"Certaines nuits, je m'excuse auprès de George Floyd" : les femmes qui ont filmé le calvaire racontent

"Certaines nuits, je m'excuse auprès de George Floyd" : les femmes qui ont filmé le calvaire racontent

RÉCIT - Les témoins de l'interpellation musclée de George Floyd étaient appelées à témoigner devant les juges du tribunal de Minneapolis lors du procès du policier Derek Chauvin.

Face à la justice, les témoins de la mort de George Floyd ont dû se remémorer cette terrible journée du 25 mai 2020. Ce jour-là, dans les rues de Minneapolis, dans l'État du Minnesota, l'officier de police Derek Chauvin et trois autres officiers interpellent George Floyd, videur de boîte de nuit qui a perdu son travail à cause de la crise sanitaire du coronavirus, entre le 38th Street et Chicago Avenue. Trois d'entre eux l'immobilisent en se mettant à genou sur George Floyd. 

L'officier Lane exerce une pression au niveau des jambes, l'officier Kueng au niveau du dos et l'officier Chauvin au niveau du cou. La scène durera plusieurs minutes. George Floyd déclarera à maintes reprises ne plus pouvoir respirer. L'homme décédera plus d'une heure après les faits, d'un arrêt cardiaque lié à la pression exercée sur son cou.

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Les remords qui les hantent

À la barre, les témoins se sont succédé. "Certaines nuits, je reste éveillée et je m'excuse auprès de George Floyd de ne pas avoir fait plus", a confié en pleurs Darnella Frazier, 18 ans, appelée à témoigner au procès du policier blanc Derek Chauvin. Le 25 mai, dans la grande ville du nord des États-Unis, elle était sortie faire une course avec une petite cousine, quand elle s'est retrouvée face à une  scène qui, de son propre aveu, a "définitivement" changé sa vie.

Devant elle, Derek Chauvin se tient à genou sur le cou de George Floyd qui halète, gémit, supplie, puis s'évanouit. Darnella Frazier sort son téléphone portable et commence à filmer. Sa vidéo, mise en ligne sur internet, fera le tour du monde, poussant des millions de personnes à manifester contre le racisme et les violences policières. Mais, sur le moment, la jeune fille tente juste de convaincre le policier de lâcher prise.

"Je suis quelqu'un qui garde tout en moi", a-t-elle expliqué aux jurés. "Mais quand j'ai vu ce que j'ai vu, je me suis faite entendre." Sur le trottoir à côté d'elle, une ancienne camarade de lycée, 17 ans, a le même réflexe. Tout en filmant, celle-ci crie aux policiers : "Vérifiez son pouls, ça fait une minute qu'il ne bouge plus."

"On n'a rien pu faire"

Genevieve Hansen, une femme pompier de 27 ans en congé ce jour-là, interpelle aussi Derek Chauvin et ses collègues. Elle s'identifie, demande à apporter son aide. En vain. "Dès que quelqu'un essayait de s'approcher", les policiers les écartaient.  "Ils étaient sur la défensive", a commenté Darnella Frazier. Après de longues minutes, une ambulance arrive, trop tard pour ranimer le quadragénaire noir. Et ces témoins ne s'en sont toujours pas remises. "On n'a rien pu faire, des forces puissantes étaient là et j'ai l'impression d'avoir laissé tomber" George Floyd, a déclaré, très émue, la seconde jeune fille.

S'essuyant elle aussi les yeux, Genevieve Hansen s'est dite "totalement bouleversée" de ne pas avoir pu, entre autres, pratiquer de massage cardiaque sur le quadragénaire. "On lui a dénié ce droit", a-t-elle dit. "Quand je pense à George Floyd, je vois mon père, mes frères, mon cousin, mon oncle. Ils sont tous noirs", a ajouté Darnella Frazier. "Ça aurait pu être eux." Alors, certaines nuits, elle fait des insomnies et s'excuse auprès de George Floyd de ne pas "s'être interposée physiquement" pour le sauver. "Mais ce n'était pas à moi de faire autrement, c'était à lui", a-t-elle conclu à l'adresse de Derek Chauvin.

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Dans son procès, Derek Chauvin, 45 ans, est inculpé de meurtre et d'homicide volontaire. Remis en liberté sous caution, il comparaît libre et plaide non coupable. Son avocat soutient qu'il a appliqué une procédure conforme à sa formation et que George Floyd est mort d'une overdose au fentanyl et de problèmes de santé.

Mais pour les procureurs, le policier a manifesté un "mépris" évident pour la vie de l'Afro-Américain en maintenant sa pression pendant neuf minutes et vingt-neuf secondes. Les parties ont trois à quatre semaines pour convaincre les jurés, qui devraient rendre leur verdict vers la fin avril ou début mai. Les trois autres policiers impliqués, Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, seront jugés en août pour "complicité de meurtre".

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