Donné battu par les sondages, Donald Trump peut-il malgré tout refaire le coup de 2016 ?

Dernière ligne droite pour les 2 candidats à la Maison-Blanche, qui n’ont pas ménagé leurs efforts ce week-end dans des Etats clés des Etats-Unis. Côté speech, rien de nouveau sous le soleil : tandis que Barack Obama – qui a profité d’un déplacement pour (re)montrer ses talents en basket – a argué que Biden allait sauver le pays de la pandémie, Trump, lui, a prédit un futur « sans école, sans mariage, sans Thanksgiving » si Biden est élu.



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REMONTADA ? - Alors que le président américain prophétise une “vague rouge”, prête à submerger les urnes, les sondages restent stables, et toujours en sa défaveur. Peut-on vraiment croire à une nouvelle remontée surprise ? Montrés du doigt en 2016, pourquoi les sondages seraient-ils plus fiables cette année ?

Comme le montre la projection ci-dessous, Hillary Clinton était encore donnée largement gagnante le jour même du scrutin de 2016. Alors qu'il faut 270 grands électeurs pour l'emporter, la candidate démocrate était encore créditée de 323 d'entre eux, à quelques heures d'une nuit électorale qui allait traumatiser le camp démocrate.

A quelques heures du vote, Donald Trump claironne sur Twitter, qu'une "vague rouge", soit la couleur emblématique du parti républicain, est en train de monter. Et que les derniers sondages le donnant invariablement battu... sont bidon. Une mobilisation cachée que les sondeurs seraient incapables de détecter, selon lui, comme en 2016. 

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Élection américaine : Trump vs Biden, la folle campagne

A l'époque, ils avaient été accusés d'être insensibles aux classes populaires, qui avaient porté cet incroyable dénouement. Hillary Clinton était donnée gagnante d'avance, et la remontée de Donald Trump était passée sous leurs radars. De quoi alimenter une sorte d'inversion prédictive cette année : puisque Trump semble (encore plus) distancé dans les sondages, c'est l'indice paradoxal qu'il serait sur le point de "refaire le coup" de 2016. Mais quelles sont les chances réelles qu'un tel scénario se produise ?

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Des indices d'une potentielle remontée ?

En effet, en dépit des rodomontades de Trump, les sondeurs ne voient pas vraiment d'inflexion des courbes à l'approche du scrutin, à part un léger resserrement dans certains États. Le candidat démocrate Joe Biden semble faire nettement la course en tête au niveau national, et même dans les États qui avaient créé la surprise en 2016. Mais "l'absence de preuve n'est pas preuve de l'absence", et personne ne se risque à exclure complètement un retour de dernière minute du président sortant.

En 2016, les sondages avaient vu le bon résultat dans 47 des 50 États américains- Mathieu Gallard, directeur d'études à IPSOS France

Directeur d'études à Ipsos France, Mathieu Gallard affirme que les sondeurs n'étaient finalement pas si loin que cela du résultat en 2016. "Si on regarde les sondages à froid, Hillary Clinton avait une avance moyenne de 3 points dans les sondages publiés juste avant l’élection. Au final, elle a gagné avec deux points d’avance", nous confie-t-il. La candidate démocrate avait, au total, dépassé son adversaire de plus de 3 millions de voix. Au suffrage universel direct, comme en France, elle aurait été confortablement élue. 

Mais le système américain des grands électeurs (270 sont nécessaires pour l'emporter) survalorise certains États au regard de leur poids démographique. On peut ainsi gagner suffisamment de grands électeurs sans remporter le vote populaire. La concentration de l'électorat démocrate dans les États les plus peuplés tend ainsi à favoriser naturellement les républicains pour l'élection présidentielle.

