Quand l’offensive turque en Syrie s’invite dans le sport (et crée une énorme tension)

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Offensive turque contre les forces kurdes en Syrie

DOMMAGES COLLATÉRAUX – Tandis que l'armée de leur pays a lancé une offensive contre des positions kurdes dans le nord de la Syrie, malgré les condamnations de ses alliés, dont la France, les sportifs turcs expriment leur soutien à l’opération. À la veille du match de football France-Turquie, comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2020, le climat se tend.

En juin dernier, le rififi était allé jusqu’au plus haut sommet de l’État. "Le président de la République s'est ému que l'hymne français ait été sifflé en Turquie. Il a trouvé cela inacceptable", avait indiqué l’Élysée, au lendemain de la défaite (2-0) de l’équipe de France de football masculine contre son homologue turque dans les éliminatoires de l’Euro 2020. Les sifflets du stade de Konya s’étaient, du reste, étendus jusqu’au coup de sifflet final, chaque fois qu’un joueur français touchait le ballon... Les deux équipes se retrouvent lundi soir pour la manche retour, au Stade de France, dans un contexte autrement plus tendu. Et on ne parle pas là de la qualification cette fois directement en jeu.

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Non, la donne a changé en raison de l’offensive lancée par l’armée turque en Syrie. En réaction, l’Allemagne, puis la France, qui ont publiquement condamné cette attaque, ont suspendu leurs exportations d’armes à destination de cet allié historique, membre de l’OTAN. "Peu importe qu'il y ait un embargo sur les armes ou autre chose, cela ne fait que nous renforcer, a répliqué le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Même si nos alliés soutiennent l'organisation terroriste, même si nous sommes seuls, quoi qu'ils fassent, notre lutte est dirigée contre l'organisation terroriste." À savoir la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), en lutte contre Daech et Bachar El-Assad depuis plusieurs années, et basés à proximité de la frontière méridionale de la Turquie.

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Quel rapport avec le sport ? Sans doute l'adhésion indéfectible à "ce patriotisme exacerbé" qu'évoque l'écrivain turc Nedim Gürse dans Libération, qui touche aussi ceux qui le représentent à travers le sport. "Nous sommes aux côtés de nos soldats, nous voulons protéger notre pays et personne ne nous arrêtera. La Turquie n’est pas là pour faire de la figuration, c’est un grand pays", a ainsi déclaré Senol Günes, le sélectionneur de l’équipe nationale de football masculine, lors de la conférence de presse consécutive à la victoire (1-0) de ses hommes face à l’Albanie. Match durant lequel ses joueurs se sont signalés en célébrant leurs but en effectuant un salut militaire face aux tribunes et aux photographes.

Posture de défiance

"Personnellement, je n'ai pas vu ce geste, qui pourrait être assimilé à une provocation", a réagi Philip Townsend, chef de presse de l'UEFA, interrogé par l'agence italienne Ansa. Avant d’indiquer : "Notre règlement (comme celui de la Fifa, ndlr) interdit toute référence politique ou religieuse. Je peux garantir que nous examinerons cette situation." Ce qui n’a pas empêché la Fédération turque de tweeter une photo de ce salut, en l’agrémentant de la légende suivante : "Les joueurs ont dédié leur victoire à nos valeureux soldats ainsi qu'à nos militaires et concitoyens tombés en martyrs". 

Par ailleurs, un salut militaire a également été effectué par le gymnaste turc Ibrahim Colak au Mondiaux de gymnastique de Stuttgart, après avoir remporté la médaille d'or aux anneaux. En Italie, le footballeur international turc de l'AS Rome, Cengiz Under (actuellement blessé), a lui aussi fait polémique avec une photo le montrant faisant le même salut militaire, surmontée de trois drapeaux turcs. Une initiative très critiquée sur les réseaux sociaux, notamment parce que le joueur porte, sur la photo, le maillot de la Roma et non celui de sa sélection...

C’est donc, au-delà de l’expression patriotique habituelle chez les célébrités turques, une forme de posture de défiance qui pousse, en l’occurrence, les sportifs turcs à afficher leur soutien face à une communauté internationale (Russie mise à part) qui critique durement cette offensive en Syrie, la France étant allée jusqu’à saisir le Conseil de sécurité de l’ONU pour y mettre fin... Et c'est dans ce contexte que les joueurs, mais aussi certains supporters turcs, vont débarquer lundi au Stade de France.

On risque d'avoir un peu de sifflets, un peu de mouvement, un peu d'excès...- Noël Le Graët concernant le France-Turquie de lundi

L’événement n’est pas pris à la légère : dans le tribune présidentielle, des ministres français et turcs se côtoieront, tandis que 600 policiers et 1.400 stadiers ont été spécialement mobilisés pour anticiper tout débordement, avec un speaker turc pour donner des consignes en temps réel. "J'ai déjà rencontré l'ambassadeur de Turquie pour le mettre en garde contre le comportement des supporters (celui-ci les a, depuis, appelés "à la retenue", ndlr). Les Turcs eux-mêmes ont une sécurité beaucoup plus importante que d'habitude. On risque d'avoir un peu de sifflets, un peu de mouvement, un peu d'excès", prévient Noël Le Graët, président de la Fédération française, ce samedi dans Le Parisien. Et si la Marseillaise est encore sifflée ? "La musique sera mise très forte pour les couvrir", a-t-il répondu.

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