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DECRYPTAGE – En quelques jours, le groupe a publié deux vidéos, abondamment reprises dans les médias. Une victoire pour la communication très orchestrée de l’Etat Islamique, fruit d’une longue tradition djihadiste.

La mise en scène est savamment orchestrée. Nichés dans un coin de forêt, trois jeunes combattants brûlent leurs passeports et appellent en français les musulmans de France à rejoindre leurs rangs. Cette dernière provocation du groupe Etat Islamique, repérée mercredi soir Internet et suite à laquelle une enquête a été ouverte par le parquet de Paris , a très vite tourné en boucle dans les médias. Au même titre que la séance de décapitation collective infligée dimanche à une vingtaine d’individus, dont l’Américain Peter Kassig. Une banalisation de l’horreur dont Daech ressort gagnant, selon certains experts.

"On tombe dans le panneau de la propagande", constate sans détours Abdelasiem El Difraoui. Selon ce spécialiste des questions d'utilisation du Net par les djihadistes*, "les médias fournissent des mini scoops avec des atrocités de mieux en mieux filmées, avec un pauvre Normand (ndlr : Maxime Hauchard, identifié mardi dans la vidéo) qui est lui-même victime d’une secte."

EN SAVOIR + >> Retrouvez le portrait de Maxime Hauchard

"L’organisation n’est pas pyramidale"

Cette puissance de frappe médiatique de l’EI ne doit rien au hasard. Car en marge de ses succès militaires, le groupe soigne son image. "L’organisation n’est pas pyramidale : chaque groupe armé a sa propre plateforme médiatique pour poster ses vidéos, plus ou moins bien réalisées. En outre, chaque combattant poste ses propres photos", nous explique Olivier Hanne, spécialiste de l’histoire de l’islam et chercheur-associé à l’université Aix-Marseille**. Concernant les vidéos scénarisées bénéficiant d’un montage digne d’Hollywood, Daech s’appuie sur trois grandes plateformes web, régulièrement censurées par les Occidentaux.

La recette n’est pas nouvelle. "Ce type de propagande existe depuis une trentaine d’années", assure Abdelasiem El Difroui, selon lequel elle résulte d’une "stratégie médiatique qui a débuté en Afghanistan" où ces vidéos réalisées par les talibans sont apparues au début des années 1990. Dans la foulée, Al Qaïda comprend très vite le pouvoir de la vidéo et monte une succursale de production nommée As-Sahab. Celle-ci va produire et rendre accessible en ligne les diatribes de Ben Laden. "Al Qaida a réussi brillamment, en son temps, ce qu’elle pouvait faire avec les moyens", précise Olivier Hanne.

Une quinzaine d’années plus tard, les technologies ont évolué mais l’objectif des djihadistes sur la toile demeure identique : dénicher des candidats au djihad et terroriser l’ennemi. Une guerre de la com’ dans laquelle les médias n’ont pas toujours le beau rôle : "On passe d’un sujet à l’autre en prenant le plus spectaculaire, sans contextualiser, regrette Abdelasiem El Difroui. On ne s’attaque plus au fond du problème."

EN SAVOIR + >> Mickaël Dos Santos : comment contrer le djihad 2.0 ?

*Auteur de « Al-Qaida par l’image – La prophétie du martyre » aux éditions PUF.
** Olivier Hanne et Thomas Flichy de la Neuville, "L’Etat islamique – Anatomie du nouveau Califat", aux éditions B. Giovanangeli

 

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