De ce côté là, "les sondages avaient vu le bon résultat dans 47 des 50 États américains, ils s’étaient trompés seulement dans 3 États, dans lesquels l'avance d'Hillary Clinton n'était pas si énorme que ça", souligne encore Mathieu Gallard. Ce sont donc les États ouvriers de la "Rust Belt" ("ceinture du cuivre"), qui ont arbitré l'élection de 2016. 

A cela une raison a souvent été mise en avant : les instituts de sondage auraient tout simplement oublié une catégorie de population, "l'homme blanc sous-diplômé" des zones rurales ou suburbaines. C'est lui que les sondeurs n'avaient pas  vu venir, et qui aurait envoyé Donald Trump à la Maison blanche.

Y'a t-il un vote Trump caché, voire honteux?

Le directeur d'études de l'Ipsos explique l'origine du problème : "avant, les instituts de sondage ne prenaient pas en compte la variable du niveau d’éducation, parce qu'elle ne comptait pas énormément dans le choix des électeurs. Mais en 2016, le niveau d’éducation a été un facteur très explicatif du vote, contrairement aux élections précédentes. Les diplômés du supérieur étaient surreprésentés". Les sondeurs ont corrigé le tir depuis, et ont très bien lu les élections de mi-mandat en 2018. La leçon a été retenue.

Autre perturbateur occulte souvent évoqué : le "vote caché", comme il y avait jadis en France un "vote honteux" pour Jean-Marie Le Pen. Pour Mathieu Gallard, c'est un fantasme. "Il n’y a aucun élément qui permette de dire que c’est une réalité. Les sondages ont été faux dans trois États seulement, donc je ne vois pas pour quelle raison l’ensemble des électeurs honteux de Trump seraient massés dans trois États, mais qu’ailleurs ils diraient la vérité sans problème", dit-il.

Par ailleurs, comme on l'a vu, l'électorat est aussi polarisé géographiquement. "La plupart des électeurs républicains vivent dans des milieux, fréquentent des gens, qui votent et pensent comme eux. Ils n’ont pas de raison d’avoir spécialement honte de dire qu’ils votent Trump", affirme le directeur d'études de l'Ipsos.

Mathieu Gallard pointe en revanche une vraie nouveauté de l'élection 2016 : les modèles prédictifs. C'était le chiffre mis en avant par les médias : la probabilité qu'avait un candidat de gagner. Une combinaison de sondages et d'éléments sociologiques ou statistiques, qui ont permis de croire, jusqu'à l'orée de la nuit électorale, qu'Hillary Clinton avait 91% de chances de l'emporter, comme le disait à l'époque le New York Times. C'est une statistique, qui vise à s'épargner la lecture fastidieuse des sondages, mais en fausse la perception : "Si on me dit que mon avion a 9% de chances de s’écraser, je ne vais sûrement pas le prendre", concède volontiers le sondeur.

La "vague rouge" invisible

L'historien des États-Unis Simon Grivet estime lui aussi que la "surprise" de 2016 provient surtout d'un problème de lecture des chiffres. Il estime plus fiable de suivre les agrégateurs, qui font des moyennes de sondages. Ainsi du plébiscité "538", le site du statisticien Nate Silver.  "Ils font des moyennes et une évaluation des sondeurs. Il y a des sondages tous les jours. Certains ne valent pas grand chose, mais d’autres sont fait de manière sérieuse avec des échantillons finement dosés, et des gens qui sont interviewés au téléphone."

Si on se réfère à ces moyennes, la "vague rouge" proclamée par Donald Trump n'existe pas. "Est-ce qu’il a une dynamique Trump particulière ? Pour l’instant, ça n’apparaît pas. Il y a des petites variations, mais si on prend les moyennes, on s'aperçoit que ça reste très stable. C’est à dire que Biden a une avance, pas énorme mais confortable, de l'ordre de 10% au niveau national, et de 4 à 8% dans certains États-clés".

