Prison de Rikers Island : le lanceur d'alerte Kalief Browder s’est suicidé

International

ETATS-UNIS - Emprisonné à tort et maltraité pendant trois ans dans la prison de Rikers Island, le jeune Américain Kalief Browder s’est donné la mort, deux ans après sa sortie de prison. Il avait 22 ans.

Il a subi tout cela pour rien. Un jeune Américain, emprisonné sans procès et maltraité pendant trois ans dans l'une des prisons les plus dures des Etats-Unis (où DSK avait fait un court séjour après l'affaire du Sofitel) dont il était devenu une figure emblématique, s'est donné la mort deux ans après sa sortie. Comme il avait tenté de le faire à plusieurs reprises en prison, Kalief Browder, 22 ans, s'est pendu chez lui et a été retrouvé samedi par sa mère, selon la famille.

Depuis sa sortie de Rikers Island en 2013, finalement innocenté, le jeune homme était devenu le visage et la voix des abus commis dans ce gigantesque centre pénitentiaire, situé tout près de Manhattan. L’adolescent était utilisé comme souffre-douleur par des gardiens et plusieurs détenus. Parfois privé de nourriture certains jours et de douches pendant plusieurs semaines, Kalief Browder passera deux de ses trois années de détentions en isolation. Son témoignage a permis de lancer des réformes pour tenter d'arrêter la violence endémique dans la prison et d'interdire que les adolescents ne soient mis au "mitard".

"Il n'est pas mort en vain"

Son histoire avait fait le tour des Etats-Unis lorsqu’une journaliste du New Yorker s’était penchée sur ses conditions de vie en prison. Il avait été soutenu par de nombreuses personnalités américaines comme Jay-Z, et un mécène lui avait même offert une bourse pour pouvoir étudier dans un "community college" du Bronx. Malgré ce soutien, Kalief Browder n’a jamais pu effacer les séquelles de son passage en prison.

Atteint de paranoïa, il faisait de nombreux allers-retours entre l’université et l’hôpital psychiatrique. "Être à la maison est bien mieux que d’être en prison. Mais dans ma tête, j’ai toujours l’impression d’être en prison parce que je ressens toujours les effets secondaires de ce qui s’est passé là-bas", avait-il confié au quotidien. Dans un article publié dimanche, la journaliste du New Yorker raconte ses dernières rencontres avec le jeune américain. Elle le trouvait de plus en plus paranoïaque et lors de sa dernière interview avant son suicide, Kalief lui assurait "avoir jeté sa télévision parce qu’elle le surveillait".

La mère de Kalief Browder s’est dite choquée de la violence quotidienne dans les prisons. "Quand on sait ce qu’il a supporté en prison, on peine à croire que cela est arrivé à un ado de New York. Il n’a pas été torturé dans un camp de détention d’un autre pays… Ça s’est passé ici !", a-t-elle conclu. De son côté le maire de New York, Bill de Blasio, a déclaré : "Bon nombre des réformes que nous menons à Rikers Island en ce moment même sont le fruit de l'exemple de Kalief Browder. J'aurais tellement souhaité ne pas le perdre mais (...) il n'est pas mort en vain".

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