Prix Nobel de la paix : qui sont Maria Ressa et Dmitri Muratov, les lauréats 2021 ?

Prix Nobel de la paix : qui sont Maria Ressa et Dmitri Muratov, les lauréats 2021 ?

PARCOURS - La saison des Nobel s'est clôturée ce vendredi matin après que le comité norvégien ait décerné aux journalistes Maria Ressa et Dmitri Muratov le Prix Nobel de la paix. Éléments de portraits.

Clou de la saison Nobel, l'attribution du prix Nobel de la paix a soulevé, comme à l'accoutumée, son lot de pronostics. Tous les regards étaient ce vendredi matin tournés vers Oslo, en Norvège, pour savoir s'il allait revenir à des défenseurs de la liberté de la presse, des opposantes biélorusses ou encore des figures de la cause climatique comme Greta Thunberg. L'Institut Nobel a finalement tranché pour attribuer la prestigieuse récompense à deux journalistes, l'Américano-philippine Maria Ressa et le Russe Dmitri Muratov, pour "leur combat courageux pour la liberté d'expression" dans leurs pays respectifs, a annoncé le comité Nobel norvégien. 

Maria Ressa et Dmitri Muratov "sont les représentants de tous les journalistes qui défendent cet idéal dans un monde où la démocratie et la liberté de la presse sont confrontées à des conditions de plus en plus défavorables", a déclaré la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen. "Un monde sans faits signifie un monde sans vérité et sans confiance", a réagi Maria Ressa lors d'un entretien diffusé en direct par son média d'investigation Rappler.

Maria Ressa, une journaliste "harcelée" pour son travail

En avril, la journaliste Maria Ressa s'était déjà vue décerner le Prix mondial de la liberté de la presse Unesco/Guillermo Cano. Les enquêtes de Maria Ressa, 58 ans, directrice du média en ligne Rappler, lui ont valu ces dernières années de nombreux démêlés judiciaires, des menaces et du cyberharcèlement. Cette ex-journaliste d'investigation en Asie du Sud-Est pour CNN, impliquée dans la défense de la liberté de la presse, "a été arrêtée pour des délits présumés liés à l'exercice de sa profession", tandis qu'"il est arrivé qu'elle reçoive en moyenne plus de 90 messages haineux par heure sur Facebook", avait alors précisé l'Unesco. 

En juin 2020, la journaliste a notamment été reconnue coupable par un tribunal de Manille dans une affaire de diffamation après avoir publié des articles critiques de la politique du chef de l'État, y compris de sa campagne sanglante et controversée contre le trafic de drogue. Elle risque jusqu'à six mois de prison. "J'ai commencé ma carrière en 1986 et travaillé dans tellement de pays. On m'a tiré dessus et menacée, mais je n'avais jamais connu ce genre de mort à petit feu", avait-elle déclaré alors qu'elle a été laissée libre dans l'attente de l'examen de son appel. Pour ses soutiens, il s'agit d'une tentative pour museler les détracteurs du président Rodrigo Duterte.

La journaliste est aussi poursuivie pour évasion fiscale. Elle est accusée d'avoir fourni des informations erronées dans une déclaration d'impôts qui portait sur près de 300.000 pesos (5200 euros) en 2015, rapporte Rappler. Elle a plaidé non coupable en juillet 2020.

Pour les organisations de défense des droits de l'Homme et les associations luttant pour la liberté de la presse, cette affaire de diffamation, les procédures fiscales contre Rappler et les efforts du gouvernement pour retirer ses accréditations au site relèvent du harcèlement. Amnesty International a ainsi affirmé que les "attaques" contre Rappler s'inscrivaient dans une campagne contre la liberté de la presse aux Philippines.

Dmitri Muratov, un rédacteur en chef tenace face aux menaces

Âgé de 59 ans, Dmitri Mouratov, un des fondateurs et rédacteur en chef du journal russe Novaïa Gazeta, une des rares voix encore indépendantes en Russie où la dissidence se heurte à une féroce répression. Le journaliste "a depuis des décennies défendu la liberté d'expression en Russie dans des conditions de plus en plus difficile", a souligné le jury du Prix Nobel. Lors d'une brève prise de parole, Dmitri Mouratov a annoncé dédier son prix Nobel à son journal et à ses collaborateurs assassinés pour leur travail et leurs enquêtes.

"Ce n'est pas mon mérite personnel. C'est celui de Novaïa Gazeta. C'est celui de ceux qui sont morts en défendant le droit des gens à la liberté d'expression", a-t-il dit, cité par l'agence de presse publique TASS, et listant les noms des six journalistes et contributeurs au journal assassinés, dont Anna Politkovskaïa, tuée il y a 15 ans quasiment jour pour jour. Elle avait couvert pendant de nombreuses années les abus aux droits humains dans la république russe de Tchétchénie. L'assassin n'a jamais été retrouvé et le crime prescrit.

Financé par l'homme d'affaires Alexandre Lebedev et auparavant par l'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, Novaya Gazeta a mis en lumière "la corruption, les violences policières, les arrestations illégales, la fraude électorale et les 'fermes de trolls'" et l'a payé au prix fort, a souligné le comité. 

Au-delà de l'assassinat de six de ses journalistes depuis le début des années 2000, le journal a subi de nombreuses intimidations. La dernière en date remonte à mi-mars, après qu'une substance inconnue a été déversée par un homme en tenue de livreur dans l'entrée des locaux. "On parle de l'utilisation d'une substance toxique non létale de type militaire pour lancer un avertissement aux employés du journal ou pour se venger d'eux", avait souligné auprès de l'AFP Dmitri Mouratov. Plusieurs salariés avaient fait un malaise et il avait fallu plusieurs jours de nettoyage pour se débarrasser de l'odeur. Le journal venait de publier une enquête sur des exactions commises en Tchétchénie.

En 2018, la rédaction avait reçu un colis contenant une tête de chèvre décapitée et une couronne de fleurs. Une note était adressée à Denis Korotkov, qui écrit notamment sur les activités de l'opaque groupe de mercenaires Wagner.

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La liberté de la presse, jamais sacrée en 120 d'histoire du Nobel, figurait parmi les favoris pour cette année mais les 329 candidatures en lice étaient tenues secrètes. Le prix, une médaille d'or, un diplôme et une somme de 10 millions de couronnes suédoises (près de 980.000 euros), doit être physiquement remis le 10 décembre à Oslo si les conditions sanitaires le permettent. 

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