Simon Grivet nous rappelle surtout que la clé de ce scrutin sera dans la participation. "Il faut toujours se rappeler à propos des Etats-Unis que c’est une démocratie en crise d’abord parce qu’il y a une faible participation ! Apparemment on va battre tous les records, d’abord parce qu’il y a la pandémie : les États ont pris des mesures de vote anticipé, par correspondance…" Les chiffres, pour autant, sont difficiles à interpréter. Même si le vote par anticipation venait à dépasser en lui-même le vote total des années précédentes, serait-ce le signe d'une mobilisation démocrate, ou républicaine ?

Mais pour l'historien, il y a une troisième hypothèse. "Beaucoup de gens, pas forcément politisés n'en peuvent tout simplement plus de Donald Trump. C’est ce qui me fait douter qu'il revienne du diable-vauvert. Il y a 4 ans c’était un personnage venu de nulle part qui va mettre un bon coup de pied dans la fourmilière, mais maintenant c’est l'inverse, c’est lui qui défend son mandat, c’est lui qui est en place. Il y a un ras-le-bol énorme, qui mobilise des gens qui sont d’habitude difficiles à mobiliser", estime Simon Grivet.

La "surprise d'octobre" a-t-elle déjà eu lieu?

Trump aurait pu profiter de ce qu'on nomme "la surprise d'octobre", c'est à dire un bouleversement de fin de campagne. L'élection de 2016 avait connu la sienne : le FBI avait rouvert son enquête sur l'affaire des emails d'Hillary Clinton, pour finalement la refermer à trois jours du scrutin.

Le 2 octobre dernier, Trump annonçait avoir contracté le Covid-19 : une "surprise d'octobre" de taille! Sorti guéri de cette épreuve, le président sortant aurait pu espérer un nouveau souffle mais il semble avoir gâché l'occasion. Pour Simon Grivet, "ça n'a pas tellement joué sur les sondages, sinon en sa défaveur : il n’avait pas pris de précaution, il a été vraiment désinvolte. Puis il a eu plusieurs déclarations manquant vraiment d’empathie : 'je l’ai surmonté, ce n’est rien, ne laissez pas l’épidémie gouverner votre vie'. Même la très complaisante chaîne Fox News a sorti les rames pour essayer de rattraper cette phrase. Il y a quand même 220 000 morts, des centaines de milliers de proches en deuil ou inquiets".

Enfin une des raisons de l'échec retentissant de Hillary Clinton en 2016, même si on en mesure mal l'ampleur, c'est tout simplement la fraude. Ainsi la firme Cambridge Analytica, financée par les milieux ultraconservateurs, avait recueilli les informations de millions d'utilisateurs des réseaux sociaux, pour diffuser des messages ciblés favorables au candidat Trump. 

Encore plus nébuleuse, l'ingérence russe dans les élections de 2016. La célèbre "enquête russe" du procureur spécial Robert Mueller, aura mis en évidence des manipulations réelles d'agents russes sur les réseaux sociaux américains, sans toutefois découvrir le pot aux roses qui aurait permis de les relier à l'équipe de campagne de Donald Trump. Et sans pouvoir non plus évaluer leur impact réel sur les électeurs américains.

 

Il y a quelques jours, le FBI a mis en garde contre des tentatives d'ingérence de la Russie et de l'Iran. Les innombrables bureaux de vote du pays sont exposés aux risques de piratage informatique. Là encore, malgré les soupçons, rien ne permet d'anticiper des manipulations ni, le cas échéant, leur ampleur.

Reste que cette année, si Donald Trump venait à perdre dans les urnes, le "coup de 2016" serait peut-être tenté a posteriori.  Si le résultat est serré, une bataille du recomptage aura lieu, comme ce fut le cas lors de l'élection opposant George W. Bush à Al Gore en 2000. Des armadas d'avocats des deux camps sont prêts à en découdre devant les instances juridiques. Au sommet de celles-ci, la Cour suprême sera un arbitre redouté, avec la nomination d'une sixième juge conservatrice, face à trois libéraux seulement.

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