Qu'est-ce que le phosphore blanc, que la Turquie est accusée d'avoir utilisé en Syrie ?

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Offensive turque contre les forces kurdes en Syrie

ENQUÊTE - Suite aux accusations des Kurdes à l'encontre de la Turquie d'avoir employé du phosphore blanc dans le nord-est syrien, une enquête a été confiée à l'ONU. Le produit est utilisé pour illuminer les champs de bataille ou créer des écrans de fumée, mais aussi en tant qu'arme incendiaire. Son usage à l'encontre de la population civile est formellement interdit par le droit international.

Des agents chimiques utilisés dans l'offensive turque ? C'est ce qu'ont dénoncé les Kurdes jeudi 17 octobre, accusant la Turquie d'avoir fait usage de phosphore blanc à l'encontre de civils dans le nord-est syrien. En guise de preuves, des photographies et vidéos de personnes brûlées, admises à l'hôpital de Tal Tamr. Le lendemain, l'Organisation des Nations unies (ONU) a ouvert une enquête visant à déterminer si l'utilisation d'un tel produit par l'armée turque est avérée ou non. Mais qu'est-ce que le phosphore blanc, dont l'usage n'est pas interdit en cas de conflit armé ? 

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Le phosphore blanc, une arme incendiaire

Le phosphore blanc est un produit détenu par de nombreuses armées à travers la planète. Ce composé chimique est utilisé dans les conflits de trois manières différentes. D'abord, il sert à éclairer les champs de bataille en pleine nuit grâce à l'explosion de ses munitions qui émettent une intense lumière blanche. Ensuite, il fait office de bouclier le jour avec l'épais écran de fumée qu'il produit. Enfin, il s'agit d'une arme incendiaire, de par ses flammes dégagées en cas de contact avec l'oxygène, et c'est là qu'il devient dangereux puisque ses particules provoquent des brûlures du second ou du troisième degré aux personnes se trouvant exposées. 

Selon un médecin de la province de Hassaké, dans la région touchée par l'offensive turque, une vidéo postée par les Kurdes montrant des enfants arborant des brûlures sur le corps pourrait attester de l'usage de phosphore blanc par l'armée turque. 

Les effets du phosphore blanc sont dévastateurs pour les personnes qui se trouvent exposées. D'abord, les premiers symptômes s'apparentent à des crises d'hystérie, des difficultés de respiration et des contractions musculaires. Ensuite, ses particules pénètrent dans l'épiderme, faisant fondre la chair et les os et causant des brûlures chimiques dans l'organisme, rapportait Bastamag en 2009.

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De Gaza à la Syrie

Comme l'a relaté L'Express, les munitions de phosphore blanc ne sont pas interdites par le droit international puisqu'elles sont considérées comme des armes incendiaires et non comme des armes chimiques. En revanche, son usage est réglementé par le protocole III de Convention sur les armes classiques, signée par 114 pays, et son utilisation contre des civils est bel et bien bannie. Ankara a réagi aux accusations des Kurdes, les qualifiant de fausses. "C'est un fait connu de tous qu'il n'y a pas d'armes chimiques dans l'inventaire des forces armées turques", a déclaré Hulusi Akar, ministre turc de la Défense.

Si elle est avérée dans le cas de l'offensive turque contre les Kurdes, son utilisation n'est néanmoins pas nouvelle dans le conflit syrien qui dure depuis huit ans. Ainsi, le phosphore blanc a été utilisé par la coalition anti-Daech, pilotée par les Etats-Unis, lors de la reprise de la ville irakienne de Raqqa et celle irakienne de Mossoul à l'été 2017, mais aussi par le régime syrien à Alep en septembre 2016. En 2009, la population de Gaza a également été victime de brûlures causées par le produit, utilisé par l'armée israélienne. Mais le phosphore blanc a été employé bien plus tôt, par les Russes en Tchétchénie en 1994 et par les Britanniques et les Américains au Vietnam entre 1955 et 1975. 

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