Infirmier allemand accusé de plus de 100 meurtres : "Un délire à mi-chemin entre Jésus et Frankenstein"

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DOSES LÉTALES - Déjà condamné à la perpétuité pour des faits semblables, Niels Högel est jugé depuis mardi pour une centaine de meurtres sur d'anciens patients. Lors de son procès en 2015, l'infirmier allemand confiait avoir empoisonné ses victimes pour pouvoir les ranimer et se hisser au rang de héros. Tentative désespérée de justification ou véritable "syndrome du sauveteur" ? Eléments de réponse.

De ses propres aveux, il voulait être reconnu par ses pairs. Devenir un héros à leurs yeux. Pour ce faire, l’infirmier allemand Niels Högel injectait des surdoses médicamenteuses à des patients. Un moyen de les amener au seuil de la mort pour ensuite les ranimer. Et prouver à ses collègues qu’il était bien l’homme de la situation. Sauf que ce ne fut pas vraiment le cas. Déjà condamné à la perpétuité pour des faits similaires, l’homme de 41 ans est jugé depuis mardi à en Basse-Saxe pour 100 meurtres commis dans les hôpitaux d'Oldenbourg et de Delmenhorst. 


Un procès hors norme qui doit permettre aux proches de victimes de comprendre les raisons ayant poussé ce père d'une adolescente à basculer dans l'horreur. Un basculement motivé par son désir de briller devant ses collègues et, selon le parquet,  par "l'ennui" qu'il éprouvait au travail.

Troubles narcissiques

Mais comment comprendre ce "syndrome du sauveteur" invoqué par l'infirmier pour justifier ses actes ? "Le passage à l'acte peut être motivé par différents mécanismes reposant avant tout sur des troubles de la personnalité sévères - où l'Autre est objectalisé -, sur le narcissisme et la perception de soi toute puissante", nous expliquait au moment de la révélation des faits Emma Oliveira, psychocriminologue au sein de l'Unité d'analyse comportementale psychocriminologique de la Direction centrale de la Police judiciaire. "Ce type d'individu est en recherche permanente d'attention, de valorisation et de reconnaissance", ajoutait-elle, faisant un parallèle avec le syndrome de Münchhausen par procuration "où le parent se sert de l'enfant pour attirer l’attention de l'entourage en le rendant malade".

"Le psychiatre ne l'a pas déclaré irresponsable puisqu'il a été condamné", rappellait de son côté Jean-Luc Viaux, professeur de psychopathologie à l'université de Rouen et expert judiciaire. Seulement, il y a quand même quelque chose d'assez délirant là dedans, au sens banal du terme. Un délire à mi-chemin entre Jésus, qui ressuscite les morts et Frankenstein, qui fabrique un être nouveau".

Expérience de mort imminente

Il faut toutefois rester prudent dans l’interprétation, nous alertait-il : "Niels Högel expliquait à son procès vouloir passer pour un héros. Mais quelle est la solidité de ses aveux ? N'est-ce pas une fabrication après coup ? Souvent, pour tenter de comprendre son passage à l'acte, il arrive que des hypothèses soient suggérées au suspect par les enquêteurs". Suggestions dont le suspect s'empare alors pour se justifier devant le juge.


"Manifestement, cet infirmier allemand est fasciné par les expériences de mort imminente", constatait enfin le professeur Viaux. Sous couvert d'anonymat, une infirmière-anesthésiste nous rappelle qu'il existe bel et bien une fascination pour ce sujet dans le monde hospitalier. Et d'hypothétiser un scénario glaçant : "On pourrait imaginer qu'il fasse une étude sur le sujet en prenant de vrais patients. Ces derniers pourraient alors relater leur expérience de mort imminente après une réanimation efficace, faisant suite à une mort induite. On ne sait jamais jusqu'où peut aller la folie de vouloir en savoir plus sur ce sujet".

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