Joe Biden en tête après le Super Tuesday : "Clairement, la dynamique a changé de camp"

Joe Biden en tête après le Super Tuesday : "Clairement, la dynamique a changé de camp"
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COUP DE THÉÂTRE - Le Super Tuesday a transformé le marathon des primaires démocrates en un duel entre Joe Biden et Bernie Sanders, qui ont largement devancé les trois autres candidats lors de ce premier test d'envergure nationale. Que prédire pour la suite ? Décryptage avec Magali Barthes, journaliste au service Étranger de LCI

Le Super Tuesday a été une étape décisive pour les primaires démocrates aux États-Unis. Une journée électorale massive lors de laquelle quatorze États ont voté pour choisir le rival démocrate de Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre. Surprise de la soirée, alors que Bernie Sanders était présenté comme favori, Joe Biden, ex-vice-président de Barack Obama, chouchou de l'establishment et représentant de "l'aile droite" du Parti démocrate, a effectué une percée spectaculaire, arrivant en tête dans neuf États : l’Alabama, l’Arkansas, la Caroline du Nord, le Massachusetts, le Minnesota, l’Oklahoma, le Tennessee, le Texas et la Virginie. 

Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, s'est, lui, hissé au premier rang dans quatre États : le Colorado, l’Utah, le Vermont mais aussi en Californie, État progressiste et crucial dans la course à l'investiture démocrate, offrant le plus grand nombre de délégués (415). Il risque cependant d'être devancé au décompte des délégués lorsque les résultats définitifs seront publiés. Est-ce que pour autant tout est joué dans ces primaires ? Magali Barthes, journaliste au service Étranger de LCI, fait le point. 

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Magali Barthes : Clairement, la dynamique a changé de camp. Certains voyaient sa campagne presque enterrée, mais Joe Biden a effectué un retour en force dans la course à l'investiture démocrate. Le point de bascule a eu lieu lors de la primaire de Caroline-du-Sud où il est arrivé en tête. Sa force réside dans le vote afro-américain. Sanders pêche sur ce point et un candidat démocrate qui ne l’a pas ne peut pas y arriver. Lundi, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar, les deux candidats, qui épousent la même ligne modérée-centriste, ont décidé d’abandonner la course. Lors d’un meeting, 24 heures avant le Super Tuesday, Biden est ainsi apparu sur scène avec ces anciens candidats qui lui apportent son soutien. Du coup, Joe Biden s’est posé en rassembleur du camp démocrate face à un Bernie Sanders qui, s’il veut l’investiture, n’en reste pas moins à la gauche de la gauche et se révèle moins consensuel. 

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Il règne une vraie dissension au sein du parti démocrate. Les modérés pensent que l’élection présidentielle se décidera au centre et que cela se jouera dans le Michigan, en Pennsylvanie, soit chez l’électorat blanc séduit par le discours populiste de Donald Trump. Bernie Sanders, lui, pense au contraire que cela se jouera très à gauche et qu’il faut aller chercher les abstentionnistes. Il faut rappeler qu’aux États-Unis, 50% de la population ne vote pas et qu’effectivement, il y a un grand réservoir de voix. Sanders fait un pari : s’il risque de perdre des voix au centre, il en trouvera de nouvelles chez ceux qui ne votent pas. En 2016, Trump avait fait revenir aux urnes ceux qui n’y étaient pas. Reste que la majorité des démocrates ne croient pas du tout au pari de Sanders et ce dernier le sait pertinemment. La preuve, il a fait un discours de dix minutes cette nuit. Il n’a jamais été aussi rapide. Joe Biden était, lui, porté par la ferveur, en pleine extase. Comme si on assistait à une vraie renaissance. 

Si Joe Biden devient définitivement le candidat démocrate face à Trump, comment va réagir Bernie Sanders ?

Sanders ne va rien lâcher, quitte à ce que sa lutte dure des semaines voire des mois. Certains disent d’ailleurs qu’on s’achemine vers une convention contestée en juillet prochain à Milwaukee. Si Bernie Sanders n'obtient pas la majorité absolue des délégués, les super-délégués (des élus et des cadres du parti) entreront alors en jeu. Mais, avec une prime de légitimité, Biden passera quand même. A priori, Bernie Sanders risque de se retrouver exactement comme lors des précédentes primaires démocrates, il y a quatre ans. Il avait dû abandonner la course face à Hillary Clinton, très soutenue par l’establishment. Or, Biden n’est pas Clinton qui incarnait tout le système et avait très mal mesuré la détestation que lui portait le peuple américain. Biden a une image plus positive, il vient de Pennsylvanie et sait parler à cette Amérique blanche rurale ayant basculé chez Trump. La seule réserve, c’est que la gauche de la gauche soutenant Sanders aura du mal à voter Biden. Mais ce qui est sûr, c’est que l’establishment démocrate respire ce mercredi, d’autant que la déculottée de Bloomberg peut être perçue comme une bonne nouvelle. De fait, il a toujours dit que son objectif était de battre Trump et qu’il mettrait tous les moyens pour le faire et donc mettre ses millions au service de Biden, en difficulté financière…

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