l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle avait été marquée par une vague inédite de contestation... Pour éviter que cela ne se reproduise, le chef de l'Etat fait adopter la loi 212.2. Celle-ci prévoit jusqu'à cinq ans de prison pour les personnes ayant participé deux fois en six mois à des manifestations non autorisées.  Les ONG ne sont pas en reste : en mai 2015, Vladimir Poutine signe une loi permettant de fermer sans décision de justice une organisation étrangère menaçant la "sécurité nationale" ou les "fondements constitutionnels" de la Russie. Ce texte permet aussi de bloquer les comptes bancaires ou l'accès aux médias des ONG incriminées.


Pour Julien Nocetti, ces différentes entorses aux droits de l'homme sont révélatrices "d’un retour à l’ordre assez trouble", qui s'en prend désormais aux réseaux sociaux. Depuis 2012, on constate un ciblage des usages potentiellement déstabilisants pour le Kremlin." Selon le rapport annuel du Centre Sova (spécialisé dans l'étude de la xénophobie), le nombre de condamnations en Russie pour "propagande extrémiste" est passé à 228 personnes en 2017, dont 47 à de la prison ferme. Une "propagande" dictée par le pouvoir qui brasse large puisqu'elle inclut entre autres des textes d'historiens et des publications pacifiques de l'opposition. Les Témoins de Jéhovah sont par exemple interdits. Près de 96% des condamnations visent des propos, images ou vidéos postées sur internet, a noté en février l'ONG, qui juge "difficile" de savoir si cette loi n'est pas prétexte à renforcer "la pression politique".

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